Grève du 5 décembre : le jour où la France s’est arrêtée

Panneau gare SNCF By: Frédéric BISSON - CC BY 2.0

La grève dans les transports publics marque un coup d’arrêt de toute l’activité économique en Île-de-France, qui se répercute dans tout le pays.

Par Frédéric Mas.

Transilien, 1 train sur 10. TER, 1 train sur 5. TGV 1 train sur 10. Intercités, 1 train sur 10. Aujourd’hui, les grévistes, avec la SNCF et la RATP en tête, bloquent le pays pour protester contre la réforme des retraites. Mais la grève ne concerne pas que les transports.

Des manifestations partout en France, et en particulier à Paris, rassemblent enseignants, avocats, syndicats pour freiner la réforme ou simplement exprimer leur colère, au grand bénéfice de certains et au détriment du plus grand nombre dans le flou le plus total. Comment gouverner 37 régimes spéciaux ? Impossible !

Une nouvelle fois, pour les revendications de certains, c’est une grande partie de la France productive qui est immobilisée, et qui doit aujourd’hui jongler entre les rares transports, les écoles fermées et les mouvements de foules pour aller travailler. Maintenant, la colère anti-Macron a mobilisé bien au-delà de la SNCF et de la RATP.

Un référendum anti-Macron ?

Il existe chez des organisateurs des grèves une nette volonté de transformer cet événement en référendum anti-Macron. Avec une partie de la gauche de la gauche, les syndicats espèrent changer la grogne sociale diffuse, parfois légitime en point de cristallisation politique clairement socialiste.

L’hostilité grandissante à l’égard de l’exécutif pourrait stratégiquement être l’occasion pour la gauche française de se refaire une santé. Encore faut-il que les organisations syndicales réussissent à mobiliser, et que les salariés suivent sur le temps long.

Tous les syndicats rêvent de refaire en 2019 les grandes grèves de 1995, qui ont mis un coup d’arrêt au plan de réforme des retraites du gouvernement Juppé. Cette victoire symbolique qui a fédéré la gauche pendant presque une décennie a aussi accéléré la dégradation du système de retraites actuel.

Paris se bloque, et c’est tout le pays qui est immobilisé. La grève dans les transports publics, qui conduit le mouvement social, marque un coup d’arrêt de toute l’activité économique en Île-de-France, qui se répercute dans tout le pays. Ce sont des milliers de personnes qui se trouvent au chômage technique, des commerces qui s’arrêtent et des services qui ralentissent pour que les revendications des syndicats soient satisfaites.

Après la mobilisation des Gilets jaunes, c’est un nouveau coup dur pour l’activité commerciale de la capitale. Ce sont aussi les administrations publiques qui fonctionnent au ralenti. Mais tout le monde s’y est habitué depuis longtemps. C’est comme cela que ça marche en France depuis des décennies.

La grève est interprofessionnelle et se fait partout en France. Mais pour être entendu, c’est à Paris que les syndicats défilent. Comme pour les manifestations d’agriculteurs, la Manif pour tous ou les Gilets jaunes, la démonstration politique doit se faire à Paris pour être prise en compte par les pouvoirs publics.

Fragilité d’un système économique et politique centralisé

Cette grève est aussi révélatrice de la fragilité essentielle du modèle économique et politique français, à savoir son hypercentralisation. Il suffit que certains syndicats bien organisés décrètent le blocage des transports publics à Paris pour entraver la circulation dans le principal bassin d’emplois du pays, gêner ses principales administrations publiques et se faire connaitre auprès des centres de décision politique. Même si l’impact de la grève des transports se limite à l’hypercentre parisien, cela suffit à enrayer toute une mécanique économique française largement dépendante de son administration centralisée.

Pour desserrer l’étau politico-syndical qui prend en otage les citoyens pour préserver les intérêts de quelques-uns, la réforme passe par la libéralisation du rail et la mise en concurrence des transports en commun. Plutôt que d’être les instruments entre les mains des syndicats, les usagers ont le droit de demander des comptes et d’être au centre des préoccupations des fournisseurs de service.

Le système des retraites nécessite une réforme, et passe par l’adjonction d’un volet par capitalisation. Permettre aux Français d’augmenter la part de revenu de leur patrimoine pourrait renouveler un modèle à la dérive.

Décentraliser

Plus généralement, la décentralisation économique doit être accompagnée de celle politico-administrative : plutôt que de rendre l’intégralité de l’économie du pays dépendante d’un seul centre de décision, qui, en cas de blocage ou de faillite, met en danger toute l’activité du pays, tout doit être fait pour intégrer l’antifragilité à notre modèle social.

Pour Nassim Nicholas Taleb, dans le monde complexe et volatil qui est le nôtre, il ne suffit pas de se reposer sur des institutions robustes, qui peuvent résister à l’adversité et aux crises. L’avenir est davantage pour celles qui non seulement absorbent les chocs mais ressortent plus fortes et plus solides encore des événements inattendus qui sont le lot commun de la vie en société.

Créer les institutions de la liberté qui résistent au temps et absorbent les crises pour les mettre à profit pourrait être notre horizon de réflexion pour penser les retraites de demain. Mais pas aujourd’hui, parce qu’il y a grève.

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