Les bienfaits du libre-échange

Frédéric Bastiat (image libre de droits)

Le libre-échange contribue naturellement à la richesse des nations et à l’avancement de l’humanité. En même temps qu’il élargit les marchés, il ouvre durablement les esprits. C’est d’ailleurs pourquoi les petits esprits y sont opposés.

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

L’Europe est décriée en tout. Elle est devenue trop technocratique et nous ne supportons plus qu’elle nous oblige à aseptiser nos fromages au travers de normes ridicules. Mais l’Europe a aussi des vertus qu’il faut savoir célébrer. Elle a gardé la conviction libre-échangiste des débuts de la CEE. Et elle cherche à ouvrir les marchés de tous les pays européens au monde entier. Cette semaine même où le traité CETA avec le Canada venait devant le parlement français pour ratification, de nouveaux accords de libre-échange étaient signés avec le Vietnam, puis avec le Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay) pour éliminer à terme plus de 90 % des droits de douane actuels avec ces pays.

Aussitôt tous les « enrayeurs », comme les appelait Bastiat, se sont élevés contre de tels accords. Prophètes de malheurs, ils annoncent la mort de l’agriculture européenne concurrencée par des produits gonflés aux OGM et une dégradation rapide de la santé publique des Européens qui risquent d’être désormais nourris aux hormones. Au passage, les écologistes et autres protectionnistes de tout poil fustigent le Brésil de Bolsonaro qui ose avoir un regard critique sur les mesures anti-réchauffement et libérer son économie de trop de normes absurdes.

Ils n’ont même pas été lire l’accord, qui prévoit le respect mutuel des normes applicables et de nombreuses appellations d’origine, et qui dans bien des cas limite les volumes d’échange par des quotas tendant à éviter un choc frontal entre les producteurs des deux continents. Ces enrayeurs n’ont que la seule obsession de se protéger eux-mêmes, de se refermer sur leurs habitudes. Ils suivent l’exemple de Marx qui s’opposait en Angleterre au libre-échange lors du combat contre les Corn Laws au XIXe siècle.

Le libre-échange enrichit les populations

Les traités de libre-échange enrichissent ceux qui s’y livrent en permettant aux consommateurs de bénéficier des meilleurs produits au meilleur prix. Bien sûr, certains secteurs sont mis en difficulté par la concurrence extérieure et d’autres sont favorisés. Avec l’accord du Mercosur, certains agriculteurs élargiront leur marché tandis que d’autres verront le leur plus largement attaqué par la concurrence étrangère.

Les constructeurs automobiles y gagneront davantage que les éleveurs de vaches. Mais la concurrence est précisément ce qui permet d’épanouir la créativité humaine pour trouver de nouveaux moyens de produire et de vendre, pour inventer de nouveaux produits afin de faire face à l’intrus, pour réduire les prix et améliorer la qualité, faire évoluer les techniques, s’ouvrir à d’autres savoir-faire, délivrer plus de services… Le consommateur en profite.

Mais l’avantage ne doit pas se compter seulement en monnaie sonnante et trébuchante. Il va bien au-delà, parce que l’élargissement de la concurrence transforme les mentalités sur le long terme. Elle oblige les individus à se mettre en situation de réagir, de travailler plus, de se remettre en question, d’innover. Elle est encore le meilleur moyen d’aider les nations plus pauvres à se développer plutôt que de les abreuver de subventions mal affectées.

La concurrence contribue ainsi naturellement à la richesse des nations et à l’avancement de l’humanité. En même temps qu’elle élargit les marchés, elle ouvre durablement les esprits. C’est d’ailleurs pourquoi les petits esprits y sont opposés.

L’exemple anglais témoigne de la force de la concurrence quand les libéraux luttèrent avec Cobden et Peel contre les Corn Laws. Ces lois sur les grains introduites, dans le cadre d’une tradition plus ancienne, après les guerres napoléoniennes, limitaient fortement les importations de blé en Angleterre pour prétendument protéger les agriculteurs, et en fait aussi pour permettre aux propriétaires fonciers de maintenir des niveaux élevés du loyer de leurs terres.

Le combat mené par l’industriel Cobden et le Premier ministre Peel permit d’abroger ces Corn Laws en 1846 et d’ouvrir l’Angleterre à une nouvelle période de prospérité, y compris sur le plan agricole. Mais c’est probablement plus dans l’esprit d’ouverture ressourcé dans cette campagne anti-Corn Laws que dans l’abrogation même de ces lois que la perfide Albion retrouva sa grandeur et sa vitalité.

Bastiat avait anticipé les résistances et les craintes d’aujourd’hui

En France, Frédéric Bastiat, ce grand économiste français qui n’est lu qu’aux États-Unis, était bien entendu du côté des « abrogationnistes ». Il a consacré une large partie de son ouvrage sur les Sophismes Économiques à défendre le libre-échange contre le protectionnisme. Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer un passage (Chapitre XV de la Ière série) intitulé ENCORE LA RÉCIPROCITÉ :

« M. de Saint-Cricq disait : « Sommes-nous sûrs que l’étranger nous fera autant d’achats que de ventes ? »

M. de Dombasle : « Quel motif avons-nous de croire que les producteurs anglais viendront chercher chez nous, plutôt que chez toute autre nation du globe, les produits dont ils pourront avoir besoin, et des produits pour une valeur équivalente à leurs exportations en France ? »

J’admire comme les hommes, qui se disent pratiques avant tout, raisonnent en dehors de toute pratique !

Dans la pratique, se fait-il un échange sur cent, sur mille, sur dix mille peut-être, qui soit un troc direct de produit contre produit ? Depuis qu’il y a des monnaies au monde, jamais aucun cultivateur s’est-il dit : je ne veux acheter des souliers, des chapeaux, des conseils, des leçons, qu’au cordonnier, au chapelier, à l’avocat, au professeur qui m’achètera du blé tout juste pour une valeur équivalente ? – Et pourquoi les nations s’imposeraient-elles cette gêne ?

Comment se passent les choses ?

Supposons un peuple privé de relations extérieures. — Un homme a produit du blé. Il le verse dans la circulation nationale au plus haut cours qu’il peut trouver, et il reçoit en échange… quoi ? Des écus, c’est-à-dire des mandats, des bons fractionnables à l’infini, au moyen desquels il lui sera loisible de retirer aussi de la circulation nationale, quand il le jugera à propos et jusqu’à due concurrence, les objets dont il aura besoin ou envie. En définitive, à la fin de l’opération, il aura retiré de la masse justement l’équivalent de ce qu’il y a versé, et, en valeur, sa consommation égalera exactement sa production.

Si les échanges de cette nation avec le dehors sont libres, ce n’est plus dans la circulation nationale, mais dans la circulation générale, que chacun verse ses produits et puise ses consommations. Il n’a point à se préoccuper si ce qu’il livre à cette circulation générale est acheté par un compatriote ou un étranger ; si les bons qu’il reçoit lui viennent d’un Français ou d’un Anglais ; si les objets contre lesquels il échange ensuite ces bons, à mesure de ses besoins, ont été fabriqués en deçà ou au delà du Rhin ou des Pyrénées. Toujours est-il qu’il y a, pour chaque individu, balance exacte entre ce qu’il verse et ce qu’il puise dans le grand réservoir commun ; et si cela est vrai de chaque individu, cela est vrai de la nation en masse.

La seule différence entre les deux cas, c’est que, dans le dernier, chacun est en face d’un marché plus étendu pour ses ventes et ses achats, et a, par conséquent, plus de chances de bien faire les uns et les autres.

On fait cette objection : Si tout le monde se ligue pour ne pas retirer de la circulation les produits d’un individu déterminé, il ne pourra rien retirer à son tour de la masse. Il en est de même d’un peuple.

RÉPONSE : Si ce peuple ne peut rien retirer de la masse, il n’y versera rien non plus ; il travaillera pour lui-même. Il sera contraint de se soumettre à ce que vous voulez lui imposer d’avance, à savoir : l’isolement.

Et ce sera l’idéal du régime prohibitif.

N’est-il pas plaisant que vous lui infligiez d’ores et déjà ce régime, dans la crainte qu’il ne coure la chance d’y arriver un jour sans vous ? »

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