L’« étatisme viral », l’autre épidémie du moment

Le plus édifiant de cette crise, c'est d'avoir occasionné un stupéfiant retour des vieilles phobies antilibérales et autres pathologies comme l'étatisme.
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tampons administration bureaucratie credits frederic bisson (licence creative commons)

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L’« étatisme viral », l’autre épidémie du moment

Publié le 26 mai 2020
- A +

Par Alain Laurent.

Il n’est sans doute pas trop tôt en cette fin mai 2020 pour esquisser les grandes lignes d’un état sociologique et idéologique des lieux au sortir de bientôt trois mois de confinement « covidien ». Et en tirer quelques enseignements sur les paradoxales réactions d’une société française et surtout de ses « élites » intellectuelles et politiques en comparaison avec ce qu’il en a souvent été chez nos voisins européens.

Car le plus édifiant de cette crise, c’est d’avoir occasionné un stupéfiant et offensif retour des vieilles phobies antilibérales et autres pathologies statolâtriques (l’ étatisme… « viral »!) propres à notre pays.

Et sans rapport objectif à l’origine de l’épidémie, sur fond d’incohérences, de déni de réalité, de postures irresponsables et de surenchères démagogiques.

C’est la faute au (néo)libéralisme, vraiment ?

Psalmodiée sur le mode hystérique d’un « Plus rien ne sera comme avant », l’antienne dominante est qu’aussi bien la pandémie elle-même que les ravages provoqués par le confinement ont une cause principale sinon unique : le « néolibéralisme ». Rétablissons donc les faits.

Tout d’abord, si le pouvoir communiste chinois n’avait pas commencé en janvier 2020 par menacer et emprisonner les premiers lanceurs d’alerte, puis censurer tout ce qui se rapportait aux débuts de l’épidémie et ensuite tardé à informer exactement les autres pays de la situation, il ne serait rien arrivé hors de Chine.

À l’origine de tout, donc, l’étatisme bureaucratique et autoritaire, et non pas le libéralisme. Si l’on peut en effet mettre en partie en cause la localisation asiatique excessive des « chaînes de valeur » et la dépendance qui s’ensuit (mais comment se passer des terres rares nécessaires à l’industrie informatique ?), il reste que la mondialisation incriminée par les néosocialistes se nourrit aussi du tourisme et des colloques lointains, des amateurs de cerises en hiver, des flux migratoires et autres mobilités familiales : rien à voir avec le libre échange capitaliste !

Enfin, c’est surtout en France que se donne aussi massivement libre cours l’obsession anti-libérale. Rien de tel chez nos voisins d’Europe du nord et centrale. Et l’on notera que chez les nations les plus imprégnées d’ordolibéralisme (Allemagne, Danemark, Suisse, Autriche, Pays-Bas), l’épidémie a été le plus vite et efficacement jugulée, et le confinement comme les dégâts économiques très atténués.

Rien d’étonnant : pour les penseurs ordolibéraux (Röpke, Eucken), tout repose d’abord sur le sens de la prévoyance et de l’autodiscipline personnelles et institutionnelles…

Un social-étatisme bureaucratisé dans tous ses états

De l’écolo-gauchisme exacerbé à la technocratie macronienne, pratiquement tout le monde prêche désormais et sur fond d’illibéralisme assumé pour l’avènement d’un merveilleux « monde d’après » tissé de planifications, de nationalisations et de collectivisations rebaptisées « biens communs ». Car, nous dit-on, monterait de partout en France une « demande de plus d’État » et de « social » – seul antidote à tous nos maux. Et ce nonobstant les ratages spectaculaires de notre cher État ultra-centralisé et bureaucratisé pour anticiper et enrayer la diffusion du coronavirus.

Une instructive préfiguration de ce qui nous attend « après » a été l’unique solution préconisée et appliquée pour gérer le confinement : tout un arsenal de réglementations tatillonnes, intrusives et souvent contre-productives. Autorisations administratives de déplacement (limitation à un km de chez soi, puis à 100 km), assignations de fait à résidence, verbalisations policières  sans discernement : on aurait presque cru revenu le temps des Ausweis à présenter à la Kommandantur (en Suisse, un confinement raisonné a atteint son objectif sans attestations ni contrôles infantilisants).

Et quand l’étatisme s’est paré de social-bureaucratisme via une providence d’État généralisée (avec retour du mirifique projet de « revenu universel »), nous avons sur le plan sanitaire eu droit à des pratiques, des mesures ou des projets incompatibles avec le plus élémentaire respect des libertés individuelles : de l’intention d’indéfiniment cloîtrer les personnes âgées à leur domicile à la mise en place d’un tracking numérique des suspects de contamination en passant par la contrainte à une distanciation « sociale » (choix lexical inadéquat mais révélateur, au lieu de « physique ») parfois impossible à mettre en place, comme les 4 m² par client qui ont failli plomber les restaurants !

« Responsabilité individuelle » vs déresponsabilisation de masse

L’un des paradoxes spécifiques à cet épisode a sans doute été la saisissante multiplication des appels ou injonctions à une « responsabilité individuelle » par des institutions politiques et des milieux intellectuels qui, durant les décennies antérieures, avaient tout fait pour la dévitaliser dans la vie courante, ou la stigmatiser idéologiquement (« bourgeoise », conservatrice ») voire scientifiquement (une « illusion »).

Comment, dès lors, imaginer que dans un contexte déresponsabilisant de « culture de l’excuse », de réglementations prohibant l’autonomie individuelle d’appréciation et de décision, de prise en charge automatique de tous les aspects de l’existence par un État-providence en expansion constante, nos concitoyens aient pu dans l’instant vraiment retrouver le sens de la responsabilité personnelle de soi ou de souci des autres ? Aussi, bien souvent, ce qui a été attribué à de la responsabilité individuelle n’a résulté en fait que de la « peur du gendarme » ou la crainte bien compréhensible de l’infection et la mort.

L’intériorisation de l’irresponsabilité n’a d’ailleurs pas tardé à reprendre le dessus : jets massifs de masques usagés et possiblement contaminés sur les trottoirs, lingettes évacuées dans les toilettes et bouchant les canalisations, excès inouïs de vitesse sur autoroutes, « gestes barrières » négligés. Mais le comportement volontiers irresponsable du pouvoir politique n’est-il pas le premier responsable de l’irresponsabilité des gens ?

Comment, dans ces conditions, parvenir malgré tout à une disruption durable avec le cercle vicieux national entre un « Tout attendre de l’État » et un État à la fois « Big Father » et « nounou » d’apparence bienveillante mais castrateur ?

Comment échapper à une fatalité historique évoquée par Tocqueville lorsque dans son célèbre discours du 12 septembre 1848 à l’Assemblée constituante, il  fustigeait « l’idée que l’État ne doit pas être seulement le directeur de la société, mais doit être, pour ainsi dire, le maître de chaque homme… son précepteur, son pédagogue ; que, de peur de le laisser faillir, il doit sans cesse se placer à côté de lui, au-dessus de lui, autour de lui, pour le guider, le garantir, le maintenir, le retenir… » ?

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  • «Mais le comportement volontiers irresponsable du pouvoir politique n’est-il pas le premier responsable de l’irresponsabilité des gens ?»

    Disons que le pouvoir politique a trop de responsabilités sans garde-fous ce qui le conduit logiquement par son incapacité à de l’irresponsabilité. Il dirige un monopole : l’Etat !

  • L’État français intervient dans trop de domaine qui ne sont pas ceux dont il doit s’occuper !
    *Pourquoi un enseignant doit-il être un fonctionnaire de l’État ?
    *Pourquoi l’État doit-il gérer les boutiques de luxe des aéroports ?
    *Pourquoi l’État doit-il sauver les entreprises boiteuses et donc forcer les contribuables à investir à fonds perdus (d’avance) ?
    Pourquoi les organismes gérés par des fonctionnaires fonctionnent-ils moins bien que la concurrence privée ?… Et pourquoi, par exemple, l’enseignement supérieur «ne marche pas» avec les entreprises du privé ?
    Pourquoi les institutions locales embauches à foison de nouveaux fonctionnaires ?… Pour refaire le boulot du con de fonctionnaire de l’organisation en dessous ?

  • En France nous avons peut-être un système politique unique et qui s’ignore : Une monarchie communiste.
    N’est ce peut-être pas là la source de tous nos problèmes ?

  • On oublie trop vite que, pour faire face au pic de malades dans les hôpitaux en Mars, la seule solution a été pour les médecins de fiche en l’air toutes les procédures venant du tiers des non-soignants, qui leur mange trop de temps, et de gérer les choses à leur façon, ce qui a marché, démontrant de façon éloquente qu’on pouvait se passer des deux-tiers de ces mouches du coche, ce qui permettrait d’augmenter notoirement les salaires des soignants sans augmenter le budget des hôpitaux.
    On peut généraliser cela à toute la France: virez la moitié des ronds de cuir et les réglementations et normes stupides dont ils s’occupent, et vous avez déjà moyen de supprimer bon nombre d’impôts qui plombent la compétitivité du pays et empêchent les entreprises d’embaucher.
    En prime, abrogez le code du travail et remplacez-le par le suisse et la France repart du bon pied.
    Les fonctionnaires limogés vont rejoindre les cohortes de chômeurs diront certains. Faux! Comme un emploi de fonctionnaire génére deux chômeurs, à l’inverse en supprimant n emplois de fonctionanires on crée 2n emplois marchands. Bilan on ne peut plus positif.

    •  » on crée 2 emplois marchands  »

      C’est peut être pas exact, mais j’aime bien l’idée…

  • C’est culturel. Dans certains pays (disons du nord ou protestants) les gens aspirent à la liberté et donc à la responsabilité; dans d’autres (disons du sud ou catholiques) ils aspirent à l’égalité et donc à la coercition que cela implique. Il faudrait un effort d’instruction volontaire et très durable pour changer cela. N’y comptons pas trop.

    • Ils aspirent à l’égalité de la rémunération. Je trouve beaucoup moins de gens qui veulent participer à l’égalité de l’effort.

      • jacques lemiere
        27 mai 2020 at 7 h 43 min

        et ils n’aspirent même pas à l’égalité de la rémunération..

        les manifestants qui le disent ne manifestent jamais sous ce slogan..ils disent NOUS voulons plus.

        déplorer les inégalités n’est que circonstanciel.. si vous creusez , c’est en fait la rémunération au « mérite »…

  • étatisme ??? autre nom du communisme ????

  • Devant tous ces tampons on a le droit parfois de se tromper.!!!!!!

  • Je m’interroge sur deux choses :
    – pourquoi l’auteur fait un article sur quelque chose qui a déjà été traité 15x en 2 semaines (la mise en cause du libéralisme dans cette crise)
    – et où il a vu que les Français demandaient « plus d’état » dans cette crise.

    • «les Français demandaient « plus d’état »…»
      Alors que déjà, actuellement, le budget le plus important (aussi dans sa complexité) est celui des aides sociales !
      Par exemple, les allocations familiales (à mon avis, ) pourrait être augmentées mais à condition d’entrer dans la déclaration de revenus au même titre que les alloc. logement.
      Et comme tout est géré en informatique, s’il y avait une ou deux douzaines de tranches cela ne changerait rien en coût de gestion mais « ON » pourrait imposer tous ces revenus et tous les citoyens (qui doivent participer même des quelques centimes aux dépenses publiques) et arrêter de faire payer les dits riches pour des services que d’autres bénéficient…

      • ça s’appelle la mutualisation des coûts.
        Donc, selon vous, il faudrait inscrire les allocations sociales en tant que revenu dans la déclaration pour les taxer ???
        Et si on taxait moins dès le départ ?

        • Si deux couples ayant 3 enfants l’un avec alloc familiales et APL l’autre sans aide sociale et il se trouve que les deux l’ensemble fait le même revenu à dépenser… Celui sans aides sociales peut franchir une tranche et être plus imposé que celui bénéficiant d’aides…
          Est-ce normal ?

          • ah mais ça ce sont les pièges de la fiscalité, c’est un grand classique. Parce que la fiscalité est mal foutue. Au lieu de taxer les alloc, on taxe moins les autres, c’est tout.

            • Non on taxe moins tout le monde, mais tout le monde raque à sa mesure. Même les chômeurs, même tous les allocataires.

            • Et on supprime les allocs.

            • Pour Stephane,
              Pas supprimé mais augmenté d’une dizaine d’euro…
              Et on taxe tout le monde tout type de revenu ou d’allocation avec le principe (par ex.) 1% pour la partie de revenue inférieur à 1000€; 2% pour la partie de revenue comprise entre 1000 et 2000 ; 4% … 2000 à 3000 ; 7% … 3000 à 4000 ; 10% … 4000 à 5000 et ainsi de suite…

        • Rien à voir : le peudo Chat-Bleu a-t-il quelque chose à voir avec un chocolatier de la rue saint-Jean (Paris-Plage, le vrai) ?

          • absolument pas :-). J’ai juste un chat bleu en porcelaine de Nevers sur mon buffet. Il me faisait les yeux doux alors que je cherchais un nouveau pseudo.

          • jacques lemiere
            27 mai 2020 at 15 h 53 min

            laissez chat bleu svp.. au moins on a un avis contradictoire sur certains sujets. qui il ou elle est n’importe pas.

  • Le petit prince
    26 mai 2020 at 16 h 33 min

    Avec un peu de courage et de volonté les Français pourraient se débarrasser de cette « élite  » dont parle ce triple crétin de richard Ferrand .
    Ce n’est pas le cas ,donc ils ont ce qu’ils méritent.

    • Nous avons ce que méritent surtout les autres, ceux qui grâce à l’état paient avec l’argent des autres…

      • De toutes manières, on est dans le même bain et le système pyramidal du dirigisme est à lui seul une impasse bien connue qui atteint même les grosses sociétés.

        Comme la machine à produire des CERFA s’est emballée, on peut se demander si ce qui est écrit dessus à la moindre importance …

  • « mais comment se passer des terres rares nécessaires à l’industrie informatique ? »
    L’auteur ignore visiblement que les terres rares ne se trouvent pas qu’en Chine.
    Entre 1965 et 1995, la principale mine de terres rares du monde était Montain View, en Californie. Sa production a été stoppée en 2002, les imbéciles à courte vue se contenteront de l’explication facile « le marché était devenu défavorable à la rentabilité de la mine ». Ceux ayant un peu plus d’esprit critique comprendront que « le marché » était en fait les mesures environnementales extrêmement strictes pondues par le gouvernement californien, ledit gouvernement californien et les escrologues n’ayant par contre rien à foutre que la Silicon Valley se fournisse en Chine où les conditions de production sont une horreur environnementale absolue.

    On peut d’ailleurs illustrer cette hypocrisie d’un pseudo libéralisme de façade en rappelant que la mine a été partiellement rouverte en 2012, après un investissement très lourd, pour fournir des métaux rares nécessaires à la production d’aimants au néodine (à ce moment, la Chine était devenue seule producteur), que la réaction de la Chine a été de faire s’effondrer par dumping les cours du marché, poussant ladite mine à la faillite (fermeture en 2015), et ce dans le silence le plus total des politiques comme des médias.

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