Plan de relance : les pays bien gérés ne veulent pas des remèdes socialistes

European day by European Parliament(CC BY-NC-ND 2.0) — European Parliament, CC-BY

Les pays « Frugal four » (quatre frugaux en français) ou « les radins » pour les socialistes, se sont vivement opposés au plan de relance. Ils ne veulent pas payer pour les pays qui ne se réforment pas.

Par Aymeric Belaud.
Un article de l’Iref-Europe

La relance économique sera une question majeure des débats politiques une fois la crise du COVID terminée. En plus d’être une catastrophe sanitaire, la suite des événements pourrait être encore bien pire : un chaos économique serait plus virulent et même plus meurtrier.

L’Europe se prépare déjà. La France et l’Allemagne, par l’intermédiaire de leur chef d’État, proposent, afin de relancer l’économie, un plan de relance à 500 milliards d’euros. Ce plan a pour but de « soutenir une reprise durable qui rétablisse et renforce la croissance dans l’UE ».

Ainsi, Angela Merkel et Emmanuel Macron soutiennent la création d’un Fonds de relance « ambitieux, temporaire et ciblé » dans le cadre du prochain budget de l’UE. En plus de ce plan de relance discutable, une mutualisation de la dette est prévue.

Qui plus est, les pays bénéficiaires du plan de relance, c’est-à-dire les pays du Sud de l’Europe, n’auront pas à rembourser les aides (!) précise Emmanuel Macron. Cette idée-là, en plus d’être mauvaise, ne peut que renforcer la crise entre les pays de l’Union européenne.

Les bons élèves ne veulent pas trinquer pour les cancres

La réaction de certains États ne s’est pas fait attendre. Les « Frugal four » (quatre frugaux en français) ou « les radins » pour les socialistes, se sont vivement opposés à ce plan. L’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark et la Suède se sont opposés tour à tour à un projet de budget européen, puis aux coronabonds, et maintenant au plan de relance de 500 milliards d’euros de transferts budgétaires aux pays les plus touchés par la crise du coronavirus.

Leur prise de position est ferme : ces pays s’en sortent bien car ils se sont réformés. Ils ne voient pas pourquoi les bénéfices de leurs réformes devraient profiter aux mauvais élèves, qui ne se réformeront pas, et qui, de fait, seront toujours en difficulté malgré les aides.

Ces pays frugaux ont même présenté le samedi 23 mai, une contre-proposition de plan de relance européenne concurrençant celui établi par la France et l’Allemagne.

Les plus grands contributeurs nets par habitant ne souhaitent pas (encore) dépenser pour des pays qui n’ont pas su réformer leur système comme eux l’ont fait. Les bons élèves de l’UE refusent notamment la mutualisation de la dette, car ils en seraient (une fois de plus) les perdants.

À la place de ce plan, ils préconisent une aide d’urgence pour les pays gravement touchés, sous la forme de prêts ponctuels soumis à conditions. Ainsi, ils refusent également l’idée d’une aide qui ne devrait pas être remboursée.

Selon une proposition publiée par le bureau du chancelier autrichien conservateur Sebastian Kurz, l’argent de ces prêts octroyés aux pays de l’Union européenne devrait être « orienté vers des activités qui contribuent le plus à la reprise, telles que la recherche et l’innovation, un renforcement du secteur de la santé et une transition verte ».

En outre, les bénéficiaires de ces prêts d’aides ponctuelles devraient prendre un engagement fort : celui de mettre en œuvre des réformes d’envergure de leur système économique et social, ainsi que de respecter le cadre budgétaire imposé. Les « quatre frugaux » rejettent donc également la proposition conjointe du duo Macron/Merkel d’augmenter le budget de l’Union européenne.

Un plan de relance pour les mauvais élèves… donneurs de leçons

Pour les européistes les plus convaincus, ces quatre pays sont méchants, égoïstes et radins. Ce dernier qualificatif revient souvent dans la bouche des politiques de gauche et de la majorité. En effet, ces pays devraient avoir honte d’être bien gérés et de ne pas vouloir dilapider l’argent de leurs contribuables.

Nathalie Loiseau, ancienne tête de liste LREM pour les Européennes, a publié une vidéo sur Twitter réclamant aux pays « radins » de sacrifier leur bonne gestion financière pour les pays du Sud qui n’ont pas fait les réformes nécessaires, afin « que les parents italiens puissent acheter des lego à leurs enfants »…

Mais ce qu’oublie Mme Loiseau, comme beaucoup d’autres, c’est que l’Autriche, la Suède, le Danemark et les Pays-Bas, sont déjà les pays qui contribuent le plus au budget européen par rapport à leur nombre d’habitants. Il faudrait donc que les contribuables de ces pays payent encore plus d’impôts pour les autres pays. La fourmi doit encore plus travailler pour la cigale.

Il est aussi d’utilité publique de faire savoir que ces pays connaissent une crise économique moins importante que les autres partenaires européens. L’Autriche est un élève modèle. De par les mesures strictes initiées très tôt par son chancelier Sebastian Kurz, (et critiquées par l’UE), le pays a pu être le premier à se déconfiner, sans connaitre de deuxième vague pour le moment.

Au premier trimestre 2020, la récession autrichienne était inférieure à la moyenne de la zone euro (-2 % contre -3,8 %) et bien moindre que celle du pays du donneur de leçons M. Macron avec -5,8 %. Enfin, M.Kurz est devenu encore plus populaire grâce à son action durant la crise, avec 77 % d’opinion favorable contre 35 % pour le président français.

Non seulement l’Union européenne s’est montrée inefficace dans la gestion du Covid-19, mais de plus elle se veut encore plus socialiste, ce qui ne fera que diviser encore plus une Europe déjà fragile. Le mercredi 27 mai, Ursula Von Der Leyen en tant que Présidente de la Commission Européenne, a annoncé un plan de 750 milliards d’euros ! Toujours plus !

Ce n’est pas en mutualisant les dettes que l’Europe pourra sortir de cette crise, mais en libérant les énergies. Il faut que l’UE sorte de son carcan normatif, qui ne pense qu’en règlements et en aides.

S’il doit y avoir un plan d’aide pour les pays du Sud dont nous faisons partie depuis des années maintenant, il doit se faire en respectant des conditions strictes : les États doivent entreprendre les réformes nécessaires au redressement économique, libérer leur économie et leur système social.

De plus, au lieu de permettre la dilapidation d’argent, l’Autriche, les Pays-Bas ou même la Suisse (dont le ministre des Finances a déclaré qu’il ne devait pas faire n’importe quoi avec l’argent du contribuable) devraient nous envoyer leurs ministres de l’Économie et des finances pour former les grands dépensiers de Bercy. Ce serait toujours plus efficace qu’une énième aide.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.