Déploiement de l’armée et guerre sanitaire : une urgence au sommet de l’État

Formez vos bataillons! Marchons! Marchons! by Chris (CC BY-NC-ND 2.0) — Chris, CC-BY

La déclaration de guerre au COVID-19 d’Emmanuel Macron vient de prendre un sens littéral : mais à quoi bon déployer l’armée quand on ne sait pas quoi en faire ?

Par Sabine Lula.

Le 25 mars 2020, Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d’une opération militaire baptisée Résilience, dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Bien qu’il ait annoncé que l’armée serait déployée afin d’apporter un soutien à la population, les actions concrètes qui vont être entreprises demeurent floues.

Il est annoncé que le déploiement militaire ne servira en aucun cas à faire respecter le confinement, bien que certains médecins semblent le demander pour certaines zones sensibles ; quelles seront alors ses missions principales ?

Mettre un nom sur le peu qui est déjà en place ?

Depuis le début de la crise, l’armée est déjà intervenue plusieurs fois dans les zones les plus fortement touchées, par exemple en installant un hôpital militaire sur le parking de l’hôpital civil de Mulhouse.

Résilience devrait donc poursuivre de façon plus centralisée, et mettre en place ces mesures d’urgence à échelle nationale. Il est prévu également que les militaires effectuent des missions de désinfection dans les grands centres urbains.

On peut craindre cependant la centralisation et le monopole d’action de l’État dans la gestion d’une crise d’une telle ampleur alors qu’il semble bien incapable de faire respecter l’ordre sur l’intégralité du territoire, encore moins quand des vies sont en jeu.

L’appui martial ne rendra certainement pas les membres du gouvernement – qui nous ont prouvé plus d’une fois qu’ils pouvaient tout à fait sacrifier la santé des Français si cela leur offrait davantage de pouvoir – plus compétents, mais sûrement plus menaçants aux yeux d’une population déjà trop privée de libertés individuelles.

« Le poisson qui étouffe sur la berge s’agite toujours plus que celui qui est dans l’eau »

On peut alors légitimement se demander si la mobilisation « officielle » de l’armée ne serait pas une ruade vaine d’un État ruiné, mis à genoux par la crise sanitaire.

Un État en ruines

Depuis le début de la crise, la communication a été l’arme privilégiée des élites, au détriment des mesures concrètes qui pourraient sauver des vies. La France semble toujours avoir un temps de retard et agir par défaut, face aux politiques menées par les voisins.

On peut notamment citer la fermeture des frontières : si la République Tchèque fut le premier pays de l’UE à interdire l’entrée sur le territoire aux résidents des pays « à risque » dès le 13 mars 2020, puis une fermeture totale des frontières le 16 mars – alors que le patient zéro y est arrivé le 1er mars 2020 – la France a attendu que tous les pays voisins fassent de même avant d’oser fermer ses frontières.

Dans un contexte pareil, la mobilisation d’une armée qui ne sait pas dire pourquoi on l’appelle apparaît comme la dernière absurdité en date. Mais il ne faut cependant pas oublier que l’usage de la force, qu’elle soit psychologique avec le matraquage des médias ou physique avec la mise en place éventuelle de contrôles musclés, est peut-être le dernier moyen qu’ont nos élites pour assurer un contrôle sur cette cocotte-minute qu’est la France. Encore plus quand certains redoutent d’avoir à rendre des comptes sur leur gestion calamiteuse.

Il convient donc de surveiller ce soudain sursaut de nos élites, et leur bras armé martial. Seul le temps nous dira s’il s’agit là d’une énième manœuvre de communication de crise pour sauver les apparences et conserver leur pouvoir, ou bien le début de quelque chose de plus grave.

Quoi qu’il en soit, rester sur ses gardes, faire attention à soi et à ses proches, et chercher le peu de liberté qu’il nous reste dans ce pays, en d’autres termes rester indépendant, voilà le meilleur moyen de survivre à cette crise sanitaire, et à toutes les autres qui en découleront.

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