Nutri-score : le mythe du mauvais cholestérol

Image par Gerd Altmann de Pixabay — Gerd Altmann,

Si les croyances sur le « mauvais cholestérol » sont encore largement répandues (tant sur les pots de margarine que dans les cabinets médicaux), un récent podcast vient une nouvelle fois mettre à mal ces idées d’un autre temps.

Par Brice Gloux.

Le 24 septembre dernier, Ivor Cummins recevait sur sa chaîne Malcolm Kendrick (NdlR : vidéo en fin d’article), médecin généraliste écossais, conférencier, et auteur d’un blog destiné essentiellement aux maladies cardiovasculaires. Ces dernières sont la première cause de mortalité dans le monde, et l’athérosclérose étant le phénomène sous-jacent à celles-ci, il est donc essentiel de comprendre comment elle se développe afin de mieux prévenir le risque d’accident cardiaque.

Selon la société de Chirurgie Vasculaire et Endovasculaire (S.C.V.E), l’athérosclérose est vue comme « la perte d’élasticité des artères due à la sclérose, elle-même provoquée par l’accumulation de corps gras (« el famoso LDL ») au niveau de la tunique interne des artères. Ce dépôt constitue alors l’athérome qui pourra aller de la simple plaque rétrécissant la lumière artérielle (sténose) jusqu’à l’oblitération du vaisseau (thrombose). »

À l’heure actuelle, le méchant cholestérol LDL est toujours considéré comme l’ennemi public numéro 1, et pour lutter contre celui-ci, les premières recommandations hygiéno-diététiques sont de manger « équilibré » (sorte de pensée magique, où à échelle individuelle chacun y met un peu ce qu’il veut) en réduisant notamment son apport en graisses saturées.

Cette idée provient notamment d’une hypothèse ayant été vérifiée dans des conditions méthodologiques lamentables et donc sans aucune validité scientifique. Pour résumer brièvement l’histoire : « Ancel Keys a observé que les plaques d’athérosclérose contenaient beaucoup de cholestérol, il a donc supposé que l’ingestion de cholestérol par l’alimentation causait les maladies coronariennes ». Simple, basique. Et terriblement faux.

L’athérosclérose est avant tout un processus…

Ainsi, selon Kendrick, il n’y a pas de causes fondamentales à la survenue du phénomène (2’) mais il considère que celui-ci doit avant tout être vu comme un processus, permettant ainsi de cerner les facteurs de risques permettant ou non d’accélérer celui-ci (tel que le tabac, le diabète ou la pollution de l’air). Il avance d’ailleurs qu’il n’y a pas de causes nécessaires à la survenue d’une attaque cardiaque (si ce n’est en raisonnant par l’absurde une personne vivante) et qu’en considérant l’athérosclérose comme un processus, cela permet de mieux apprécier le rôle des différents facteurs qui interagissent.

Il cite néanmoins comme exemple le seul facteur qu’il ait pu trouver dans la littérature, et qui peut provoquer de manière rapide une attaque cardiaque : la drépanocytose. Dans l’étude, il s’agissait d’un adolescent malade de 14 ans, et qui présentait des artères touchées par l’athérosclérose à un stade très avancé. Ce dernier exemple l’amène à réfléchir sur le mécanisme qui a pu conduire cette jeune personne atteinte de drépanocytose à avoir des vaisseaux dans un état si catastrophique.

… qui débute par des dommages répétés sur la paroi des artères

La drépanocytose est une maladie génétique touchant l’hémoglobine et entraînant la déformation des globules rouges en cas de diminution de la concentration d’oxygène. C’est pour cela que l’on parle aussi d’anémie falciforme, puisque les globules prennent la forme de faucille. Des faucilles aux extrémités si tranchantes qu’elles ont, dans le cas de cet adolescent, littéralement détérioré en quelques années ses vaisseaux.

crédits Brice Gloux
Cdts Brice Gloux

Même sans être touché par la maladie, cette mise en perspective permet de rendre compte du stress constant que subit la paroi de chaque artère tout au long de la vie, du fait des composants qui y circulent à haute vitesse. La pression répétitive et continuelle, aussi vitale qu’elle puisse être, détériore les vaisseaux et ce d’autant plus si différents facteurs de risque s’y ajoutent.

Heureusement, et c’est un point crucial pour Kendrick, le corps a une capacité de régénération (20‘50), et c’est lorsque les dommages occasionnés surviennent plus rapidement que leurs récupérations que le processus d’athérosclérose se met en place et fait entrer le corps dans un processus délétère. C’est donc en amont, avant que les choses s’aggravent qu’il faut agir, notamment en limitant au maximum ce qui accélère les dommages endothéliaux, tout en favorisant donc ce qui améliore la capacité de réparation.

« La seule source possible de cholestérol présent dans les plaques d’athérome provient de la membrane des globules rouges. Ce que vous observez est le résidu d’un caillot de sang. »

Le cholestérol originel

Un peu plus tard, les deux hommes abordent ce qui est l’une des informations les plus importantes de l’échange (46’35). Au même titre qu’une blessure cutanée, le corps met en place un processus de réparation lorsqu’il subit des lésions sur la paroi interne d’une artère, lui permettant de la maintenir intacte. À partir des plaquettes et fibrines, il forme un caillot de sang qui cicatrisera et disparaîtra comme sur la peau. Ça, c’est lorsque le processus est optimal. Quand il l’est moins, et que les agressions se multiplient sur la même zone, le mécanisme de renouvellement devient moins efficace.

Au fur à mesure, les dépôts deviennent plus importants. Et parmi ces dépôts, du cholestérol. Et celui-ci, parce qu’il est pur (et non pas estérifié comme il peut l’être lorsqu’il est transporté par le ldl), ne peut provenir que d’un seul endroit : de la membrane des globules rouges (formé de 10 % de cholestérol) provenant des caillots sanguins. Kendrick replace ainsi au centre du jeu la théorie de l’incrustation, théorie datant du XIXe siècle, dans laquelle Rokitansky suggérait déjà le rôle crucial des plaquettes et de la thrombo-génèse dans les syndromes coronariens aigus.

Les théories vont et viennent

Si cet article présente brièvement comment Malcolm Kendrick décrit le processus d’athérosclérose, le format vidéo permet d’approfondir ce sur quoi il se base pour étayer son propos. Il met une nouvelle fois à la mal l’hypothèse lipidique selon laquelle la consommation de graisses saturées entraîne les maladies cardiovasculaires.

Et quand on observe les dégâts produits par les recommandations imposant le remplacement des lipides par les glucides dans l’alimentation, on ne peut que se réjouir de voir certaines personnes s’interroger sur les théories mainstream.

Ce qui est moins réjouissant, c’est que certains défenseurs de ces théories refusent littéralement le débat, et préfèrent s’en tenir à leurs acquis. Dernier exemple en date : l’étude remettant en cause les méfaits de la viande sur la santé. Marion Nestle, professeur émérite de nutrition à l’Université de New York

« reproche aux auteurs de s’en être tenus à une évaluation des risques directs de la consommation de viande rouge et de charcuterie pour la santé, et de n’avoir pas suffisamment politisé leur étude. »

Visiblement, il apparaît honteux de fonder une science sur les faits, alors que derrière, « les gens souffrent, les gens crèvent et les écosystèmes s’effondrent. Comment osez-vous ? »

Ce qui est moins réjouissant, c’est de constater que ces théories se retrouvent directement impliquées dans ce que doit être la politique nutritionnelle française.

Pour reprendre le cas de l’hypothèse lipidique, il est par exemple question dans ce rapport pour le P.N.N.S, cette indéniable réussite présidée par le professeur Serge Hercberg, de mettre en place un système d’information nutritionnelle unique et de rendre cet étiquetage obligatoire : le Nutri-score, inspiré par les travaux de ce même professeur, propose un score unique et global dont le calcul repose sur la prise en compte pour chaque aliment de 4 éléments constitutifs « négatifs », c’est-à-dire plutôt « défavorables » sur le plan nutritionnel dont (roulement de tambour) : la teneur en graisses saturées. Évidemment.

Dans ce même rapport, il est question aussi de l’impact potentiel d’une taxe appliquée à un produit alimentaire, avec comme argument une étude ayant montré qu’une taxe sur les acides gras saturés permettrait une réduction de 1000 morts par an. Alors comme nos élus, n’en doutons pas un seul instant : puisque c’est la science qui le dit, c’est que c’est vrai. Et le technocrate français le sait plus que quiconque : c’est par la taxe que le monde entier expiera tous ses maux.

On le voit, puisque les dégâts de la sacro-sainte pyramide nutritionnelle ne suffisent pas, et que les consommateurs ne sont pas assez intelligents, ni assez subtils informés des bienfaits que l’épidémiologie nutritionnelle, c’est qu’il faut faire quelque chose. Soyez rassurés, l’État prend en charge les citoyens (et surtout leur argent) pour les guider vers le bon chemin. Des obligations, des taxes et de la déresponsabilisation, rien de tel pour lutter contre la première cause de mortalité.

Ou plutôt faire prospérer des croyances non-vérifiées au détriment de votre propre santé.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.