Les Gilets jaunes précarisent l’emploi au cœur de Paris

Paris, Gilets Jaunes - Acte IX By: Olivier Ortelpa - CC BY 2.0

Une tribune de Jean-Pierre Bansard, Entrepreneur et propriétaire d’un groupe hôtelier comprenant l’Intercontinental Paris (avenue Marceau, 8ème).

Par Jean-Pierre Bansard.

L’interdiction de manifester sur les Champs-Élysées et la très forte mobilisation des forces de l’ordre a pu paraître à certains disproportionnée. Au regard de ce qui s’est produit sur « la plus belle avenue du monde » une semaine auparavant, pour l’acte XVIII des Gilets jaunes, elle ne l’était pas du tout.

Quatre-vingts commerces vandalisés, vingt-sept pillés, dix qui n’ont pas pu rouvrir leurs portes… Les dégradations sont aussi graves qu’impressionnantes. La partie restauration du Fouquet’s est fermée pour deux mois. Longchamp ne rouvrira pas avant trois mois.

L’ensemble de la société s’intéresse – avec raison – à l’identité de ces Gilets jaunes. S’ils sont oui ou non avec les casseurs. Le samedi précédent, au journal de 20 heures, nous entendions plusieurs manifestants témoigner suite aux saccages. Une femme avançait notamment que, si les commerçants pouvaient être touchés à Toulouse ou en région, qu’on ne vienne pas dire que c’est le cas à Paris. Pour les dégâts matériels, le coût des réparations est systématiquement renvoyé aux assurances.

Il est vrai que ces dernières devraient couvrir pas moins de 200 millions d’euros de dégâts. Sauf qu’elles ne prennent pas en charge les pertes d’exploitation, la cause du sinistre étant externe aux établissements, et le dispositif spécifique mis en place par la Préfecture de Police risque d’être restreint aux seuls jours de fermeture. Nombreux sont les commerçants qui renoncent d’ores et déjà à réclamer des indemnités.

Chiffres d’affaires en berne dans l’hôtellerie et l’habillement

Ce mouvement social, qui a fait des Champs-Élysées son centre névralgique depuis quatre mois, a généré des dégâts économiques terribles. Le secteur ne compte pas moins de 15 000 salariés. Des centaines se retrouvent aujourd’hui au chômage technique. Pour le seul secteur de l’hôtellerie, la baisse de chiffre d’affaires est de l’ordre de 30 %. Les touristes annulent ou reportent leur voyage. Déjà, entre le 28 novembre et le 3 décembre, ce ne sont pas moins de 35 000 nuitées qui avaient été annulées à Paris. Dans l’habillement, même chose : les boutiques qui faisaient une partie de leur chiffre d’affaires en détaxe grâce aux touristes ont perdu jusqu’à 15 %.

Sauf que les Gilets jaunes semblent totalement ignorer ces conséquences économiques. Sans doute leur paraissent-elles superficielles par rapport à leur propre situation. Comme si la souffrance de ces personnes, qui est réelle, avec une frustration sociale accumulée depuis des années, devait passer au-dessus de la souffrance de tel ou tel commerçant qui fait pourtant vivre des dizaines, voire parfois des centaines, de foyers. De façon totalement contre-productive, le mouvement social a un impact sur les emplois les plus précaires des Champs-Élysées. Les contrats courts ne sont pas renouvelés. Les bistrots ont arrêté d’embaucher des extras. Les employés gagnent moins.

Ces personnes sont essentiellement des vendeurs, des garçons de café, des femmes de chambre, des réceptionnistes, des agents de sécurité… Des gens qui se démènent, en particulier le week-end, pour obtenir les primes horaires, les primes d’objectifs ou de meilleurs pourboires. Pour autant, tout n’est pas négatif : les Galeries Lafayette vont ouvrir sur les Champs-Élysées à la place de l’ancien Virgin, avec pas moins de 400 emplois à la clé : c’est une chance pour notre pays. Les Gilets jaunes le verront-ils du même œil ? Rien n’est moins sûr.