Radars dégradés : la sécurité routière ne doit pas se faire contre les automobilistes !

Tribune libre : ceux qui pleurent la disparition des radars sont ceux qui ont poussé la mesure contre l’écrasante majorité de l’opinion publique !

Par Pierre Chasseray.

Nous sommes en 2003 lorsque le premier radar automatique en France fait son apparition sur la nationale 20 à hauteur de La Ville-du-Bois dans l’Essonne. Sur la photo, ministres et secrétaires d’État cherchent à jouer des coudes pour poser sur la photo immortalisant son installation.

Présenté comme un outil de sécurité routière « anti-chauffard », il vient prolonger l’engagement du président Chirac de faire de la sécurité routière française une grande cause nationale. Le mouvement de baisse de la mortalité routière est déjà engagé depuis un peu plus d’un an. La baisse se poursuit…

Le développement massif des radars

Pendant quelques années ensuite, la Sécurité routière établit un lien de cause à effet d’une simple corrélation. Pour elle, aucun doute, le radar devient l’alpha et l’omega de sa politique de sécurité routière. On ne parle plus que de vitesse, de poses de radars. Le parc radars grandit au rythme des recettes de l’État qui s’accumulent. Une poule aux œufs d’or, une tirelire magique à deux vertus. Ces appareils semblent combiner rentabilité et sécurité.

Pourtant, la grogne progresse. D’un outil présenté comme une arme de sécurité routière, on crée une arme de sécurité rentière. La pose des radars se poursuit encore et encore au rythme des amendes pour petits excès de vitesse involontaires de quelques Français coupables d’avoir osé rouler à 111 km/h au lieu de 110… Ou bien d’un 91 au lieu d’un 90 d’une rentabilité extrême !

Alors que nos voisins européens appliquent une marge de tolérance visant à ne pas punir ces petits excès de vitesse involontaires, la France sanctionne. La France facture au nom d’une sécurité routière dont l’adage se limite à une équation simple « radar + sécurité ». 90 % des recettes des radars sont générées par de tout petits excès de vitesse involontaires. Le ras le bol se généralise. L’opinion publique se détourne du message de sécurité en accréditant progressivement la thèse du « radar tire-lire ».

La mortalité routière repart à la hausse

Et puis il y a 2013. La courbe de la sécurité routière s’inverse brutalement… Elle repart à la hausse. Incompréhensible pour un gouvernement qui n’a fait que reposer sa politique de sécurité des routes que sur cet item. Il faut réagir. La botte secrète est trouvée. Les partisans de la répression sont heureux de faire la promotion d’un nouveau radar… Embarqué ! Caché dans des plaques d’immatriculation ! Bien dissimulé pour traquer le km/h de trop ! Ce tout petit km/h qui transforme aux yeux du Code de la route un automobiliste raisonnable en chauffard !

Peine perdue, le constat se dresse en fin d’année. La mortalité routière affiche une nouvelle fois un bilan à la hausse. Puis les chiffres stagnent. Ils ne baissent plus. Les radars prolifèrent et se multiplient. Radars chantiers, radars double face, radars double sens, radars feux rouges, radars discriminants… La liste ne cesse de s’alourdir. La France devient le catalogue mondial des armes répressives. Les Français dénoncent ces abus du système. La sécurité routière n’entend pas. La sécurité routière n’écoute pas. Un projet voit le jour : la baisse de la limitation de vitesse sur le réseau secondaire.

Les 80 km/h se profilent

Une association autoproclamée de défense des victimes de la route trouve une justification. La majeure partie des accidents ont lieu sur ces mêmes routes secondaires. Selon elle, cela suffit à prouver la nécessité absolue du recours à la baisse de la limitation de vitesse. Faisant fi des causes réelles des accidents (alcool, stupéfiants, téléphone), tout son discours se cale sur la nécessité de baisser la violence de l’impact. Le gouvernement piétine… Manuel Valls annonce l’arrivée imminente de la mesure. Bernard Cazeneuve lui succède et enterre la mesure.

Mais quelque diseuse de mauvaise aventure souffle alors à nouveau son idée de « génie » à l’oreille du nouveau Premier ministre Édouard Philippe, fraîchement en poste. Soutenue par la Sécurité routière, la mesure est alors annoncée pour le 1er juillet 2018. Emmanuel Macron n’est pas chaud et devant Jean-Pierre Pernaut, en direct d’une petite école de l’Orne à Berd’huis, prend l’engagement d’une clause de revoyure à deux ans. Le 30 juin 2020, la mesure pourra ainsi être abandonnée si elle n’a pas prouvé son efficacité.

La résistance s’organise

Au printemps 2018, Le Président pensait alors éteindre le feu d’un incendie en préparation. Il n’a fait que souffler sur les braises. Les associations emblématiques de défense des automobilistes et de motards s’associent et la Fédération Française des Motards en Colère et « 40 millions d’automobilistes » multiplient les actions pour faire entendre raison à un gouvernement bien décidé à faire adopter comme une vérité absolue la nécessité de cette mesure qui devait, selon des experts, permettre de sauver 450 vies par an. Une mesure de rupture nous disait-on…

L’association « 40 millions d’automobilistes » met en garde car la colère se fait de plus en plus ressentir. Malgré tout et malgré la mobilisation, la mesure entre en vigueur au 1er juillet 2018. La France rejoint la très rare minorité de pays ayant une limitation de vitesse inférieure à 90 km/h.

Autosatisfaite, la Sécurité routière voit d’un bon œil les deux premiers mois de mise en place de la mesure, oubliant LE chiffre de l’été 2018 : 400 % d’augmentation du nombre de dégradation des radars, un chiffre qui passe inaperçu tant les prix du carburant tendent à enfler. Mais pourtant, la véritable cause des dégradations des radars se trouve là. Le 80 km/h ne passe pas.

Certaines préfectures alertent pourtant dès les premiers jours de la mise en place de la mesure avec des augmentations de 200 à 300 % du nombre de flashs constatées sur les routes nouvellement limitées à 80. Incontestablement, le mouvement de dégradation des radars répond directement à l’instauration de cette mesure. L’été 2018 verra le nombre de radars saccagés s’amplifier.

La goutte d’essence qui fait déborder le réservoir

La rentrée 2018 est tendue… L’association « 40 millions d’automobilistes » alerte sur les prix du carburant. Le 80 est dans toutes les têtes. Les prix flambent. Pour les automobilistes, c’est la goutte d’essence qui fait déborder le réservoir. Les gilets jaunissent

La suite, nous la connaissons tous. Le mouvement de dégradation des radars s’amplifie à mesure que la colère se propage. Le 80 km/h, détonateur du mouvement, est pointé du doigt. Édouard Philippe doit reculer. Le président de la République affirme son hostilité à la mesure mais le Premier ministre ne lâche pas. Fin décembre 2018, 70 % du parc des radars français est vandalisé. Mais poussés par un très bon début d’année 2018 (alors que les routes sont encore à 90 km/h), les chiffres de la sécurité routière sont bons.

Les radars vandalisés dans leur écrasante majorité n’ont donc aucune influence sur le nombre d’accidents. Le Premier ministre en profite pour surfer sur la vague du 80 km/h, oubliant qu’en félicitant les chiffres de 2018, il ne fait que mettre en lumière le fait que les dégradations n’ont pas eu d’effet sur l’amélioration des données d’accidentalité.

Depuis les chiffres remontent… Le 80 km/h est un désastre duquel la Sécurité routière cherche à se dépêtrer. Tant bien que mal, le gouvernement tente de justifier l’absence des résultats de la mesure par les dégradations des radars, oubliant son autosatisfaction du deuxième semestre 2018 lorsque les faits de vandalisme étaient au plus haut.

Faire la sécurité routière avec les usagers

Il n’est pas ici question de légitimer les dégradations des radars mais bel et bien de comprendre pourquoi ce mouvement peine à s’estomper. Il est évident que la mesure du 80 et l’entêtement à reconnaître l’inefficacité de cette mesure saugrenue contribue à ne pas désamorcer le conflit.

Si l’Assemblée nationale vient de confirmer l’assouplissement de la mesure sur les routes départementales, l’État bloque sur les routes nationales qui seront exclues de la liste des routes pouvant repasser à 90 km/h. Seul le président de la République peut à présent siffler la fin de la récréation, renouant alors avec son engagement auprès de Jean-Pierre Pernaut dans cette petite école primaire de l’Orne à Berd’huis. Si la mesure ne montre pas son efficacité, elle sera abandonnée.

Cette mesure censée sauver 450 vies par an ne fonctionne pas. Sur les douze derniers mois, nous avons au contraire cinq tués de plus sur les routes… Il est à présent temps de montrer aux Français que l’État respecte ses engagements. C’est sans doute là le seul moyen de renouer le dialogue de sécurité routière avec des Français, convaincus que la seule motivation de l’État était la rentabilité des radars !

Mais n’oublions pas que ceux qui pleurent la disparition des radars sont ceux qui ont poussé la mesure contre l’écrasante majorité de l’opinion publique ! On ne fait pas de la sécurité routière contre les automobilistes. On la fait AVEC eux ! On ne peut pas pleurer sur le lait répandu lorsque l’on a soi-même renversé la bouteille.

 

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