Retour à l’école le 11 mai : faire confiance et prendre le risque

OPINION : nous avons besoin de sang froid et de remarques constructives, pas de petites phrases assassines. Faire confiance est risqué, mais avons-nous vraiment le choix ?

Par Stanislas Kowalski.

Ne soyons pas mesquins dans nos reproches.

L’annonce de la réouverture des écoles le 11 mai a suscité beaucoup d’indignation. On voit même des pétitions émerger pour demander le retrait de cette décision.

Il y aurait beaucoup à redire sur la gestion de la crise du Covid-19 par le gouvernement français. La lenteur à réagir, le confinement indifférencié, le manque de moyens, les réquisitions et autres lourdeurs administratives que le gouvernement n’a pas su lever ou qu’il a introduites.

Prenons le temps d’écouter vraiment

Pourtant, si nous prenons le temps de l’écouter vraiment, l’allocution du président Macron du 13 avril dernier ne mérite pas que l’on pousse des hauts cris. Bien sûr, il tente de présenter son action sous un jour favorable. C’est de bonne guerre, mais il ne dit rien d’aberrant.

Il reconnaît vaguement des erreurs et même si ce n’était que précautions oratoires, il est plutôt rassurant de l’entendre dire qu’il faut être humble, que l’avenir est incertain, que certains pays d’Asie ont dû relancer la quarantaine après avoir commencé à déconfiner. Il en a rabattu sur son arrogance initiale.

Le retour à l’école

Beaucoup ont entendu que les enfants devront retourner à l’école le 11 mai, et s’inquiètent à juste titre de la situation sanitaire à ce moment. Le danger aura-t-il disparu ? Rien n’est moins sûr. Mais la véritable annonce, c’était que le confinement était prolongé jusqu’au 11 mai.

Pour la suite, M. Macron n’a fait qu’annoncer l’intention de déconfiner progressivement, sous conditions, avec des règles qui seront édictées d’ici là. Il est fort possible que l’échéance soit repoussée. Pas de quoi s’effrayer. C’est un délai d’un mois qu’il s’est donné pour ajuster ses mesures. Ce n’est pas comme s’il avait ordonné à tous les enfants et les professeurs de retourner à l’école dès demain au milieu de l’épidémie.

Une grosse partie de la polémique est venue d’un tweet d’Olivier Faure, relayée comme il se doit par les médias. Ainsi va le jeu journalistique. Il faut bien transmettre les commentaires du premier secrétaire du Parti Socialiste. Faut-il reprendre la pique assassine dans le titre ? C’est une autre question.

M. Faure a cru déceler une intention inavouée derrière la réouverture des écoles, « renvoyer travailler les parents ». L’avantage avec les sous-entendus malveillants, c’est qu’on n’a pas besoin d’analyser la situation. Les gens se chargeront d’interpréter. Il est clair que celui-ci repose sur la réputation de Macron comme président des riches ne se souciant pas du peuple.

Renforcer un préjugé est facile et permet de marquer sa présence sur la scène politique quand on n’a pas grand-chose à dire. Cela permet aussi d’évincer les questions sérieuses.

Renvoyer les parents au travail

Quand bien même Macron aurait effectivement l’intention inavoué de renvoyer les parents au travail, s’agit-il d’une intention inavouable ? Nous allons bien être obligés de retourner au travail.

Nous pouvons vivre un moment sur ses réserves, décaler un peu ses vacances, ses dépenses et ses activités, mais au-delà d’une semaine ou deux, il ne s’agit plus d’un report, mais d’une perte sèche. On ne peut consommer que ce qui a été produit. Le gouvernement ne pourra pas compenser tous les dégâts que le confinement inflige à l’économie (si tant est qu’il puisse avoir aucun effet globalement positif, transfert n’est pas relance).

Il est clair aussi que la durée de l’épidémie risque de dépasser largement ce qui sera supportable économiquement. Il faudra peut-être des années avant que la population soit protégée par l’immunité acquise. Certains estiment qu’il faudra que 60 ou 70 % de la population ait été infectée pour que l’épidémie s’éteigne.

Nous allons nous trouver devant des dilemmes terribles : perdre des gens pour éviter d’en perdre davantage du fait du désastre économique. Ce ne sont pas des vies contre du profit. Ce sont des vies contre des moyens de subsistance, au fond des vies contre des vies, avec des probabilités difficiles à calculer de part et d’autre. Faire de tels calculs a un côté un peu répugnant, mais être responsable implique de les faire. On n’y coupera pas.

On peut regretter que cette tâche incombe à M. Macron et à son équipe, que les données soient centralisées par l’OMS ou que les politiciens soient si ignorants en matière de gestion des risques. En attendant, c’est sur eux que ça tombe. Et il va bien falloir suivre un peu les consignes pour que l’action collective ait un minimum de chances de succès. En ces circonstances, nous avons besoin de sang froid et de remarques constructives, pas de petites phrases assassines. Faire confiance est risqué, mais avons-nous vraiment le choix ?

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