Retraites : le discours d’Édouard Philippe sur la réforme ne change rien

OPINION : rien n’a changé, rien n’a bougé, même si on veut faire croire que les Français ont été entendus.

Par Gérard Maudrux.

Le premier Ministre, en préambule souligne avoir « écouté », « entendu » les partenaires sociaux et les Français. 18 mois de » concertations », de débats, d’ « arbitrages » de dernières minutes devant la pression de la rue, mais je ne retrouve pas de déplacements de virgules par rapports aux premiers « projets » en ma possession avant les premières concertations. Rien n’a changé, rien n’a bougé, même si on veut faire croire que les Français ont été entendus.

Première annonce dans le discours du Premier Ministre : « la réforme sera fidèle aux valeurs fondatrices de notre système édictées par le Conseil National de la Résistance en 1945 ». Quand on voit le résultat après 70 ans, la référence est surprenante et inquiétante. La Loi de 1974 ne disait rien d’autre non plus dans son article premier.

Pas de capitalisation, seulement la répartition

Annonce suivante très forte : non à la capitalisation, ce sera du 100% répartition. Plus tard il signale que le monde entier fait comme nous, mais il oublie que sur ce point capital dans l’équilibre à long terme, le reste du monde va dans un sens opposé.

Deux minutes plus tard il dit : « nous voulons protéger le pouvoir d’achat des retraités ». Il a la mémoire très courte après l’augmentation de la CSG que les retraités sont seuls à subir, et c’est les prendre pour des imbéciles en parlant de la protection de leur pouvoir d’achat.

Il aborde ensuite l’universalité : « la retraite ne dépendra plus de la démographie de chaque profession ». Pour justifier la fin des caisses professionnelles, c’est tenter de faire croire que la répartition ne dépend pas de la démographie générale, dont dépendra le régime universel en répartition.

« La valeur du point sera garantie par la loi ». Quelle hypocrisie ! Valeur du point ne veut pas dire montant de la retraite, qui peut baisser. En effet, le moyen utilisé depuis des années pour baisser les retraites est d’allonger la durée de cotisation. A âge égal, les retraites baisseront sans que l’on touche à la valeur du point, car on jouera sur les décotes et surcotes, selon que vous ayez droit ou non au taux plein.

Édouard Philippe contre l’équité et la justice

Toujours dans l’universalité, empiétant dans l’équité et la justice : « le niveau des pensions des enseignants sera sanctuarisé ». Vous avez dit fin des régimes spéciaux ? Universalité ? Égalité ?

Dans le chapitre « Équité et justice », grande annonce : aucune retraite inférieure à 1 000 euros. Une fois de plus les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, car il ne dit pas comment cela sera financé, pas plus qu’il ne dit, l’histoire se répète, que ses successeurs ne pourront jamais assumer ces promesses, équilibre des comptes oblige. Lui-même d’ailleurs ne dit pas que cette annonce est financée, car il n’y a aucune projection qui accompagne ces affirmations. La cotisation et le rendement prévus sont à peine à l‘équilibre aujourd’hui, sans financer cette mesure.

Enfin au troisième chapitre, il parle de responsabilité des partenaires, tout comme un peu plus tôt : « la valeur du point sera fixée par les partenaires sociaux, sous contrôle de l’État ». Ce contrôle de l’État, je l’ai connu pendant 20 ans : « votre décision, je ne l’accepte pas, ne sors donc pas le décret ». C’est toujours lui qui décide, et personne d’autre.

Reste un point qui n’est pas caché : vous devrez travailler plus longtemps. C’est ce qu’ont fait tous ses prédécesseurs, sans pour autant sacrifier les régimes professionnels qui n’ont jamais pioché dans l’argent public.

 

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