Privatisation des autoroutes : l’aveu de Thomas Porcher

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
By: (vincent desjardins) - CC BY 2.0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Privatisation des autoroutes : l’aveu de Thomas Porcher

Publié le 21 juin 2019
- A +

Par Ferghane Azihari.
Un article de l’Iref-Europe

Aujourd’hui, le gouvernement justifie la cession d’ADP par le besoin de l’État d’élargir ses manœuvres budgétaires. Il est question d’utiliser les recettes de la privatisation pour investir dans un fonds pour l’innovation de rupture. Comme si les hauts fonctionnaires aux revenus et aux patrimoines décorrélés de leurs performances étaient les mieux placés pour réaliser des investissements productifs…

L’état des finances publiques, l’endettement et le fait que le patrimoine des administrations publiques ne cesse de fondre devraient nous conduire à remettre en question cette vision angélique des fonctionnaires en matière d’investissement.

Sans surprise, les opposants aux privatisations rétorquent en se servant également de l’argument budgétaire. Mais est-ce vraiment l’enjeu principal d’une privatisation ?

Pourquoi privatiser ?

La chute des économies socialistes a confirmé ce que l’économiste autrichien Ludwig von Mises écrivait à leur propos. Les économies administrées rendent plus difficile une allocation productive des facteurs de production pour fournir des services compétitifs.

Au-delà de l’argument de la liberté individuelle, la principale motivation en faveur de la privatisation d’une industrie a rarement été de nature budgétaire. En effet, si la prospérité d’un pays était liée à la taille d’un État et sa capacité à extraire le fruit des industries, les pays de l’ex-bloc de l’Est auraient été les contrées les plus opulentes de la planète.

Or, en Europe de l’Est, c’est surtout au nom de la productivité et de la compétitivité de l’économie que les pays ont privatisé leurs entreprises d’État. C’est aussi au nom de ces mêmes critères de bonne gestion que l’IREF a défendu le principe d’aéroports et d’autoroutes soumis au régime de la propriété privée.

Les avantages de la privatisation : l’aveu de Thomas Porcher

Se pose alors la question des bons indicateurs à retenir pour conclure à une meilleure allocation des ressources sous le régime de la privatisation. Paradoxalement, l’économiste Thomas Porcher nous donne un premier indice en croyant argumenter contre la privatisation des sociétés concessionnaires d’autoroute. Il déplore notamment que les sociétés d’autoroute aient accru leurs profits en diminuant leur masse salariale de 14 % sur les cinq années qui ont suivi leur privatisation.

L’économiste atterré confirme donc une partie des arguments des sociétés d’autoroute qui se vantent d’une meilleure gestion de la masse salariale et du recours à une plus grande automatisation des péages. Cette automatisation doit bien sûr être saluée. Elle relève d’une destruction créatrice qui permet de libérer de la main- d’œuvre pour la tourner vers la satisfaction d’autres besoins. Elle atteste donc l’existence d’une certaine pression concurrentielle qui incite à optimiser au mieux les facteurs de production en luttant contre le gaspillage.

Cette attitude contraste avec celle des entreprises publiques régulièrement épinglées pour être en sureffectif (cf le rapport Spinetta et la SNCF).

La question du monopole et de l’augmentation du prix des péages

Pour contester une nouvelle fois la privatisation des autoroutes, Thomas Porcher évoque les augmentations de prix pratiquées par les sociétés concessionnaires privées. Il oublie néanmoins de préciser que ces tarifs sont encadrés par l’État et qu’ils sont la contrepartie d’importants investissements réalisés sur les infrastructures.

Sans oublier qu’il n’est pas dit que la puissance publique serait moins « cupide » dans l’hypothèse où elle se mettrait à administrer des péages. Le Canard enchaîné révélait récemment que le prix des autoroutes publiques avait augmenté plus vite que celui des autoroutes privées depuis 2011. Dans un pays où l’État soumet le salarié moyen à des prélèvements obligatoires de plus de 80 % de son salaire net sans que ce dernier puisse dire non, les monopoles ne sont peut-être pas toujours là où on le croit.

Sur le web

Voir les commentaires (41)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (41)
  • Ces sociétés d’autoroutes sont des monopoles privés, pur capitalisme de connivence. Les profits (25%, sans parlé des sous traitants qui sont leurs filiales) sont garantis, la prise de risque égale à 0. Certe on a des autoroutes qui brillent, mais tellement cher ! On paye plus chère de faire l’aller Lyon-Strasbourg par la France que de passer par la Suisse, pour une vignette qui durera toute l’année !

    • Capitalisme de connivence ou contrats ficelés par des incapables ?
      Il est clair de toute façon que certaines entreprises en France sont des oligarchies proches du pouvoir: Vinci autoroutes, vinci parkings, filiale vinci pour mettre les pv, etc. Et l’exemple Lyon Strasbourg est vrai depuis plus de 30 ans…

    • Capitalisme de connivence, sans doute, mais à qui la faute si les profits des autoroutes privatisées ont explosé? Quand on voit tous les obstacles posés sur les départementales, nationales et autres traversées d’agglomération, pour décourager l’automobiliste, n’y aurait-il pas une volonté occulte de le renvoyer prendre l’autoroute? Et quand je ne veux pas prendre l’autoroute, pourquoi mon GPS insiste lourdement pour me faire changer d’avis? Essayez un jour de faire Marseille / Paris par la nationale, je vous souhaite bien du plaisir, beaucoup de patience, et des reins solides! Quant à passer par la Suisse………?

    • C’est pas faux :).

    • jacques lemiere
      21 juin 2019 at 8 h 41 min

      certes, mais le responsable du capitalisme de connivence reste l’interventionnisme politique.

      • Je suis moyennement d’ accord avec ça. Toute concurrence a beaucoup d’ intérêt à s’ entendre sur des prix, ou sur le partage d’ un gâteau. Et c’ est toujours le consommateur le dindon de la farce. Qui d’ autre qu’ un législateur pour casser ça?

    • Sinon, ce seraient des monopoles publics, pur étatisme de connivence, encore plus chers et inconfortables pour l’automobiliste. Comme les départementales.

    • Vous passez par la Suisse pour les éviter, vous pourriez aussi prendre la route, le train, l’avion … en fait c’est quoi pour vous un monopole ?

    • Il faudrait voir le niveau des taxes prélevées par l’état.

      Finalement, pour pomper plus de pognon, privatiser et accuser le privé. C’est dingue ce pognon, non ❓

    • 25% de profits ? Sûr et certain ? Ne confondez-vous pas avec un excédent d’exploitation par exemple ? Ce serait bien de justifier votre affirmation avec une source. Il est pourtant trivial d’aller consulter le site des concessionnaires sur l’intertube mondial.

      Par exemple, voici Vinci :
      https://www.vinci.com/vinci.nsf/fr/item/finances-resultats-chiffres-cles.htm
      Résultat net part du groupe : 3 milliards sur un CA de 43,5 milliards. 25%, vraiment ? Juré, craché ?

      Par ailleurs, les autoroutes ne sont pas des monopoles. Vous en apportez la preuve avec votre exemple de trajet Lyon-Strasbourg. De quoi vous plaignez-vous puisque vous avez l’opportunité de faire jouer pleinement la concurrence en passant par la Suisse et l’Allemagne ?

      Ceci étant dit, les autoroutes sont toujours publiques. C’est seulement leur entretien qui est privatisé sous forme de concession. Il est bien sûr possible de critiquer le régime de concession. Mais voulez-vous nous faire accroire que si l’entretien était réalisé par des fonctionnaires, ce serait mieux ? Franchement, au vu des performances du secteur public observées par ailleurs, on peut en douter.

      Le prix du péage enfin est essentiellement formé par des taxes. Les sociétés d’autoroute ne sont pas responsables des taxes. Près des deux-tiers du prix que vous payez au péage relèvent de l’impôt. Là, on a un vrai monopole. S’il faut dénoncer un monopole, c’est celui-là qu’il convient de mettre en lumière, puisque l’Etat obèse est le seul vrai monopole, avide de notre argent.

  • Il faut etre vraiment naif pour croire que , si les autoroutes n’avaient pas été privatisées, les tarifs des péages seraient moins chers. L’état n’aurait il pas ajouté une quantité de taxes au prix des parcours, pour soi disant financer les petites routes de campagne ? Les investissements nécessaires auraient ils été réalisés en tant utile ? Les syndicats subventionnés n’auraient ils pas profités du monopole pour imposer, par des grèves répétées, une quantité « d’avantages acquis » ? Les petits barons régionaux n’auraient ils pas imposés un peu partout des entrées et sorties d’autoroute en fonction de leurs petits intérêts électoraux ?
    Soyons réaliste !

  • Même plus la peine de parler des petites routes de campagne. De nos jours, il suffit juste de sortir l’argument massue de la transition écologique. Ça ferme le caquet à tout le monde.

  • claude henry de chasne
    21 juin 2019 at 9 h 20 min

    le but de la privatisation des autoroutes est simple a comprendre.
    LIBÉRER L’ETAT DE LA GESTION DES PERSONNELS , basta

    en clair réduire le nombre d’assimilés fonctionnaires, c’est pareil avec l’ADP ,noyautée par la CGT.
    l’etat ne vends pas les autoroutes il en est toujours propriétaire,
    il en délègue la gestion et pompe sa part..
    Le probleme c’est que l’etat est tenté d’accroître ses revenus et fait monter les prix..

    quelles aurait été les augmentations si l’etat était resté opérateur , voila la bonne question a se poser..
    personnellement je souhaite que l’etat fasse çà avec france television , meteo_france , le controle aérien, les ports,les compagnies maritimes etc.. etc.. tout çà ce sont des fonctionnaires en moins

  • Tout à fait d’accord avec le fond de l’article mais quelques bémols:
    1/A l’image des ressources minières en Afrique qui feraient mieux de rester sous terre tant qu’ils n’auront pas de gouvernements moins kleptocrates, on peut se demander si le produit de la vente de la concession des autoroutes ne va pas, dans les conditions actuelles, faire plus de mal que de bien, et en tout cas prolonger un peu la vie du Leviathan…
    2/Leur prix de vente a semble t’il était largement sous-évalué: incompétence, copains ?

  • Ce qui pose probleme dans la privatisation des autoroutes ou des aéroports, ce n’est pas tant d’avoir des infrastructures privées que la privatisation elle-même !
    On l’a vu avec les autoroutes. Aux dires même de la Cour des comptes, l’État a été un très mauvais négociateur et un très mauvais vendeur.
    Pour être certain de vendre ces bijoux de famille, il en a bradé le prix (prix de vente inférieur aux dividendes pendant la durée de la concession). Et pour le calcul des tarifs, il s’est fait rouler dans la farine par les concessionnaires qui lui ont survendu des investissements en contrepartie de l’allongement des concessions…
    L’État est peut être un mauvais gestionnaire, mais c’est encore un plus mauvais vendeur.

  • anticapitaliste
    21 juin 2019 at 10 h 23 min

    toutes sortent d’arguments plus ou moins alambiqués pour cette privatisation comme les autres ne dissimulerons jamais que a chaque fois il s’agit de faire des cadeaux au capital privé afin qu’il s’engraisse toujours plus au mépris de l’intérêt publique , des intérêts publiques , merci la clique pro-capitaliste de la droite LR-les ripouxblicains , la droite macroniste LREM , et le PS parti-dit-socialiste !!!!…un jour il faudra bien leur faire rendre gorge …

  • Esprit critique
    21 juin 2019 at 10 h 53 min

    ADP, c’est l’arbre qui cache la Foret.
    Macrouille, en pervers habile, nous prépare avant la fin du mandat la privatisation de barrages, et de plus de 50 % d’EDF, pour une première tranche.

    • claude henry de chasne
      21 juin 2019 at 16 h 12 min

      vu que les barons d’edf ne veulent rien lâcher on va le leur prendre

    • Il y a longtemps qu’EDF aurait dû être privatisée, à condition d’être divisée en entités concurrentielles. 19 sites de production nucléaire = 19 concurrents indépendants. Mais il faut supprimer les taxes avant, sinon c’est une perte de temps. Quand les taxes représentent la majeure partie du prix de vente, il ne peut y avoir vraiment de concurrence et la privatisation ne sert à rien. Il suffit de voir la pseudo-concurrence entre opérateurs pour comprendre que c’est du vent. C’est plus un concours à qui attrapera la queue de Mickey des subventions.

      Quant aux barrages encore publics, il n’y a même pas de sujet tellement c’est l’évidence.

      • anticapitaliste
        22 juin 2019 at 12 h 40 min

        que nenni ! dans bien d’autres secteurs les privatisations n’ont rien apporté de bon financierement aux clients ,hormis moins de services si on veut payer moins…seul « l’illusion « du choix est une réalité…

        • Il est certain que privatiser dans un pays collectivisé à plus de 57% ne peut aboutir à un résultat spectaculaire.

          Les privatisations doivent s’accompagner d’un recul des dépenses publiques, donc prioritairement d’un recul des effectifs publics, c’est-à-dire d’une division par trois de ces effectifs pour rejoindre la moyenne européenne.

          • anticapitaliste
            22 juin 2019 at 21 h 56 min

            pas etonnant qu’avec ces genres de lubies et lieux communs que la droite « les ripoublicains « se soit mise HORS JEU ….

  • Esprit critique
    21 juin 2019 at 10 h 58 min

    N’importe quel smicard pouvait acheter les sociétés d’autoroute. en empruntant une douzaine de milliards au vu de la rentabilité estimée du retour sur l’opération.
    Remboursement assuré en quelques années en plus d’un bénef a deux chiffres. La difficulté était de choisir les complices fidèles pour les financements des campagnes électorales.

  • ADP va être refourgué à Vinci : c’est ça le capitalisme de connivence ! un arrangement déjà négocié de longue date , au moins depuis l’abandon du projet d’aéroport Notre Dame des Landes qui avait été confié à Vinci : les indemnité – suite à cet abandon – sont payées de cette façon.

    • Pourquoi utilisez-vous « capitalisme de connivence » pour désigner la connivence étatique qui n’a rien de spécialement capitaliste ?

    • Vous m’otez les mots du clavier !
      J’ajoute que le grand commis pour la privatisation des autoroutes (qui a bien régalé Vinci) était, si je ne m’abuse, un certain… Bruno Lemaire !
      Le monde est petit !

  • Ne pas oublié que l’état continue de percevoir 30% des recettes des péages autoroutier… c’est de la privatisation à la Française…

  • Il faudrait parler de la durée des concessions, parce que pour beaucoup, on est plus dans « les gars qui décident de seront plus en fonction à la fin de la concession »
    mais dans « les gars qui décident de seront tous mort et depuis longtemps à la fin de la concession »
    Les 70 ans d’APD, sachant que l’infrastructure est déjà en place, ça m’emballe pas vraiment…

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

À la suite de la décision du gouvernement de remonter de 20 TWh l’Accès Régulé à l'Électricité Nucléaire Historique au profit de ses concurrents directs, l’État privera EDF de 8 milliards de recettes qui viennent s'ajouter aux 14 milliards qu'il a déjà mis sur la table depuis septembre pour rendre presqu’indolore l’accroissement des prix de l’énergie devenus fous depuis l’été 2021. Générosité envers les plus démunis affirmeront les uns, câlinerie électorale à trois mois de la présidentielle chuchoteront les autres. Le « quoi qu’il en coûte » ... Poursuivre la lecture

Par Patrick Guennat.

Le fameux Code de la route que nous connaissons tous vient de souffler ses 100 bougies ! Promulgué en 1921, il a depuis subi de nombreuses mises à jour. Parmi elles, l’apparition de panneaux incongrus comme « Chaussée déformée, trous en formation » !

C’est le cas par exemple près de Giverny, dans l’Eure, où trois de ces panneaux jalonnent deux kilomètres d’un asphalte qui part en lambeaux. Plutôt que de rénover la route, la Direction départementale de l’équipement (DDE) choisit donc de prévenir plutôt que de... Poursuivre la lecture

Par Michel Gay.

Comme souvent en politique, l’hypocrisie domine dans les déclarations. Celle du ministre de l’Économie Bruno Le Maire le 23 avril 2021 n’y déroge pas. Il vante « en même temps » les EnRI et le nucléaire qui bénéficieraient tous les deux du plan « Hercule » (récemment débaptisé mais pas encore renommé) de réorganisation d’EDF.

Le véritable coût de l’électricité

Mais pour une fois il semblerait que ce plan gouvernemental initié par Emmanuel Macron alors qu’il était ministre de l’Économie soit dans l’intérêt général... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles