Ce confinement qui va coûter cher

Bored wih no exit by Martin's Pixel and Word(CC BY-NC 2.0) — Martin's Pixel and Word, CC-BY

Si nous travaillons moins, si nous nous déplaçons moins, nous produisons moins. Si nous produisons moins nos revenus réels diminuent. Aujourd’hui ou/et demain.

Par Rémy Prud’homme.

Pour lutter contre l’épidémie de coronavirus, notre gouvernement a écarté quatre remèdes bon marché. La fermeture des frontières, par pure idéologie, en expliquant que cela ne servait à rien. Or, tous les pays du monde ont finalement adopté ce remède.

Trois remèdes écartés

Les masques, pour la bonne raison que nous n’en avions pas, mal camouflée par des discours sur leur inutilité, et sur l’incapacité des Français – « même les ministres » a dit la porte-parole du gouvernement – à savoir s’en servir.

Les tests, pour une raison mystérieuse, vendue sous le pavillon de complaisance de la scientificité.

La chloroquine enfin, au motif que l’innocuité de ce médicament très connu n’était pas absolument garantie, et qu’il valait mieux, comme disent les médecins de Molière, mourir selon les règles que guérir contre elles.

Ces quatre remèdes, qui ont prouvé leur efficacité dans des pays comme la Corée du Sud, le Japon, Taiwan, Singapour ou la Chine, ont en commun d’être simples et donc compris de tous, et de ne coûter presque rien. Leur rejet a conduit nos gouvernants, au bout de deux mois, à mettre en œuvre l’artillerie lourde du confinement.

Le confinement va coûter cher

« Quoi qu’il en coûte ». Le gouvernement, qui sait pourtant tout ou presque, est avare d’estimations. Le 21 février, le ministre des Finances avait bien évalué le coût économique à « un dixième de point de PIB » perdu.

Il a rectifié ce chiffre ridicule trois semaines plus tard, le 9 mars, en parlant de « plusieurs » dixièmes. Peut-on avoir un ordre de grandeur de la facture ? Il faut, à cet effet, distinguer entre le coût pour l’économie (la diminution du PIB), et le coût pour les finances publiques (l’augmentation du déficit).

Le coût pour l’économie sera sans doute de sept ou huit points de PIB. L’auteur, qui n’est pas un macro-économiste, peut se tromper, même lourdement. On peut concevoir deux méthodes d’estimation, sans doute davantage.

L’une consiste à considérer la population active, qui « produit » le PIB. Elle est de 30 millions de travailleurs. Supposons (généreusement) que le confinement en écarte les deux-tiers, 20 millions, de leur poste de travail ; certains de ces confinés ne travaillent plus du tout, d’autres s’activent, grâce au télétravail, mais sont moins efficaces qu’avant. Admettons que leur productivité diminue en moyenne de moitié. La force de travail est de fait réduite d’un bon tiers. Le PIB aussi. Il diminue de 33 %.

L’autre approche consiste à considérer la valeur ajoutée par branche. Il y a, pour 600 milliards d’euros de valeur ajoutée, des branches dont l’activité est très fortement réduite, disons de 70 %, parce que commerces, usines, spectacles, hébergement, transports, etc. sont à l’arrêt ; de 600 milliards d’euros leur production passe à environ 400 milliards.

Mais les autres branches, pour 1500 milliards, voient aussi leur activité se réduire faute de débouchés, de main-d’œuvre, ou  de composants, etc., disons de 20% ; de 1500 milliards, leur production passe à 1200 milliards. De 2100 milliards, le PIB de la France se réduit à 1600 milliards. Il diminue d’environ 30 %.

Les deux méthodes convergent à peu près, peut-être par hasard.

Ces diminutions sont annuelles. Elles évaluent ce qui se passerait si le confinement durait une année entière, ce qui est heureusement improbable. S’il dure seulement un trimestre, la baisse du PIB en 2020 (par rapport à 2019) sera quatre fois moins importante : de 7 ou 8 %. On attendait +1 %, on aura -7 %. Cela signe une récession d’une ampleur jamais vue en France depuis la guerre ; en 2009, le taux de croissance a été de -3 %. La baisse prévisible de l’activité signifie une forte hausse du chômage. Il existe une formule (discutable et discutée) qui en donne un ordre de grandeur : 600 000 chômeurs de plus.

Les dépenses publiques vont augmenter

Le coût du confinement pour les finances publiques est bien différent, mais pas moins inquiétant. Le gouvernement, à juste titre, va ouvrir grand les cordons de sa bourse. Les impôts vont diminuer, et les dépenses publiques augmenter.

Les recettes des administrations font un peu moins de 50 % du PIB ; si le PIB diminue de 8 %, ces recettes vont diminuer de 4 % du PIB. Les dépenses vont exploser : par exemple l’État, par l’intermédiaire de la Sécurité sociale, va rembourser aux entreprises tout ou partie des salaires qu’elles versent à leurs travailleurs confinés : cela seul représente 5 ou 6 % du PIB.

Ces moindres recettes et ces dépenses supplémentaires représentent quelques 10 % du PIB. Le déficit prévu était de 3 %, le voilà porté à 13 %. Il sera financé par une augmentation de la dette publique. De 100 % du PIB actuellement, elle bondira du côté de 110 %.

Ces estimations simplistes n’ont pas de prétention scientifique. D’autres les critiqueront, les corrigeront, les compléteront. Mais ces tristes chiffres donnent des ordres de grandeurs malheureusement plausibles. Les plus beaux discours n’y feront rien. Si nous travaillons moins, si nous nous déplaçons moins, nous produisons moins. Si nous produisons moins nos revenus réels diminuent. Aujourd’hui ou/et demain.

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