Avec Macron, pas d’augmentation des impôts. Vraiment ?

Emmanuel Macron by Mutualité Française (CC BY-NC-ND 2.0) — Mutualité Française , CC-BY

Les dépenses dues au coronavirus ne seraient pas financées par des hausses d’impôt ? Fake news ! Car le remboursement de la dette incombera tôt ou tard aux contribuables français.

Par Simone Wapler.

Dans son discours solennel du 14 juin, Emmanuel Macron nous a assuré que les dépenses de 500 milliards d’euros induites par le coronavirus « se justifient en raison des circonstances exceptionnelles que nous venons de vivre ».

C’est se dédouaner un peu hâtivement. Tous les pays n’ont pas choisi de mettre à l’arrêt leur économie, en premier lieu. Ensuite, en quoi le sauvetage d’Air France avec ses pilotes les plus cher payés au monde, les prêts garantis par l’État accordés à des entreprises moribondes avant la crise sanitaire, la quasi renationalisation de Renault, etc. seraient justifiés ?

À l’examen, une grande partie de ces dépenses est, au contraire, difficilement justifiables autrement que par le goût pour l’économie étatisée. Air France et Renault sont transformées en entreprises à but écologique, leurs stratégies désormais dictées par la bureaucratie étatique française.

Emmanuel Macron admet que ces dépenses « viennent s’ajouter à notre dette déjà existante ». Par conséquent, à moins de penser que la dette publique sera détruite par la Banque centrale européenne, son remboursement incombera tôt ou tard aux contribuables français.

La suite du discours devient surréaliste et démagogique : en reconnaissant que notre pays souffre de « la fiscalité la plus lourde », le président de la République assure « nous ne financerons pas ces dépenses en augmentant les impôts […] depuis trois ans nous avons commencé à la baisser ».

Certes, les fortunes financières soumises à l’ISF ont vu leurs impôts allégés contrairement aux fortunes immobilières ou foncières toujours soumises à cet impôt de classe, rebaptisé IFI. Il s’agit donc d’une baisse très sélective de la température des flammes de l’enfer fiscal qu’est la France.

Un mirage qui ne résiste pas aux chiffres

Quelques chiffres objectifs pour mettre en éclairage le grossier mensonge présidentiel sur ces dépenses justifiées qui n’occasionneront pas d’augmentation d’impôts.

500 milliards d’euros représentent 20 % de dette en plus. Les 2380 milliards d’euros de passif existant résultent des déficits cumulés depuis quarante-six ans par la gauche, la droite et En Marche. Ces partis nous ont toujours juré que leurs dépenses étaient nécessaires et qu’après tout irait beaucoup mieux. Avec les traitements calamiteux des Gilets jaunes puis du Covid, notre dette va désormais excéder 2880 milliards d’euros.

Rabâchons-le : les déficits existent parce que, depuis quarante-six ans, la gauche, la droite et En Marche trouvent bien plus commode de s’endetter que de lever encore et toujours plus d’impôts pour financer leurs idées ruineuses. Censé nous mener vers un avenir toujours plus radieux, ce dirigisme nous enfonce dans l’insolvabilité.

Ce que les gouvernements successifs financent n’est en réalité que leur clientélisme. Puisque la pression fiscale est au taquet, le déficit est politiquement plus astucieux que la matraque fiscale. Surtout, après douze ans de taux d’intérêt maintenus artificiellement bas, la dette est de plus en plus indolore…

Au contraire, s’il fallait ajuster les dépenses aux recettes, la pression fiscale ferait un bond gigantesque. En 2019, les recettes fiscales étaient de 273 milliards d’euros. Ce gouvernement a ainsi engagé avec une incroyable légèreté deux ans de recettes fiscales rien que pour le Covid !

L’argent pousse sur les arbres de Bruxelles

Cette folie à 500 milliards d’euros est envisageable à cause des taux zéro. À long terme, toutefois, le financement est impossible tant que l’État ne réduit pas ses dépenses, seule façon d’avoir des budgets équilibrés.

L’idée de réduire la dépense publique a-t-elle effleuré Emmanuel Macron ? En 2018 : « Les dirigeants publics et les responsables politiques seront comptables de leur capacité à maîtriser la dépense » pouvait-on lire dans la profession de foi du candidat. Vague promesse vite oubliée.

Sans réduction des dépenses publiques, sans recul du poids de l’État, il ne pourra y avoir qu’une pression fiscale grandissante pour tous. À moins que la Banque centrale européenne ne décide comme le rêvent certains de « détruire » la dette qu’elle rachète si complaisamment. Autrement dit, l’argent pousserait sur les arbres, ce que n’acceptent pas les pays bien gérés de l’Europe du nord.

Avec Macron, travailler plus pour rester indépendant ?

Dans son discours, Emmanuel Macron nous fait miroiter l’idée « de travailler et de produire davantage pour ne pas dépendre des autres » (des autres ou de nos créanciers étrangers ? ). Cela, bien sûr, sans modifier les avantages acquis.

Après de gigantesques nationalisations qui ne disent pas leur nom, l’idée serait donc d’expliquer à un secteur privé de plus en plus étriqué comment être plus productif… Les artisans, professions libérales, entrepreneurs, employés de PME, agriculteurs – qui ignorent tout des RTT- apprécieront.

Quant aux décideurs et aux fonctionnaires, en ayant refusé toute réduction de leurs traitements durant la période de confinement qu’ils ont eux-mêmes décidée, ils prouvent que la « solidarité » est un concept à sens unique.

Le monde d’après = plus de tout ce qui n’a pas marché dans le monde d’avant

« Il nous faut créer de nouveaux emplois en investissant dans notre indépendance technologique, numérique, industrielle et agricole par la recherche, la consolidation des filières, l’attractivité et les relocalisations lorsque cela se justifie, un vrai pacte productif. »

Oui, oui, on connaît, déjà vu : plan calcul, Bull, avions renifleurs, moteur de recherche Qwant… Nous avons même inventé d’imposer la « jachère cultivée » (car la bureaucratie n’a pas peur des oxymores) avec semis de petites fleurs champêtres.

« Il nous faut aussi créer les emplois de demain par la reconstruction écologique qui réconcilie production et climat avec un plan de modernisation du pays autour de la rénovation thermique de nos bâtiments, des transports moins polluants, du soutien aux industries vertes. »

Oui, oui, on connaît aussi cette musique déjà entendue. On voit les hideuses éoliennes immobiles de l’industrie verte. Les panneaux solaires (achetées en Chine) des lampadaires d’éclairage public. Tout ceci a dégagé des chiffres anémiques de croissance.

En réalité, ce qui semble se profiler est un avenir à la chinoise : une économie étatisée, ignorante de la démocratie de marché, une économie dans laquelle les amis du parti et de la bureaucratie peuvent s’enrichir… tant que le parti et la bureaucratie – informés en temps réel par le flicage collectif – le tolèrent.

Pas de hausse d’impôt ? À ranger dans la catégorie fake news dès l’automne lorsque les enragés de « l’impôt pour les autres » tiendront à nouveau le haut du pavé en mettant le pays à feu et à sang.

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