Pour Macron, la gestion de crise devient le grand soir antilibéral

Revolution By Phil Balchin(CC BY-NC-ND 2.0) — Phil Balchin, CC-BY

La communication du gouvernement prend le capitalisme pour ennemi, et fait prendre aux politiciens des postures que ne renieraient pas les communistes.

Par Florent Ly-Machabert.

Après le procès, à fleurets mouchetés, que le président Macron a commencé de faire à la mondialisation dans son adresse aux Français du 12 mars, c’est au tour de son ministre de l’Économie, Bruno Le Maire de revendiquer sur BFMTV ce lundi 30 mars rien moins qu’un grand soir politique et économique résolument illibéral :

Il faut un nouveau capitalisme, plus respectueux des personnes, plus soucieux de lutter contre les inégalités et plus respectueux de l’environnement.

C’est donc à présent tout l’exécutif – on pourrait en effet y ajouter le récent et surréaliste appel aux dons du ministre de l’Action et des Comptes publics1 pour qu’entreprises et particuliers fortunés contribuent au financement de la lutte contre l’épidémie – qui ne se cache même plus d’employer une rhétorique franchement anticapitaliste, aux seules fins d’allumer un contre-feu contre sa propre incurie en matière de gestion des deniers publics – et son inaction – et contre ses évidentes maladresses politiques dans la gestion de la crise sanitaire actuelle.

Bien qu’offrant une opportunité de recentrer l’État sur ses fonctions régaliennes pourtant délaissées2, le virus a violemment déchiré le voile derrière lequel ce gouvernement cachait des ressorts idéologiques profondément collectivistes, c’est-à-dire antilibéraux, alternant ou combinant socialisme et écologisme sous des oripeaux, avouons-le, qui auront parfois berné jusqu’aux libéraux eux-mêmes.

N’en prenons pour preuves, pour l’année 2019, que le taux de prélèvements obligatoires, impôts, taxes et cotisations sociales pour plus de 1000 milliards d’euros qui atteint désormais 46 % du PIB de la France, celui des dépenses publiques 56 %, ou encore le nombre de réglementations et de fonctionnaires : notre État est obèse et Emmanuel Macron n’a rien fait depuis 2017 qui aille dans le sens du régime minceur qui s’impose pourtant à lui avec une acuité rarement atteinte.

Comme Sarkozy – qu’on taxait aussi, au passage, de « néolibéral » – face à la crise des subprimes, Macron, qui a déjà actionné en décembre 2018 une petite relance budgétaire keynésienne estimée entre 10 et 14 milliards d’euros en réponse aux Gilets jaunes, en lancera une autre, plus vaste, peut-être concertée à l’échelle de l’Union européenne, contre les effets économiques du confinement qu’il a décrété le 17 mars.

Les diatribes de Bercy contre le versement de dividendes cette année3 par les entreprises cotées en Bourse, l’agitation de l’épouvantail de la nationalisation d’entreprises « stratégiques » (constructeurs automobiles, banques, compagnies aériennes ?), le contrôle par décret du prix du gel hydro-alcoolique, la réquisition manu militari4 des stocks de masques ou encore les coups de menton du Président de la République jouant son Bonaparte au Pont-d’Arcole devant une tente militaire à Mulhouse d’où il annonce « un plan massif d’investissement pour l’hôpital public » tentent mal de dissimuler combien l’État tient grâce aux efforts du secteur privé et de pays beaucoup plus soucieux que nous de l’argent public que, dans cette crise sanitaire très grave.

Il est irresponsable de la part de Bercy de plaider, dans une formule que certains marxistes, qui s’y connaissent en humanité, pourraient ne pas renier, pour un « capitalisme à visage humain » quand les solutions hydro-alcooliques et les masques FFP2 sont offerts par les groupes de luxe (LVMH, Pernod Ricard…), les respirateurs fabriqués à marche forcée par des industriels automobiles ou gaziers (Air Liquide en Europe, Ford et General Motors aux États-Unis), les masques intégraux fournis par Decathlon (groupe Auchan) et les tests de dépistage mis au point par les biotechs !

Qu’est-ce que le libéralisme sinon cette philosophie du droit prônant la liberté et la responsabilité individuelles, la propriété et la subsidiarité sans lesquelles toutes ces entreprises, qui n’ont aucun lien avec l’État5, n’auraient pu ni voir le jour, ni apporter leur précieuse contribution dans la tempête sanitaire ?

Et que dire des cliniques privées dont les lits de réanimation sont boudés au profit d’opérations hospitalo-militaires, à grand spectacle et au coût faramineux, 600 000 euros environ pour le transfert en hélicoptère d’un seul malade en réanimation, consistant à déplacer des centaines de malades inconscients d’un hôpital public à un autre ? Des laboratoires de ville à qui on a refusé le droit de pratiquer des tests faute d’autorisation ?

Comment occulter, enfin, que si l’Allemagne, qui compte pourtant, à dépenses de santé équivalentes6, une fois et demie plus de contaminés que nous mais un taux de mortalité sept fois plus faible7, peut se payer le luxe de nous fournir des respirateurs et d’accueillir plusieurs de nos malades, le tout sans confinement généralisé, c’est qu’elle a de réelles marges de manœuvre budgétaires8 et une stratégie de crise transparente, méthodique, préparée, à base de masques et de tests pour tous, bien relayée par leur gouvernance fédérale et sans vains effets de manches anticapitalistes ?

Mais l’Allemagne, il est vrai, se souvient peut-être mieux que d’autres du prix des idéologies illibérales et la Chancelière Merkel9, qui a grandi dans l’ancienne Allemagne de l’Est communiste, plus que personne.

  1. Le même Gérald Darmanin nous a assurés que c’est grâce à sa bonne gestion des finances publiques depuis 2017 que la France va pouvoir amortir cette crise.
  2. Justice, défense extérieure (armée) et diplomatie, sécurité intérieure (police), Trésor public, auxquelles on peut adjoindre santé et éducation pour lesquelles d’efficaces alternatives privées ont fait leur preuve.
  3. Conditionné par la non perception d’aides issues du plan de secours gouvernemental.
  4. Stricto sensu, puisqu’au moment où nous écrivons ces lignes, un contingent de l’armée est déployé devant la principale usine française de masques…
  5. Contrairement d’ailleurs à toutes celles que l’État ne s’interdit pas de nationaliser
  6. 11,2 % du PIB d’après l’OCDE en 2018.
  7. Selon Johns Hopkins au 30 mars 2020.
  8. 2 % du PIB d’excédent public (contre -3 % pour la France) d’après le FMI (2018).
  9. Discours du 18 mars 2020.
Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.