La France va devoir affronter la pire récession depuis les année 30

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L’incertitude extrême sur l’évolution de l’épidémie, et l’absence de repère historique, puisque cette crise est inédite, vont très probablement freiner, à la fois, la reprise de l’offre et de la demande.

Par Philippe Alezard.

L’économie mondiale va probablement connaître la pire récession de son histoire depuis la grande dépression des années 1930. Bien plus grave en tous les cas que la crise financière de 2008 qui avait entraîné une crise économique. Comme le décrit le FMI dans son dernier « world economic outlook », ce double choc simultané de l’offre et de la demande est inédit. La durée et l’intensité de ces chocs demeurent très incertaines.

Les projections pour les PIB de l’année 2020 sont inédites et toutes négatives. -5,9 % pour les USA, -7 % pour l’Allemagne, -7,2 % pour la France, -9,1 % pour l’Italie, pour n’en citer que quelques-unes.

Dans les crises précédentes, que l’on pourrait qualifier de classiques, la structure socio-économique de la France la protégeait. En effet, être le pays avec la dépense publique la plus élevée du monde apporte quelques amortisseurs. Une partie non négligeable de la demande, à savoir les fonctionnaires (5,7 millions), les retraités (15 millions), les chômeurs indemnisés (2,4 millions), ne voit pas ses revenus impactés lors des crises.

La demande française reste soutenue

Cet amortisseur social, constitué de 23 millions de personnes, soit 34 % de la population française, dont 27 % de la population active, est rémunéré par l’État.  Par conséquent, la demande française reste relativement soutenue. On peut le constater dans le graphe ci-dessous. Lors de la dernière crise de 2008, l’impact sur le PIB français fut de 2,8 % quand celui sur le PIB allemand fut de 4 %.

Source Eurostat/fipal

 

Le point inédit de la présente crise tient dans le fait que dans le cadre de cette pandémie, la crise est amplifiée par les mesures d’endiguement que les gouvernements ont été contraints de prendre. Pour atténuer les effets néfastes immédiats du confinement, protéger l’offre et préserver l’emploi fut la réponse de tous les pays du monde : prise en charge par l’État du chômage partiel, report de paiement de certaines charges, aides publiques et garanties données par l’État pour certains emprunts.

Le confinement a un impact sur tous les secteurs de l’économie, le secteur privé bien sûr, mais également le secteur public. C’est là un point clé pour la France, son amortisseur social ne fonctionnera plus : la consommation s’effondre, même pour les 23 millions de personnes constituant l’amortisseur social habituel. Et cela se traduit dans les projections de PIB du FMI. La France sera au moins aussi impactée, voire plus que l’Allemagne, avec une chute de son PIB de 7,2 %.

Quand l’État se mobilise, il le fait par l’endettement. Les mesures de soutien à la population en détresse et à l’économie sont nécessaires et incontestables. Mais une fois la crise passée, l’État doit recouvrer la dette qu’il a émise, et ce par la création de richesse.

La question de l’endettement

Or que constate-t-on dans le graphe ci dessus ? Avant la crise de 2008, les niveaux d’endettement (dette sur PIB) de la France et de l’Allemagne, étaient identiques : autour de 64 %. Pour faire face à la crise des mesures ont été prises de part et d’autre du Rhin. L’endettement a bondi pendant les deux années qui ont suivi la crise à des niveaux une fois encore quasi identiques : autour de 84 %.

En revanche, depuis 2010, l’endettement de l’Allemagne est revenu à des niveaux inférieurs à 2007 à 63 % alors que celui de la France n’a cessé de croître pour atteindre les 100 %. Durant les dix années qui ont suivi la crise, l’Allemagne  a vu son PIB augmenter de 33 %, sa dépense publique se stabiliser à 44 % et sa dette diminuer de 24 %. Pendant cette même période, la France créait 21,5 % de richesse au lieu des 33 % allemande, sa dépense publique se stabilisait à 56 % et sa dette augmentait de 17 %.

Dans ce même laps de temps, l’Allemagne dépense 4,8 points de PIB dans l’éducation nationale quand la France en dépense 5,9. En dépensant 23 milliards d’euros de plus que l’Allemagne, soit 1 % de PIB, le salaire moyen des enseignants français est 30 % inférieur à celui des enseignants allemands. Au classement PISA, la France est vingt-troisième quand l’Allemagne est vingtième.

Pour les dépenses de santé, la situation est identique. La France et l’Allemagne investissent 11 % dans les dépenses de santé. Mais là encore le nombre de lits pour mille habitants est de 8 en Allemagne contre 6 en France. Les médecins allemands sont de 4,3 pour mille contre 3,2 en France et le salaire d’un médecin hospitalier allemand est 40 % plus élevé que celui de son collègue français. Mais le personnel administratif est de 34 % en France contre 23 % en Allemagne.

On peut ainsi multiplier les exemples relatifs aux dépenses publiques. Et que dire de la balance commerciale. Pendant la décennie écoulée, la différence entre nos importations et nos exportations a été négative en moyenne de l’ordre de 75 milliards par an. La balance commerciale allemande a été positive d’environ 200 milliards par an.

Pas de réforme du modèle français

Le mal français est bien là. Ne jamais vouloir remettre en question son modèle. Considérer comme acquises des mesures de protections mises en place en raison de circonstances exceptionnelles.

Par voie de conséquence, la France entre dans cette crise dans un état de financement et de dette bien pire qu’était le sien en 2007. Son voisin allemand qui va être impacté très violemment également, y est prêt, avec des finances et une dette parfaitement saines. La gestion de la crise a bien mis en évidence cette différence.

Entrer en crise et la gérer est une chose, mais en sortir en est une autre.

L’incertitude extrême sur l’évolution de l’épidémie, et l’absence de repère historique, puisque cette crise est inédite, vont très probablement freiner à la fois la reprise de l’offre et de la demande. Du côté de l’offre, les entreprises pourront être réticentes à investir et du côté de la demande, les consommateurs auront très certainement davantage tendance à thésauriser qu’à dépenser. Cependant, le secteur productif devra retrouver une capacité et des niveaux de production lui permettant de satisfaire les commandes accumulées non satisfaites.

La France va redémarrer avec du retard par rapport à ses concurrents, allemands, autrichiens, suisses, italiens et espagnols qui commencent déjà et très progressivement le processus de déconfinement. Il sera donc primordial pour les entreprises d’être réactives, car les premières sur le marché pourraient bien prendre un avantage certain et définitif sur les plus lentes. La fragilité des bilans pourrait bien être mortifères pour ces secondes.

La souplesse du marché du travail sera un facteur clé pour cette réussite. Les partenaires sociaux devront être en mesure d’arbitrer entre les nécessaires mesures de protection des salariés et la relance de la production. Le temps de travail devra être réadapté ainsi que les plages horaires. Malheureusement, il semblerait que l’on n’en prenne pas le chemin.

Les syndicats freinent des quatre fers

Le 15 avril, un événement très symptomatique de l’état d’esprit du syndicalisme français et de la lourdeur administrative, a eu lieu au tribunal judiciaire de Nanterre.

Amazon a été condamnée pour n‘avoir pas respecté ses engagements en matière de protection des salariés.

Certes, et bien heureusement, l’état d’urgence sanitaire que nous connaissons ne peut nous faire oublier les règles de droit, et on ne saurait reprocher à un juge de les faire appliquer. C’est la pertinence de l’action syndicale, en amont, qui est questionnable. Les circonstances actuelles devraient faire naître plus de dialogues pour déboucher sur des solutions concrètes dans l’intérêt collectif.

Les États-Unis n’échappent pas à cette violence économique. En un mois, 22 millions de personnes ont perdu leur emploi. C’est 15 % de la population active. Durant cette même période Amazon a créé cent cinquante mille emplois pour faire face aux surplus de commandes en tous genres liés au confinement.

En France, des syndicats décrètent que commander des livres, des produits alimentaires, de l’électroménager, ou tout autre produit autre que sanitaire serait indécent. Épilogue de cette sombre affaire, les cinq entrepôts français sont fermés, et dix mille personnes risquent de se retrouver au chômage, à la charge de la collectivité.

Au delà, Amazon est une place de marché au travers de laquelle de nombreuses petites sociétés peuvent, pouvaient, vendre leurs produits. Et pour finir, la mondialisation qui déplaît tant aux syndicats, va permettre à Amazon de pouvoir livrer ses clients depuis ses plateformes en Allemagne et en Italie.

La CGT, Sud, tous ces syndicats de l’extrême et la France Insoumise voient dans cette pandémie une occasion exceptionnelle de réaliser leur rêve du grand soir libérateur. Ce rêve ne peut se réaliser que par « l’expropriation capitaliste au moyen de l’appel à la grève générale et illimitée », idée fondatrice et formulée en 1895 par le congrès constitutif de la CGT.

Le virus a remplacé la grève et a mis tout l’appareil productif à l’arrêt. Mieux encore, même une grande partie de la fonction publique est arrêtée, à l’exception bien sûr de l’hôpital. Alors il faut entraver plus encore le peu qui fonctionne.

La poste ne travaille que trois jours sur cinq, on fait fermer les entrepôts d’Amazon, on appelle les routiers à cesser le travail, les droits de retrait se multiplient, on profite de la situation pour tirer encore plus d’avantages, telles que les primes pour les enseignants, pour les postiers. Le 16 avril, la CGT métallurgie saisit le Conseil d’État afin que les usines, des secteurs « non essentiels » aux yeux de la CGT, ne puissent rouvrir. Le 17 avril Benjamin Amar, le leader montant de la CGT, déclare « il est hors de question de retourner, le 11 mai, en salle de classe ».

Le prétexte de la distanciation sociale

On a trouvé un alibi pour ne pas reprendre le travail, la distanciation sociale. Tout le monde comprendra aisément que la santé des salariés soit une priorité pour un syndicat. Mais la santé ne sera jamais satisfaite dans la non reprise du travail. On connaît bien tous les dégâts que cause le chômage. Jean-Claude Mailly, ancien patron de FO, s’en est ému récemment « il ne faudrait pas qu’il y ait plus de morts par la crise économique à venir que par le Covid-19 ».

L’immunité collective, tant attendue pour les populations afin de lutter contre le virus semble, aujourd’hui, remise en cause par les scientifiques. Nous pûmes penser que les conditions extraordinaires que nous vivons auraient pu pousser à une immunité sociale des syndicats.

Nous pûmes penser que les syndicats extrémistes auraient développé les anticorps leur permettant, au moins de façon temporaire, d’annihiler le virus marxo-trotskiste qui les a infectés dès leur naissance. Il n’en est malheureusement rien car ces syndicats, appuyés, exacerbés par la France Insoumise et le Parti communiste, ont un seul objectif, le chaos économique et un accusé tout désigné, le néo, ultralibéralisme.

Les insoumis, les syndicats se pensent progressistes alors qu’ils plongent, chaque jour un peu plus, dans l’obscurantisme. Pour tous ces fournisseurs de phraséologies, le dogme marxiste est la solution. Le monde d’après, qu’ils appellent de leurs vœux, est en fait le monde d’avant hier : établissement de l’ISF, nationalisation, réquisition, décroissance.

À la première occasion de refaire toutes les inepties économiques, dont l’empirisme et la science économique ont démontré la nocivité, on les refait.

Dans le monde d’après, point besoin de gouvernement de salut public. N’en déplaise à monsieur Mélenchon, mais la France n’aura pas plus besoin de Robespierre que de Fouquier-Tinville.

Avec 120 à 130 % de dette sur PIB, de 9 à 10 % de déficit budgétaire à horizon 2021 la France montre qu’elle a fait tous les efforts nécessaires pour soutenir les plus démunis ainsi que son économie. La santé des Français est passée avant l’économique. Mais ce faisant elle se met à risque. Le pays doit trouver sur les marchés financiers entre 250 et 300 milliards.

La situation risque de perdurer, voire de s’accroître comme l’histoire nous l’a montré. Qu’adviendrait-il si les obligations françaises ne trouvaient plus preneurs ? 56 % de la dette française est entres les mains de créanciers internationaux qui pourraient perdre la confiance qu’ils ont mise en l’État français.

Il est fort à craindre que le chômage de masse réapparaisse, que les réformes, tant attendues et si nécessaires, ne se fassent plus. Pourtant la France ne pourra plus se permettre d’être désynchronisée par rapport aux pays de l’Europe du nord.

La France aura besoin de retrouver une administration débarrassée de ses lourdeurs et redondances infinies qui l’empêchent de fonctionner avec efficacité, elle aura besoin de gagner en productivité pour retrouver sa compétitivité, devra comprendre que la compétitivité, ce n’est pas seulement produire plus pour moins cher, mais avoir un système éducatif performant qui forme aux métiers de demain. La France aura besoin de cohésion ainsi que de vrai dialogue social, elle ne pourra plus se permettre d’opposer le secteur public surprotégé et le secteur privé toujours plus précaire, la France aura besoin, enfin, de retrouver un débat politique digne de ce nom.

Les institutions européennes tant décriées par une majorité ont montré leur efficacité. Les verrous sur les niveaux de dette et de déficit sont suspendus. Le MES, Mécanisme Européen de Sécurité, permet aux pays en grande difficulté de se mettre, à leur demande, sous la protection directe de la BCE.

L’Europe, l’Euro, et ses institutions sont notre chance. Si la France ne se ressaisit pas, elle deviendra très rapidement tout comme l’Italie, le pays avec un risque systémique tel que toute l’Europe sera mise en danger.

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