Réouverture des écoles : Blanquer et Macron sèment le doute

OECD Organisation for Economic Co-operation and Development OECD Forum 2018 - Session: Reskilling: How Difficult Is It? by OECD Organisation for Economic Co-operation and Development (CC BY-NC 2.0) — CC-BY

Nul ne sait comment va s’organiser la réouverture progressive des écoles. En disant que l’ouverture serait « progressive », Jean-Michel Blanquer ne fait qu’ajouter de la confusion.

Par Jean-Baptiste Noé.

L’épidémie de Coronavirus a montré la fragilité extrême de l’Éducation nationale et la dissolution totale de l’administration qui la soutient. Le ministre n’a cessé d’être contredit, voire de se contredire, alternant les ordres et les contre-ordres.

Certes, on pourra dire en sa défense que cette crise est unique et qu’avec une visibilité de quelques jours à peine, il est difficile de faire des projections sur l’organisation d’une administration lourde, centralisée, laissant peu de place à la liberté et à la créativité.

Échec des outils numériques

Tout a commencé le 12 mars, avec l’annonce de la fermeture des écoles et la mise en place de « la continuité pédagogique ». Le ministère avait prévu des plateformes numériques pour faire la classe à la maison.

Presque tous les serveurs ont sauté. Quand ils ont fonctionné, ceux-ci se sont révélés compliqués à manier et peu faciles d’usage. Les professeurs se sont massivement rabattus vers les logiciels privés : Zoom, Skype, Teams, etc.

Premier échec d’une administration qui n’a pas été en mesure d’assurer cette continuité.

Le deuxième échec a été la réouverture brutale de classes pour accueillir les enfants des personnels soignants. Certes, l’école est un lieu d’apprentissage, mais c’est aussi un lieu de garde d’enfants. On ne peut pas demander aux infirmières et aux médecins d’aller travailler dans les hôpitaux en laissant leurs enfants seuls à la maison.

Il a donc fallu que les communes et les départements rouvrent des écoles et des collèges pour accueillir les enfants de ces personnels.

Échec de la fermeture

Là se trouve l’origine de l’imbroglio sur la date du 11 mai. Il ne pourra pas y avoir de retour au travail des Français si l’école n’ouvre pas de façon massive pour accueillir les enfants des salariés. En période de vacances scolaires, les enfants sont accueillis dans les centres périscolaires des mairies.

Organiser la réouverture des écoles ne répond donc pas d’abord à un objectif pédagogique, mais à une nécessité humaine : il est impossible de laisser des millions d’enfants seuls chez eux si leurs parents travaillent.

En disant le mardi 14, que l’ouverture serait « progressive », Jean-Michel Blanquer ne fait qu’ajouter de la confusion. Dans l’ensemble, les professeurs se sont massivement investis dans les cours en ligne, qui demandent beaucoup plus de travail en amont que les cours en direct.

C’est peu dire que les propos du porte-parole du gouvernement disant que les professeurs « ne travaillent pas » ont été mal ressentis.

Nul ne sait comment va s’organiser la réouverture progressive des classes. Est-ce qu’elles seront décidées par le haut, via le ministère ou les recteurs, ou bien va-t-on laisser la libre organisation à chaque établissement ? Le centralisme est en train de montrer, dans cette crise, qu’il est incapable d’agilité pour résoudre les problèmes quotidiens.

Fin du bac en catimini

Les longues épreuves terminales du bac ont, elles aussi, été supprimées, passant au contrôle continu. C’est la fin de la supercherie du bac, qui consiste à faire passer près de deux semaines d’épreuves complexes à organiser et très coûteuses, pour faire échouer environ 8% des lycéens.

Si le contrôle continu fonctionne cette année, pourquoi ne pas le généraliser l’année prochaine en supprimant les épreuves du bac intermédiaires (E3C dans le jargon), qui se sont révélées être un fiasco (sujets et corrigés divulgués sur internet) ?

Toutes les failles, toutes les lourdeurs du système national d’éducation ont été révélées lors de cette crise.

Devant faire les devoirs à la maison avec leurs enfants, beaucoup de parents ont mis le nez pour la première fois dans les cahiers, les manuels et le jargon pédagogiste de l’éducation nationale. Beaucoup risque de se demander si cela vaut vraiment la peine d’envoyer ses enfants à l’école pour qu’ils soient confrontés à de telles salades.

Les établissements indépendants devraient pouvoir en profiter, eux qui proposent une pédagogie plus adaptée. Il est peu probable que le ministère goûte une nouvelle fuite des élèves vers les établissements indépendants. Il est donc à craindre que de nouvelles mesures restrictives soient prises à l’égard de ces établissements afin d’obliger les parents à maintenir les enfants dans le système national.

Entre fiasco politique et technique et découverte de la liberté, les mois qui viennent vont s’assurer passionnants rue de Grenelles.

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