Diversifier le système des retraites devrait être le véritable enjeu de la réforme

Edouard Philippe by Jacques Paquier(CC BY 2.0) — Jacques Paquier, CC-BY

Les gérants d’actifs connaissent bien le principe de diversification. Et notre gouvernement devrait s’en inspirer.

Par Justine Colinet.

L’Institut économique Molinari a publié en partenariat avec Contrepoints une étude inédite qui démontre que les véritables enjeux de la réforme des retraites sont complètement négligés par le gouvernement.

Le système de retraites par répartition coûte cher aux Français, beaucoup trop cher.

Comme on peut le constater sur le graphique ci-dessous, les retraites françaises représentent 59 % de la progression des dépenses et des déficits publics de 1959 à 2017.

étude retraites Molinari - ContrepointsLa logique de la répartition veut que les cotisations sociales, qui constituent les ressources, ne sont pas épargnées par les acteurs économiques mais directement destinées à payer les pensions des retraités.

Il est temps de privilégier et promouvoir une épargne retraite qui puisse répondre aux enjeux démographiques et économiques d’aujourd’hui.

Diversifier le financement

La plupart de nos voisins combinent un pilier par capitalisation aux côtés de la répartition. C’est en s’inspirant de cette démarche que nous pourrions arriver à diversifier le financement des retraites et à remonter la pente à laquelle nous faisons face depuis trop longtemps.

En plus de diversifier le financement, cette combinaison permettrait de réduire les risques liés à la volatilité des marchés financiers.

Comme l’a expliqué Édouard Philippe hier, le gouvernement insiste sur le caractère universel de la réforme, mettant ainsi fin à un régime trop centré sur les régimes spéciaux. Seulement, comme l’a bien vu Gérard Maudrux, celui-ci ne peut pas se passer d’une réflexion générale sur la démographie, qui nous oblige à ne pas penser qu’en termes de répartition pour les retraites.

La diversification a un sens

Pourquoi le duo répartition/capitalisation serait créateur de valeur pour la France ?

La répartition ne délivre des retraites intéressantes qu’en fonction de la démographie et du développement économique de la collectivité qui va la financer.

Aussi, notons que la répartition se fait en temps réel : les cotisations prélevées financent des retraités. Cela signifie que si ces réserves viennent à manquer, relativement au contexte démographique ou économique, le système fait face à un déficit.

C’est là qu’entre en jeu tout l’intérêt du mix entre la répartition et la capitalisation.

L’épargne retraite se ferait sur des marchés des capitaux mondiaux. Cela nous offrirait des capacités de diversification géographique primordiales à la viabilité du système, qui n’existent pas avec la répartition. Il serait alors possible d’investir dans des pays démographiquement plus jeunes ou économiquement moins matures.

La capitalisation n’est pas à l’abri des chocs économiques que peuvent rencontrer nos sociétés mais elle les absorbe différemment et en permet une gestion différente.

Mixer répartition et capitalisation, une démarche responsable

Les crises financières ont incité à tort à la méfiance en ce qui concerne les fonds de capitalisation.

Si des niveaux de pensions plus faibles que prévus ont obligé certains travailleurs à retarder leur départ à la retraite, ne nous méprenons pas et restons conscients du fait que la gestion des systèmes en capitalisation a été impactée tout comme les régimes en répartition. Jusqu’en 2013, la crise de 2008 s’est traduite par une sous-capitalisation.

Pour un régime par capitalisation, toute crise économique engendrant une baisse des marchés a des conséquences sur la valorisation du portefeuille, mais rien n’est perdu tant qu’il n’y a pas eu de vente.

En ce qui concerne les systèmes par répartition, c’est la masse salariale et donc l’assiette des cotisants qui s’effondre. Et c’est par cette accumulation de déficits que l’on en arrive à financer les retraites par la dette.

« les déficits cumulés de la Caisse nationale d’assurance-vieillesse (CNAV) et du Fonds de solidarité vieillesse (FSV) étaient de 11,1 milliards d’euros en 2011, 9,3 milliards en 2012 et 13,9 milliards en 2013. Dans le même temps, en 2013 les régimes de capitalisation avaient effacé les baisses de valorisation des actifs de 2008. »
Cécile PHILIPPE, Nicolas MARQUES, Retraites françaises, sortir de l’impasse, préparer l’avenir, p41.

Les gérants d’actifs connaissent bien le principe de diversification. Et notre gouvernement devrait s’en inspirer.

La complémentarité d’un pilier par capitalisation au système de répartition est essentielle pour sortir de la crise actuelle. Le système par répartition dépend de la croissance économique et de la volatilité des marchés financiers.

Le mix des deux régimes permet de s’adapter aux phases des cycles économiques, et assure la stabilité du système dans sa globalité.

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