Radars locaux : les maires transformés en informateurs et collecteurs

Un amendement autorisera les maires à se passer de l’accord préalable du préfet pour faire installer un radar, de quelque nature que ce soit sur leur commune.

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radar by Circula Segura (CC BY 2.0)

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Radars locaux : les maires transformés en informateurs et collecteurs

Publié le 9 novembre 2020
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Par Yannick Harrel.

Est-ce du cynisme politique ? Du réalisme fiscal ? Voire les deux ? Toujours est-il que la proposition du ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin publiée dans l’édition du 4 novembre dans Ouest France risque bien de jeter de l’huile sur le feu et placer les élus locaux dans une position inconfortable.

Concrètement que propose le ministre ?

Les maires autorisés à installer des radars sur leur commune

Il propose d’intégrer un amendement autorisant les maires à se passer de l’accord préalable du préfet pour faire installer un radar, de quelque nature que ce soit (autonome ou fixe, verbalisant l’excès de vitesse, de pollution ou de bruit), sur leur commune.

L’initiative ministérielle serait validée avec le vote des parlementaires lors du débat sur la loi dite Sécurité globale, dont l’étude accélérée est prévue le 16 novembre 2020 (et qui on le devine, va être un embrouillamini de dispositions variées).

Pourquoi est-ce du cynisme politique ?

Parce qu’il vise à donner d’une main ce que l’on reprend d’une autre et ensuite à placer les maires face à une décision que l’on sait impopulaire.

L’État donnera d’une main et reprendra de l’autre : c’est une pression fiscale supplémentaire évidente que ces radars vont générer par leur multiplication à des endroits dont le déterminant sera moins le facteur accidentogène que celui du volume de fréquentation.

Et dont le principal effet sera de compenser les pertes enregistrées par les contrôles automatisés depuis 2018, pour cause de crise des Gilets jaunes puis de crise du coronavirus.

Certes une partie des recettes fiscales provenant de ces automates va bénéficier aux collectivités territoriales, mais très partiellement et loin d’être la fraction substantielle du gâteau : selon les chiffres de 2019 publiés en octobre 2020, régions, départements et communautés de commune perçoivent 15,7 % du total des recettes.

Le reste est attribué comme suit : 13,2 % des recettes sont consacrés au désendettement, 33,9 % aux infrastructures de transport via l’AFITF, et enfin 37,2 % sont dévolus à l’entretien des radars automatisés et à la gestion du système de permis à points. Précisons encore que sur ces 120 millions d’euros actuels en faveur des collectivités, la ventilation doit ensuite s’effectuer entre les différents acteurs territoriaux, ce qui signifie qu’une commune qui penserait décrocher le jackpot devra en réalité apprendre à partager les miettes.

Le cynisme ensuite c’est faire croire que l’on considère enfin (!) les doléances des maires réclamant davantage de décentralisation en leur offrant un moyen d’action sur les modalités de circulation sur leur commune.

En réalité, c’est leur laisser plonger la main dans un panier d’osier rempli de serpents venimeux autour d’une pièce d’or. Car cette mesure est hautement impopulaire et viserait à réduire l’attachement positif des Français à leurs élus de proximité, bien que celui-ci s’érode comme l’ont démontré les dernières élections municipales, même en prenant en considération la situation sanitaire dans laquelle elles se sont déroulées.

Ces mêmes représentants qui avaient été délibérément ignorés lors du controversé passage aux 80 km/h deviennent soudainement dignes d’intérêt pour l’État : comment ne pas subodorer un subterfuge bien grossier ?

Les maires réduits au rôle d’informateurs et de collecteurs avec les radars

En définitive, comme pour les entreprises, l’État central veut utiliser, ou plutôt transformer, les maires en informateurs et collecteurs. Le procédé est matois puisque le pouvoir central a bien retenu qu’ils sont les plus à même de savoir où implanter de tels dispositifs pour en optimiser les recettes.

En adoubant cette mesure, les maires risquent d’y perdre crédibilité et popularité pour des gains budgétaires fortement aléatoires.

Nul doute cependant que de nombreux élus vont franchir le pas comme ils l’ont déjà fait pour toutes les infrastructures transformant leur circonscription en un parcours d’obstacles. Mais oseront-ils se poser la question de savoir si l’opprobre généralisé qui va croître envers les derniers représentants élus épargnés par la défiance populaire en vaudra fondamentalement le prix ?

Pourquoi exposer dorénavant les maires à une nouvelle crise sociale et économique ? Lorsque l’on se souvient que les Gilets jaunes ont ciblé nombre de ces postes de contrôle, symbole honni d’une fiscalité inique, on devine que cette mesure risque fort de nourrir à leur encontre un rejet très fort.

Rappelons que depuis l’introduction des radars en 2003, la courbe de décès sur les routes s’est non seulement tassée au fil des ans, mais a même accusé un regain de 2014 à 2016, attestant des limites de la politique de la trique, qui n’est pas sans évoquer la courbe de Laffer sur l’effet contre-productif de l’excès des impositions.

Car au fond, pourquoi ne pourrait-on pas aller plus vite quand les axes et les conditions de circulation le permettent ? Là est en filigrane la vraie question : pourquoi ne pas avoir investi dans des infrastructures permettant de circuler plus loin et plus vite en lieu et place d’une bride permanente généralisée et injustifiée ?

Les chiffres démontrent que les autoroutes sont les voies les plus sûres alors qu’elles sont pourtant les plus rapides, désavouant aisément le slogan martelant que la vitesse tue.

Étrange gouvernement qui s’emporte lorsque des édiles sont contraints de défendre les forces vives de leur territoire tout en les incitant à implanter d’impopulaires bornes automatisées fiscales pour promouvoir une décentralisation punitive.

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  • Ce dispositif diviserait probablement les maires en deux camps : 1/ les « anti-bagnoles », souvent élus des métropoles boboïsées, qui y verraient une occasion d’en rajouter une couche dans la chasse à l’automobiliste sans se mettre à dos leur clientèle électorale, 2/ les élus des villes moyennes ou des communes rurales, où tout le monde se déplace en voiture et qui ne peuvent pas se mettre à dos l’ensemble de la population.
    Bref, Darmanin entérine la scission de la France en deux blocs et fait de l’optimisation fiscale en conséquence.

  • Les petits dictateurs style darmanin finissent toujours très mal.

  • les maires préfèreraient sans doute , et de loin , pouvoir assurer la sécurité de leurs citoyens face à l’en-sauvagement de leur commune ; mais ça ne rapporterai pas un rond à l’état ; alors que les radars , avec un peu de chance ….

  • Suppression des limitations de vitesse.
    Généralisation des vitesses conseillées.

    • Et introduction des vitesses minimales!
      Halte aux cagouilles sur les routes!

      • Le code est clair : « Aucun conducteur ne doit gêner la marche normale des autres véhicules en circulant sans raison valable à une vitesse anormalement réduite. » Ni vitesse maximale, ni vitesse minimale, juste les vitesses conseillées et l’application intelligente de la loi (pour changer).

        Le code de la route a été inventé pour favoriser la circulation. Depuis quelques décennies, les socialo-collectivistes ont dévoyé le code dans le but d’empêcher la circulation, par haine absurde de l’automobile. Il est désormais nécessaire de revenir à l’objet initial du code en abrogeant des décennies de lois socialistes ineptes, sans oublier de sortir le bulldozer pour araser leurs obstacles routiers pénalisants et dangereux.

  • Très bon article: diviser pour régner, diluer les responsabilités et faire en sorte que le peuple, ignorant de cette décision gouvernementale, s’en prenne à l’édile local…

    • La dilution des responsabilités est un grand classique du management public. Jamais responsable, jamais coupable. Mais ils décident quand même. Des guignols…

  • Chirac, l’anti FN, a posé la première pierre répressive avec ses radars aux sanctions sans réelle possibilité de se défendre, en route au pays d’Orwell 1984. Quel gâteux était-il pour instituer les conditions d’émergence de ce qu’il souhaitait combattre ?

    • Il y avait un vrai problème de sécurité routière, de respect du Code de la route et de corruption du système (il suffisait de connaître le maire ou un gendarme pour faire sauter un PV). L’instauration des radars automatiques a permis de mettre fin à beaucoup d’abus, mais on est rapidement tombé dans l’excès inverse…

      • Il s’agissait moins de sécurité routière, avec une mortalité routière en baisse annuelle d’environ 5 %, depuis des décennies, quoiqu’on fasse ou qu’on ne fasse pas au niveau étatique (merci par contre aux rénovations/transformations des infrastructures et aux constructeurs et équipementiers auto) que de monétiser les petits excès de vitesse, qui passaient souvent « sous les radars » (c’est le cas de le dire).
        En effet, les radars mobiles, qui nécessitaient en outre des effectifs abondants, faisaient bénéficier les automobilistes d’une plus grande tolérance, vu les difficultés d’installation : dans le doute, les boîtes étaient réglées pour se déclencher à des allures bien supérieures aux limites autorisées, et supérieures aux marges d’erreurs réglementaires, pour que le PV soit blindé au tribunal. Presque personne avant 2003 ne prenait ainsi de PV pour 1 km/h de dépassement (après application de la marge d’erreur potentielle).
        Les radars automatiques ont multiplié le nombre de PV pour petits excès de vitesse, sans avoir en réalité d’impact notable sur la décrue de la mortalité routière.
        « Les radars automatiques qui sauvent des vies », c’est un mensonge d’Etat de la taille de « les masques ne servent à rien contre le Covid »…

      • Je ne vois pas le rapport entre avoir mis des radars et le fait qu’il y avait de la corruption pour récupérer ses PVs… Va falloir expliquer là… Je pense pas que ça aie eu un quelconque impact sur la corruption des PVs…

        • Ca n’a pas forcément d’impact sur les autres types de PV, qui sont faits « manuellement ». Par contre, les PV automatisés n’autorisent quasiment aucun passe droit, le CSA (contrôle sanction automatisé) étant verrouillé du début à la fin.
          Cette automatisation est de plus en plus la règle, y compris en dehors des contrôles de vitesse. La proportion de PV automatisés tend vers 100 %.
          De fait, la proportion de « PV corruptifs » tend vers zéro.

  • Dans de nombreuses communes des maires , ont déjà fait installer des « Ralentisseurs » en forme de marches d’escaliers. Quand ces obsédés vont pouvoir installer des radars ,il ne fait pas de doutes qu’ils seront installés pour la sécurité des citoyens et pas pour assouvir des problèmes personnels

  • 3 petites questions (qui n’en sont pas vraiment)…
    Le gouvernement aurait-il le sens politique d’une huître pour imposer de nouvelles contraintes aux automobilistes alors que la crise des Gilets jaune est encore là (seulement cachée par le confinement) ?
    Pourquoi accorder de nouvelles responsabilités aux élus ne marche-t-il toujours que dans le même sens, celui d’une plus grande répression ? Ça semble infiniment plus difficile pour l’Etat d’accorder le droit aux élus de revenir au 90 que de mettre en place de nouvelles pompes à fric…
    S’agirait-il de favoriser la mise sur le marché d’appareils que l’Etat commande auprès de ses fournisseurs préférés (capitalisme de connivence) ?

  • On ne dit pas si l’installation desdits radars sera à la charge de la commune, donc des coûts supplémentaires pour la commune et des recettes réduites qui n’en feront pas un investissement rentable pour la commune et les finances de ses habitants, comme d’habitude.

  • C’est cool pour les vendeurs de radars et autres analyseurs de pecadilles, soudoyer un maire est plus facile qu’un préfet… Peut-être.

  • Vu que TOUTES les communes se sont dotées de ralentisseurs, rond-points, zones de vitesse réduite (à géométrie variable à la hausse), parking payant, caméras… il est fort probable que TOUTES les communes vont se jeter sur la possibilité de poser des radars. Voir de se regrouper pour subventionner les voitures banalisées qui taclent dans les 2 sens avec photos du pare-brise (les vignettes) et du conducteur. Voir tous les arrêtés existants pour interdire les feux de déchets agricoles/forestiers/jardins, les bricolages pour les qualités des eaux, les marchés pourris d’éclairage public, etc…

    • Pas sûr. A mon sens, il y aura nécessairement un peu plus de radars qu’avant, certains habitants faisant pression sur leur maire pour implanter un radar aux « endroits dangereux », tout particulièrement devant chez eux ! 😉
      Mais un maire n’a pas intérêt à multiplier, sans justification acceptable, les mesures contraignantes et pécunières à l’égard de sa propre population.
      Par ailleurs, le marché des radars fournis par l’Etat n’est pas extensible à l’infini.
      Je vois plus cette opération darmanesque comme un procédé qui permet d’effectuer d’ultimes livraisons de radars, le plein ayant déjà été fait depuis belle lurette sur les zones véritablement accidentogènes du territoire national.
      Il est couramment admis que seul un tiers des radars fixes automatiques installés aujourd’hui le sont vraiment dans des endroits dangereux. Le reste est plutôt placé pour faire du fric.
      J’imagine que les préfets ne savent plus trop où placer les derniers arrivés, largement surnuméraires du point de vue de la pure sécurité routière. L’appel aux maires est une façon de racler les fonds de tiroir.

  • Les maires écolos et leurs suppôts type Hidalgo vont s’en donner à cœur joie!
    Un coup à droite contre les terroristes islamiste et un coup à gauche contre les automobilistes!
    Macron a bien déteint su Darmanin.

  • Qui a donné les noms et adresses des gens de cette commune Aveyronnaise qui ont reçu une prune pour manif interdite ?

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