Remaniement : la confirmation de Bruno Le Maire est une prime à l’incompétence

Bruno Le Maire by UMP (CC BY-NC-ND 2.0) Photos on Flickr — UMP Photos, CC-BY

Pourquoi la confirmation du ministre de l’Économie Bruno Le Maire, se voyant adjoindre le portefeuille de la Relance, fait tache dans ce remaniement.

Par Jonathan Frickert.

Ce remaniement n’aura laissé personne indifférent. Outre les départs de Castaner et Ndiaye, c’est bien l’arrivée de deux « grandes gueules » qui occupe les esprits.

Celle d’Éric Dupond-Moretti, sous ses airs de maverick, risque toutefois de virer au passage éclair à la chancellerie tant le personnage a des idées arrêtées et une personnalité clivante comme en témoigne la levée de boucliers que sa nomination a provoqué chez les magistrats.

Du côté de la Culture, le retour de Roselyne Bachelot sonne comme allant dans la logique des choses. Longtemps raillée pour sa gestion de l’épidémie de grippe H1N1 avant d’être progressivement réhabilitée par la pandémie toujours en cours de Covid-19, l’ex-protégée de Jacques Chirac semble confortée par une image simple et populaire, mais interroge quant au portefeuille confié.

Toujours du côté régalien, la promotion de Gérald Darmanin à l’Intérieur sonne faux alors que ce dernier est toujours visé par une plainte pour viol.

Une promotion qui fait tache, à la manière de la confirmation du ministre de l’Économie Bruno Le Maire à Bercy, se voyant adjoindre le portefeuille de la Relance.

Cette grâce présidentielle en dit sans doute davantage sur le remaniement que le maquillage que les chaînes d’information ont bien voulu retenir, en particulier lorsqu’on connaît le pedigree du locataire de Bercy.

Bruno Le Maire, mini-Chirac

La filiation de ce fils de cadre chez Total ressemble à une prémonition du parcours que suivra le jeune Bruno Le Maire. Un parcours classique, ses résultats dans les matières littéraires et linguistiques lui ouvrant les portes de l’ENS puis de l’ENA, d’où il sortira diplômé avant de rejoindre le Quai d’Orsay en 1998 puis le secrétariat général de la présidence de la République sous Chirac.

Il y rencontrera son mentor Dominique de Villepin et apprendra rapidement les ficelles du métier : parachuté dans l’Eure, il est désormais connu pour avoir qualifié Emmanuel Macron d’homme sans projet et de tenant d’une idéologie qui a planté la France début 2017 avant d’être nommé à Bercy par ce même Emmanuel Macron pas plus tard que trois mois plus tard.

Car si Gérald Darmanin est désormais qualifié de « mini-Sarkozy » du fait de son trajet ministériel, Bruno Le Maire est un « mini-Chirac » en puissance, ayant été successivement chargé de l’Agriculture puis la Ruralité.

Adepte d’un « libéralisme électoral », libéral durant les élections et dirigiste dans ses fonctions, dissertant sur la rupture pour mieux pratiquer la continuité, Bruno Le Maire a notamment soutenu la fausse privatisation des autoroutes de la même manière qu’il soutient aujourd’hui celle d’ADP même si le ministre estime avoir « tiré les leçons » des privatisations précédentes.

Remaniement avec Bruno Le Maire : Bercy contre l’économie

Destiné à incarner la facette économique de la disruption présidentielle, le ministère de l’Économie conserve toutefois son statut de ministère des grandes entreprises à l’architecture médiévale et aux lieux célébrant davantage l’étatisme moribond que la modernité.

Pourtant, avant 2017, l’énarque s’était manifesté par un discours intéressant, démissionnant en 2012 de son corps d’origine en dénonçant une logique de caste. Bruno Le Maire défendait un contrat de travail à 150 pages ainsi qu’une fiscalité plus favorable à la prise de risque et au travail contre la rente.

À compter de sa nomination à la tête de ce ministère, il a montré une pulsion toute bureaucratique à la réglementation des secteurs les plus productifs.
Porteur d’une loi Pacte renforçant la mainmise de l’État français sous couvert de fausses déréglementations, Bruno Le Maire s’est également montré très frileux sur les cryptomonnaies dont il dénonce l’aspect spéculatif.

Durant les trois dernières années, le ministre de l’Économie a fait montre d’une criante méconnaissance des mécanismes économiques, et notamment du progrès humain induit par le capitalisme, appelant à une taxation des GAFA d’un côté et à un non-versement de dividendes en 2020 de l’autre, attaquant à la fois l’innovation et l’investissement.

Mieux encore, le désormais ministre de la Relance se positionne en adversaire résolu de l’épargne qu’il oppose à tort à l’investissement. Une inculture économique problématique pour le ministre de l’Économie de la sixième puissance mondiale qui devient dantesque lorsqu’on songe à l’essaim de conseillers et de collaborateurs qui l’entourent.

Plus récemment encore, et ce après avoir voulu réinventer le capitalisme – rien que ça ! – Bruno Le Maire a souhaité prolonger la durée de vie de la CRDS en estimant que la dette sociale sera résorbée par une croissance que son administration semble pourtant déterminée à freiner.

Le quinquennat économique est terminé

Si la nomination de Jean Castex permet au gouvernement de se parer d’un vernis girondin, l’affirmation de Bruno Le Maire dans ses fonctions à travers l’attribution par Emmanuel Macron du plan de relance post-Covid après trois années à pourfendre tout ce qui fonctionne dans ce pays consterne autant qu’elle refroidit toute ambition d’une fin de quinquennat qui s’annonce du même acabit que son début : une communication vigoureuse au soutien d’une action apathique.

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