Fessenheim, transition énergétique et sabotage stratégique

Fermons Fessenheim by Die Linke(CC BY-ND 2.0) — Die Linke, CC-BY

Notre État détériore notre puissance stratégique par des décisions conscientes. S’agit-il d’un sabotage stratégique ? En tous cas ce sont des décisions dangereuses.

Par Charles Boyer.

La notion de puissance stratégique semble graduellement de plus en plus perdue de vue ces derniers temps. Néanmoins nous ne devrions pas l’ignorer entièrement. Notre puissance stratégique est notre capacité à défendre notre territoire. Suivant cette logique, rendre notre industrie énergétique plus faible est une décision grave et lourde de conséquences.

Pour juger de la puissance stratégique d’un pays, des théoriciens en géopolitique, comme par exemple John Measrheimer, utilisent une approximation fort grossière et cependant assez juste, pour classer les pays : la combinaison des tailles de leur économie et de leur population. Selon ce modèle, réduire son potentiel économique ou démographique est un affaiblissement stratégique pour un pays.

Il ne semble pas idiot d’arguer que c’est particulièrement le cas pour la production d’énergie car tous les autres secteurs de l’économie en dépendent fortement : services, high tech, bref, tout. Ainsi, un État devrait se garder d’affaiblir sciemment l’énergie de son pays.

Or, que fait le nôtre ? De par des décisions prises il y a longtemps et sur lesquelles on ne peut revenir, la France jouit d’une production d’électricité fort abordable, abondante et fiable. C’est une bénédiction. Cela a été accompli en construisant 59 réacteurs nucléaires regroupés dans 17 centrales et, dans une moindre mesure, par des barrages hydroélectriques là où le relief le permet. C’est une force.

Mais on voit désormais l’État prendre des décisions pour le moins étonnantes. Celles-ci partent d’un a priori faux, qui est qu’on peut remplacer le nucléaire par ce que l’on présente abusivement comme des renouvelables : l’éolien et le solaire.

Or ces formes d’énergie, qui de fait n’en sont pas réellement, sont non seulement intermittentes mais surtout, ce qui les rend inutiles (en tout cas quand on en a besoin), aléatoires, non pilotables. Ce qui veut dire qu’elles produisent quand bon leur semble. En d’autres termes, elles peuvent produire massivement quand il n’y a pas de demande et à l’inverse, ne pas produire du tout quand la demande est forte.

Ce faisant, elle créent un danger pour notre réseau à haute tension qui doit être en permanence équilibré entre la demande et l’offre. Faute de quoi, sa fréquence, mesurée en Herz, peut varier et, si elle varie trop, une coupure d’électricité peut se produire.

Notons que pour éviter cela, il faut construire un grand nombre de centrales pouvant démarrer et s’arrêter très vite ; concrètement parlant, il s’agit de turbines à gaz. Le gaz proviendra de Russie, du Qatar, d’Algérie, des USA -puisque la fracturation leur permet d’exporter de plus en plus-, et de quelques alliés plus proches, Royaume-Uni, Norvège, Pays-Bas.

Ainsi, nous avons une production d’électricité qui fonctionne particulièrement bien, une des plus robustes et abordables du monde. Et que faisons-nous ? Nous la démantelons sans raison valable pour prétendre la remplacer, chose impossible, par quelque chose d’entièrement non fiable et hors de prix. Qui fait une chose pareille ?

Quelles en sont les inspirations ? Des entités dont on peut penser que la puissance stratégique de notre pays ne sont pas le premier souci : l’UE et Greenpeace par exemple. Quant aux pays cités plus haut qui peuvent nous vendre du gaz, est-il fou de penser qu’ils ont de fortes incitations à nous pousser aussi dans ce sens ?

En un mot comme en cent, notre État détériore notre puissance stratégique par des décisions conscientes. Comment éviter un sentiment de sabotage stratégique ? Nous irons même plus loin. S’il ne revient pas à la raison, s’il continue sur cette voie contre toute logique, combien de temps cela prendra-t-il avant que ne s’installe une impression de trahison ?

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.