L’appel pour le « jour d’après » ? Un écolo-socialisme pour le monde d’hier

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60 parlementaires de la majorité ou proches de la majorité ont publié un manifeste « pour le jour d’après » qui égrène les poncifs socialistes les plus éculés.

Par Jean-Philippe Feldman.

« Une certaine sensibilité de gauche » : c’est ainsi que Paula Forteza, députée élue sous les couleurs de La République en marche, qualifie l’idéologie qui innerve les inspirateurs de l’Appel pour le jour d’après soutenu par 60 parlementaires de la majorité ou proches de la majorité. Euphémisme pour un projet qui mêle de manière bien archaïque les vieilles lunes socialistes aux idées apocalyptiques de l’écologisme radical.

Tout d’abord, la méthode ne peut que faire tiquer le constitutionnaliste. De manière démagogique et populiste, il s’agit d’un « parlement ouvert » : une « consultation citoyenne (sic) » et des ateliers avec des experts reconnus, dont Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, qui quitte une nouvelle fois ses habits syndicalistes, lesquels devraient se limiter à la défense des salariés, pour se muer en homme politique, et Jacques Attali, jadis brillant conseiller d’un brillant Président….

Le mantra de la démocratie participative

Il semble donc que nos représentants, à court d’idées, aient besoin de celles des « citoyens ». Il fut un temps, en partie mythique il est vrai, où les parlementaires représentaient l’élite d’une nation et n’avaient pas besoin d’une prétendue « démocratie participative »… Mais, comme toujours, le faux-semblant éclate puisque les jeux sont en réalité déjà faits.

Paula Forteza l’a exprimé sans fard dans un entretien : il y a « volonté largement partagée dans la population d’avoir de meilleurs services publics, un État plus fort et davantage d’écologie ». Donc, « le débat public ne peut plus porter sur « faut-il davantage d’écologie et de solidarités », mais sur « comment on fait » ».

Quel est dès lors l’intérêt réel de la consultation ?

Pour ce qui concerne la substance de cette « consultation citoyenne », les parlementaires ont retenu onze thèmes qui se divisent en fait en deux catégories d’inégales longueurs : dix thèmes de fond sur les sujets les plus divers et un thème -sensible et nodal- relatif au financement.

Toujours plus d’État

Quant aux thèmes de fond, ils s’égrènent ainsi : santé, travail, société de « sobriété », solidarités, éducation, numérique, démocratie, territoires, Europe et « bien commun ». Ce qui frappe immédiatement, c’est le fait qu’à peu près tous les développements tournent autour de l’État et du secteur public au sens large sur fond de holisme puisque le « penser collectivement le jour d’après » doit produire un « grand plan de transformation de la société et de l’économie ».

De l’esprit d’entreprendre, de l’initiative individuelle, il n’est nullement fait mention. Parmi les mots à rejeter : « la marchandisation d’un partie de notre système de santé », la société « ultra-consumériste », les « excès de l’individualisme ».

La lutte contre les inégalités est de tous les instants : hommes/femmes, scolaires, territoriales, etc. Les parlementaires posent quelques questions ingénues aux gentils citoyens qui pourront répondre après force réflexions : convient-il de mettre en place une nouvelle réduction du temps de travail (traduisons : voulez-vous travailler moins ?) ? Désirez-vous instaurer un revenu de base universel (traduisons, là encore : voulez-vous toucher de l’argent à ne rien faire aux frais d’autrui ?) ? Le suspense est insoutenable.

Un logiciel idéologique du passé

C’est que notre « modèle de développement » aggrave la mauvaise répartition des richesses.

De partage des richesses, il est justement question dans le dernier thème : puisque, ainsi que l’expose Paula Forteza, certaines propositions nécessitent un financement public, tels la revalorisation de certains salaires (dont ceux des enseignants, sans doute à la pointe du combat contre le coronavirus, toute volonté électoraliste étant évidemment hors de propos…) et l’instauration d’un revenu universel, il faut bien s’interroger sur ce financement dans le cadre de la « conversion verte de notre économie ».

Bien sûr, la « justice sociale » est capitale, sans mauvais jeu de mots, puisqu’il s’agit de « mettre la finance et le commerce international au service de la transition écologique et solidaire », d’augmenter l’imposition pour les revenus du capital, etc. L’immobilier est aussi en première ligne avec la « création d’un système plus redistributif », qui réjouira sans doute les 60 % de foyers fiscaux qui sont propriétaires en France…

En substance, nos 60 parlementaires croient inventer l’avenir avec un logiciel du passé. Les thèmes fleurent bon l’écolo-gauchisme des années 1970 avec d’un côté le méchant capital, de l’autre le public, le collectif, le solidaire et les petits oiseaux.

Comme souvent, un projet vert vire au rouge avec ses réglementations, ses interdits, ses impôts et une navrante incompréhension des principes de la civilisation.

Puisque, charitablement, nos 60 élus laissent aux gentils citoyens la possibilité de suggérer d’autres thématiques, nous proposerons le thème suivant :

« À quoi servent actuellement nos parlementaires ? »

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