Plan Vélo : la logique bureaucratique à l’œuvre jusqu’à l’absurde

Plutôt que de vouloir tout planifier, pourquoi ne pas laisser les individus libres de prendre les transports qui leur conviennent le mieux ?

Par Frédéric Mas.

Elisabeth Borne l’a annoncé lors d’un entretien : l’État prévoit de tripler le budget consacré à la pratique du vélo, le portant de 20 à 60 millions d’euros, le tout afin d’inciter les Français à ne pas choisir de reprendre la voiture pour éviter les transports en commun. Cette annonce suit de quelques jours le plan automobile d’Emmanuel Macron, destiné à aider la filière automobile en lui enjoignant de pousser à la création et à la vente de « véhicules propres ».

C’est l’occasion pour beaucoup de découvrir que l’État consacrait déjà 20 millions au vélo, et que les comptes publics étaient suffisamment solides pour investir 40 millions de plus à ce véhicule certes sympathique mais dont l’usage se limite aux hypercentres des grandes villes de ce pays.

Alors que nous nous préparons à affronter l’une des plus grandes récessions depuis les années 1930, et que la pression fiscale a rendu notre modèle social totalement atone, que les fonctions régaliennes de l’État sont en ruines, le gouvernement choisit donc de s’endetter un peu plus pour subventionner la filière vélo, et tout ça pour éviter que les Français se tournent vers l’automobile qu’il a pourtant choisi de sauver « en même temps ». En effet, l’État va consacrer 8 milliards à la filière automobile, et 5 milliards de prêt garanti pour Renault.

Le plan de l’État contrarié

Bien entendu, il y a l’excuse du confinement et déconfinement : si la crise sanitaire n’avait pas fait dérailler le pays, c’est assez paisiblement que l’État aurait continué sa guerre contre la voiture et sa politique du tout transport en commun.

Ce plan vélo illustre jusqu’à l’absurde la logique bureaucratique, qui se traduit toujours de la même manière, à savoir l’accroissement des budgets publics pour instituer des administrations, des certifications et des expertises d’État dont on aurait très bien pu se passer ou pour faire grossir des administrations déjà existantes en leur donnant de nouvelles raisons d’exister.

Nous apprenons ainsi qu’existait un « Fonds mobilités actives-Continuités cyclables » depuis 2018, qui arrosait en 2019 sociétés et collectivités locales à hauteur de plus de 40 millions d’euros. Les 20 millions du plan vélo servaient quant à eux à l’origine à financer des aides à la remise en état d’un vélo, « au sein d’un réseau référencé de réparateurs, répertoriés sur le site internet de la Fédération des Usagers de la Bicyclette (FUB) et une plateforme dédiée. »

Mais il faut aller plus loin dans l’institutionnalisation du vélo, qui doit être pris au sérieux, c’est-à-dire suffisamment étatisé pour que les Français le préfèrent à la voiture. Élisabeth Borne a ainsi déclaré il y a quelques semaines qu’allait se créer une « Académie des métiers du vélo » « en réponse à la demande croissante en réparations ». Il fallait donc que l’État consacre par un diplôme et une institution d’enseignement le bricolage sur bicyclette en les justifiant par une demande qu’il a lui-même artificiellement créée. Tout cela aurait bien fait rire le regretté Philippe Muray.

Un retard insupportable

Mais nos édiles bureaucratiques ne s’arrêtent pas là. Subventionner le vélo répond aussi à la nécessité de rattraper notre retard par rapport à nos voisins européens, en particulier l’Allemagne, cet éternel premier de la classe. La France est en dessous de la moyenne européenne quant à sa pratique de la bécane, et c’est insupportable, surtout quand on sait, comme l’a rappelé la ministre des Transports, que « 60 % des déplacements font moins de 5 kilomètres ».

Depuis un ministère, la France est une immense zone urbaine où les déplacements d’individus aux comportements statiques se font sur des lignes droites et accessibles aux vélos et aux trottinettes, avec des supérettes à chaque coin de rue pour permettre de transporter ses courses dans un cabas négligemment jeté sur son guidon. Dans le vrai monde, 90 % des Français se déplacent en voiture car ils ne vivent pas à Paris ou dans une métropole, que les routes ne sont pas adaptées (vous avez déjà essayé de traverser une autoroute à vélo, vous ?) et que c’est plus pratique pour transporter des courses ou partir en vacances. En plus, la moitié du temps, il pleut.

Plutôt que de vouloir tout planifier, tout micromanager comme le rappelait H16, pourquoi ne pas laisser les individus libres de prendre les transports qui leur conviennent le mieux ? Pourquoi ne pas laisser l’industrie du vélo tranquille ? Après tout, elle s’en sortait bien toute seule, sans cet argent public que l’État n’a pas et qu’il emprunte aux générations futures. Avons-nous vraiment besoin d’un diplôme pour changer un pneu crevé ? Pourquoi certifier par l’État des réparateurs de vélos plutôt que d’autres au lieu de laisser faire le marché ? La réponse est toujours la même : la politique et son aile marchante la bureaucratie ne serait plus justifiée à étendre son empire sur la société civile.

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