Paul Hermann Müller, les propriétés insecticides du DDT – Les Héros du progrès (18)

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Portrait de l’homme qui a découvert les propriétés insecticides du DDT qui a sauvé des millions de vies, Paul Hermann Müller.

Par Alexander Hammond.
Un article de HumanProgress

Voici le dix-huitième épisode d’une série d’articles intitulée « Les Héros du progrès ». Cette rubrique présente une courte description des héros qui ont apporté une contribution extraordinaire au bien-être de l’humanité.

Notre dix-huitième héros du progrès, Paul Hermann Müller, est un chimiste suisse du XXe siècle qui a découvert les propriétés insecticides du dichloro-diphényl-trichloroéthane (DDT).

L’efficacité du DDT pour tuer les moustiques, les poux, les puces et les phlébotomes qui transmettent respectivement la malaria, le typhus, la peste et certaines maladies tropicales, a permis de sauver des millions et des millions de vies.

Müller naît le 12 janvier 1899 à Solothurn, en Suisse. Il quitte l’école à 17 ans et un an plus tard, il commence à travailler comme assistant chimiste pour Lonza, une des plus grosses sociétés de chimie et de biotechnologie au monde.

En 1918, il retourne à l’école. L’année suivante, il commence à étudier la chimie, ainsi que la botanique et la physique en matières secondaires à l’université de Bâle. Après avoir obtenu son diplôme de premier cycle, il y reste en vue de passer un doctorat de chimie organique. Il l’obtient en 1925.

C’est cette année qu’il commence à travailler pour J.R. Geigy, une firme spécialisée dans les « produits chimiques, colorants et médicaments de toutes sortes » et c’est là qu’il fait sa grande découverte.

En 1935, la Suisse commençait à subir de grosses pénuries alimentaires en raison d’infestations de cultures, et l’Union soviétique rencontrait la plus importante et meurtrière épidémie de typhus de son histoire. Ces deux événements ont eu un impact profond sur Müller.

Avant les années 1940, les insecticides étaient soit des produits naturels et chers, soit des composés peu coûteux tirés de l’arsenic, ce qui les rendait toxiques pour les êtres humains et les mammifères.

Motivé par le besoin de créer un produit phytosanitaire durable et économique qui ne soit pas nocif pour les plantes ou les animaux à sang chaud, Müller décida chez J.R. Geigy, de réorienter ses travaux de recherche sur les colorants végétaux et les agents tannants naturels et de se tourner vers les produits phytosanitaires.

En 1937, Müller avait développé un désinfectant efficace pour semences appelé Graminone qui avait pour effet de les protéger des insectes et des agents pathogènes issus du sol. Après ce premier succès, il se tourne vers les insecticides.

Quatre années de travail intensif et 349 expériences ratées plus tard, Müller trouve le composé qu’il cherchait, en septembre 1939.

Le DDT avait d’abord été synthétisé en 1874 par le pharmacologue viennois Othmar Zeidler, qui n’a malheureusement pas vu ses qualités d’insecticide. J.R. Geigy dépose un brevet suisse sur le DDT en 1940 puis un britannique, un américain et un australien au début des années 1940.

La découverte du DDT est arrivée à un moment important de l’histoire. Il a joué un rôle essentiel pour la protection des troupes alliées en Extrême-Orient où les chemises des Britanniques et des Américains en étaient souvent imprégnées.

En 1943, le DDT a été utilisé à Naples pour mettre fin à une épidémie de typhus en à peine trois semaines. Entre les années 1950 et 1970, il a permis d’éradiquer la malaria de beaucoup de pays, notamment les États-Unis et la plus grande partie de l’Europe méridionale.

L’usage du DDT a décliné après 1972, lorsqu’il a été interdit, pour des motifs environnementaux, par l’agence américaine de protection de l’environnement.

Comme l’a observé Richard Tren, du groupe de défense de santé publique Africa Fighting Malaria : « Alors qu’il y a des preuves que l’utilisation agricole généralisée et quasiment sans réglementation du DDT a nui à l’environnement, aucune étude […] n’a démontré qu’il pouvait être la cause du moindre problème de santé humaine ».

En 2006, l’Organisation Mondiale de la Santé a changé son fusil d’épaule sur le DDT. L’OMS recommande à présent « l’utilisation [du DDT] dans les pulvérisations intérieures à effet rémanent », dans la mesure où « le DDT ne représente aucun risque pour la santé lorsqu’il est utilisé correctement ».

Après sa découverte, Müller est devenu directeur adjoint de la recherche phytosanitaire pour J.R. Geigy. En 1948, il a reçu le Prix Nobel de physiologie ou médecine. Le fait qu’on lui ait attribué ce prix sans qu’il soit ni physiologiste ni chercheur en médecine souligne l’immense impact qu’a eu le DDT dans la lutte contre les maladies.

Par la suite, au cours de sa vie, Müller recevra de nombreuses récompenses ainsi que des doctorats honorifiques. Il prendra sa retraite de chez J.R. Geigy en 1961 mais poursuivra ses recherches chez lui. Il meurt en 1965, à 65 ans à Bâle.

Grâce au travail de Müller, des milliards de personnes ont pu éviter l’exposition à des maladies mortelles qui ont frappé l’humanité depuis la nuit des temps. Pour cette raison, Paul Hermann Müller est notre dix-huitième Héros du  Progrès.

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