Présidentielle américaine : quand Google défie Trump

Certains dirigeants de Google souhaiteraient intervenir dans la campagne présidentielle pour faire barrage à Donald Trump. Une mauvaise idée qui pourrait pénaliser tout le secteur de la tech.

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Donald Trump by Gage Skidmore(CC BY-SA 2.0)

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Présidentielle américaine : quand Google défie Trump

Publié le 28 juin 2019
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Par Jonathan Frickert.

Alors que la France a fait savoir il y a plusieurs semaines sa volonté de taxer les GAFA, Google aurait la volonté de s’impliquer dans la prochaine élection présidentielle américaine à travers YouTube, dont le géant américain est propriétaire.

C’est le site Breitbart, co-dirigé jusqu’en 2016 par l’artisan intellectuel de la victoire de Donald Trump en 2016, Steve Bannon, qui l’annonce. Selon le site conservateur, et alors que Huawei est en guerre ouverte sur fond de guerre commerciale avec la Chine, le concurrent américain du Chinois devrait lui aussi tenter de semer son grain de sel.

Ces dernières semaines, plusieurs fuites internes à Google ont admis l’existence d’un plan destiné à empêcher une potentielle réélection du candidat américain. L’ancien ingénieur logiciel Mike Wacker avait par exemple révélé un courriel interne mettant en garde les salariés de l’entreprise contre les fake news, arguant que c’était ainsi que l’actuel président américain l’avait emporté.

L’année dernière, c’était Kent Walker, chef des affaires internationales de la société, qui aurait déclaré vouloir faire de Trump une exception historique.

Si pour l’instant la principale réponse de la firme est une plainte pour atteinte à la vie privée, l’affaire ne devrait pas s’arrêter là.

Une lutte politique sur fond de contrôle médiatique

L’émergence des GAFA a entraîné depuis plusieurs années des levées de boucliers de nombreux gouvernements occidentaux. Si l’on met de côté les régimes autoritaires et dictatoriaux tels que la Chine ou la Corée du Nord, les démocraties libérales ont respecté à juste titre l’émergence des nouveaux modes de communication, et ce jusqu’à un certain seuil.

En effet, alors que Facebook vient d’annoncer coopérer avec le gouvernement français pour trouver les auteurs de propos haineux à travers leur adresse IP, la victoire du « oui » au référendum sur le Brexit en 2016, puis de Donald Trump quelques mois plus tard, aidés par les nouveaux modes de communications que sont Twitter et les sites alternatifs d’information comme Breitbart, ont questionné plusieurs gouvernants sur une nécessité de régulation.

Face à CNN, accusé de rouler pour le camp démocrate, les médias sociaux ont joué un rôle de contre-pouvoir. La situation semble s’inverser désormais avec les récentes révélations au sujet des plans de Google pour la prochaine élection présidentielle américaine.

Anti-Trump contre anti-trust

Quiconque a fait un peu d’histoire politique des États-Unis se souvient qu’au XIXe siècle, le parti républicain américain était loin d’être aussi libéral que ce que l’ère Reagan nous a montré. C’est bel et bien le Grand old party qui a fait voter, à la fin de ce siècle, les premières lois antitrusts.

Si Donald Trump a montré sa volonté de libérer au maximum des entreprises tout en taxant davantage les produits importés, la menace d’une politisation de Google crée un risque de démantèlement par la puissance publique.

Une histoire qui rappelle la loi Sherman, du nom d’un sénateur républicain, signée en 1890, à la motivation assez proche de ce que pourrait voter l’administration Trump dans les prochains mois si la politisation de Google se concrétise.
Le sénateur s’était alors élevé contre plusieurs entreprises en situation de monopole, comparant cette situation à celle d’un roi gouvernant un État. Roi dont les Américains s’étaient défaits plus d’un siècle plus tôt.

La société visée était la Standard Oil, organisée sous la forme d’un trust, une position dominante sur plusieurs marchés proches de son activité principale. Le texte qui a servi de base à la réglementation du droit de concurrence dans plusieurs États aurait essentiellement été motivé par une question de vengeance et non de bonne gestion.

Comme l’évoquera plus tard Murray Rothbard, John Sherman fut candidat malheureux à l’élection présidentielle de 1888. Reprochant à un de ses collègues au Sénat, Russell Alexander Alger, d’avoir corrompu les délégués sudistes du pays, il utilisa une affaire de position dominante sur le marché des allumettes dans lequel le nom de ce dernier apparut pour pousser au vote d’une loi contre les trusts. L’affaire aurait donc davantage servi de prétexte qu’autre chose, et ce en vue de porter atteinte à l’honneur d’Alger qui n’avait en réalité qu’un rôle mineur.
La loi interdit alors les trusts ainsi que les monopoles.

Une affaire qui devrait faire siffler les oreilles de Sundar Pichai, actuel directeur général de Google, depuis longtemps sous les radars des différentes autorités publiques pour sa position sur le marché du numérique. Google constitue aujourd’hui le premier moteur de recherche au monde, alors qu’il y a encore 20 ans, le marché était plus concurrentiel qu’aujourd’hui. En 2012, Google représentait 65 à 77 % des recherches sur Internet.

Il y a deux ans, bien avant taxe GAFA, l’Union européenne avait puni l’entreprise d’une amende record de 2,4 milliards d’euros pour avoir favorisé son propre comparateur de prix dans son moteur de recherche.

À la fin de l’année dernière, la tension entre Washington et la Silicon Valley prenait une tournure politique. Donald Trump accusait en effet Facebook, Twitter et Google de favoriser les voix démocrates dans leur traitement des informations. Si les dirigeants des deux premiers ont été auditionnés par le Congrès sur ce type de sujets, la direction de Google a refusé de s’expliquer. Fin septembre, Bloomberg a révélé l’existence d’un projet de décret ordonnant aux autorités de la concurrence de surveiller particulièrement les plateformes en ligne afin de protéger la concurrence et d’apporter une solution aux problèmes d’impartialité que cela pose.

Le dernier épisode en date ne fait que confirmer la guerre désormais déclarée entre l’administration américaine et Google, dont le principal actionnaire, Alphabet, a connu une chute à Wall Street suite à la révélation d’une enquête anti-monopole contre Google lancée par le ministère de la Justice américaine. Une fois n’est pas coutume : l’initiative est soutenue des deux côtés de l’échiquier politique, mais la première victime de cette bataille n’est pourtant pas belligérante.

L’innovation, première victime de la politisation de Google

Dans ce contexte de défiance entre une des premières entreprises du numérique au monde et un gouvernement américain en guerre médiatique perpétuelle, le principal danger qui pointe le bout de son nez n’est pas la démocratie, mais bel et bien la position américaine en matière d’innovation.

La Silicon Valley permet aujourd’hui aux États-Unis de disposer d’un vivier de chercheurs et d’ingénieurs dans des domaines de pointe tels que l’économie numérique et l’Intelligence Artificielle dont les innovations font régulièrement les gros titres de la presse spécialisée : assistant, lunettes,…

L’entrée dans une guerre ouverte d’une entreprise dont le chiffre d’affaires dépasse le PIB de l’Ukraine, et ce pour des raisons strictement idéologiques, risque de se retourner violemment contre elle.

En effet, Joseph Schumpeter nous a appris que le développement économique est fonction de la capacité d’innovation. Le principal moteur de cette capacité réside dans un principe rappelé par l’entrepreneur américain Peter Thiel dans son best-seller De Zéro à Un, à savoir la recherche d’un monopole. Cette recherche renforce l’esprit de compétition sur un marché de libre-concurrence et permet d’acquérir un monopole temporaire que la concurrence cassera tôt ou tard.

Une leçon que Google risque rapidement de prendre si l’entreprise continue de sacrifier l’innovation sur l’autel du combat idéologique.

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  • Je souhaite apporter mon avis de profane.

    Google est un danger pour le monde, et particulièrement pour les Etats-Unis. L’entreprise est un monopole de fait sur les moteurs de recherche, les OS mobiles, la cartographie, etc. Les problèmes que posent un monopole en termes économiques sont par exemple liés à l’absence de concurrence, le retrait en termes d’innovation, le contrôle du prix (publicitaire pour Google par exemple) et donc directement et indirectement, nuisent aux consommateurs.

    Un monopole influence également la société dans son propre intérêt. Auparavant, c’était principalement le cas à travers le lobbying, parfois la concussion passive ou la corruption, ou indirectement par le contrôle des médias par exemple.

    Internet repose sur la notion de liberté de communication de l’information. La dispersion de celle-ci en garantie l’indépendance. Toutefois l’individu tend à se regrouper pour faire parvenir son message plus efficacement vers d’autres individus et a besoin d’outils performants de recherche de données.

    La nature ayant horreur du vide, les réseaux sociaux, Google, et beaucoup d’autres sont venus répondre à ce besoin. Rien que de plus normal.

    Ces entreprises sont sujettes aux mêmes risques que les précédentes. Il existe toutefois une énorme différence: Elles ont un contact direct avec l’individu et contrôlent une masse de données importante sur celui-ci. Lié à l’absence de concurrence, le cap du contrôle de masse est dépassé et prouvé. Par exemple, les relations entre Schmidt (Google/Alphabet) et Hillary Clinton sont à ce titre préoccupantes. Les séances de contrition de Zuckerberg devant les élus américains sont devenues pathétiques. Le rachat ou disparition pure et simple des concurrents est alarmant.

    Dans ces conditions, il devient extrêmement urgent d’évaluer la situation et prendre les décisions adéquates pour protéger le citoyen face à des sociétés de plus en plus puissantes, dont l’uniformité de l’orientation politique et les outils technologiques à disposition influencent de manière unilatérale les élections. Plus que les Russes ne le feront jamais.

    • «protéger le citoyen»
      Cette pauvre petite chose fragile.

      • Si il a bien une chose contre laquelle le citoyen doit être protégé c’est l’état et ses interventions permanentes. C’est cette déresponsabilisation qui rend les citoyens fragiles.

    • Comme cela a déjà été expliqué de maintes fois dans ces colonnes, un monopole nécessite l’existence d’une loi pour naître et se maintenir. Un monopole de fait, ça n’existe pas. Un monopole naturel, ça se discute mais ce n’est pas plus probant.

      Ce qui caractérise un monopole, c’est qu’il devient une excroissance de l’Etat par le miracle de la loi. Typiquement, dans nos belles contrées, la SNCF est un monopole tandis que Google n’est pas un monopole. Vous pouvez n’utiliser aucun service de Google, très efficacement, sans risque et sans effort. Google joue donc le jeu de la concurrence.

      Du moins, chez nous, en apparence…

      Aux USA, la situation est plus complexe à apprécier. Compte tenu des liens de Google avec certains services officiels, compte tenu des politiques qui ont prévalu depuis l’ère Obama favorisant outrageusement Google et d’autres entreprises très ciblées (la fameuse neutralité du net, vaste plaisanterie légale, pas aimable du tout), nourrir quelques doutes ne semble pas totalement absurde. Autrement dit, Google est soumis à concurrence en Europe mais aux USA, la situation est nettement moins claire. Peut-être que Trump éclaircira la situation par intérêt politique mais rien n’est moins sûr.

      D’un certain point de vue, le doute raisonnable pourrait justifier de prononcer une interdiction complète de Google en Europe, non au titre d’une situation de monopole imaginaire, mais bien au nom du risque d’ingérence d’une puissance étrangère. Et ne parlons pas des entreprises chinoises qui sont pratiquement toutes, d’une manière ou d’une autre, des excroissances du pouvoir dictatorial communiste. Il serait temps que nos dirigeants appliquent plus de libéralisme à nos entreprises et nettement moins aux excroissances étatiques étrangères qui s’ébattent joyeusement dans notre jardin. En gros, qu’ils cessent de faire l’exact contraire de leur devoir, dans une attitude qui commence furieusement à ressembler à de la haute trahison.

  • c’est la connivence qui est inquiétant, pas le monopole (qui ne peut durer indéfiniment dans une économie libre).

    • J’ai toujours du mal avec cette affirmation. C’est le principal point qui m’empêche d’adhérer sans aucune réticence au libéralisme. Je suis d’accord que les monopoles ne peuvent pas durer indéfiniment. Mais quand une entreprise devient gigantesque à la manière de Google, elle détient un pouvoir qui peut durablement fausser le marché, ralentir l’innovation.

      • Tant qu’il n’y a pas d’intervention de l’état et donc de son monopole de la violence le marché n’est pas faussé par définition. le marché n’est pas une sorte d’état parfait de l’économie genre le délire de concurrence pure et parfaite qui n’existe que comme argument fallacieux contre le libéralisme. Le jour ou google emploiera des hommes de main pour aller casser les genoux des concurrents ou pour obliger les gens à utiliser Gmail on reparlera du monopole de Google. pour l’instant ceux qui favorise le plus la position dominante de google sont ceux qui empile les régelementations sur internet. c’est le meilleur moyen pour être sur qu’aucun concurrent n’aura jamais les moyens ni l’envie de venir défier les acteurs en place.

      • « qui m’empêche d’adhérer sans aucune réticence au libéralisme » ; ce qui est bien avec le libéralisme, c’est que rien ni personne ne vous oblige à adhérer. Le socialisme, en revanche, ne vous offre pas cette option.

  • Le problème c’est pas google, c’est le délire progressiste et la tentation tyrannique de certaines élites occidentales. Fracturé google ne servira à rien si les dirigeant de ces entité restent tous des gauchistes moralisateurs convaincu. Trump aura 10 ennemies au lieu d’en avoir 1.
    Qui plus est la dérive de Google est au moins partiellement à mettre au compte des états qui n’ont eu de cesse de demander aux plateforme de pratiquer la censure à tour de bras et maintenant il viennent se plaindre du résultat. La morale de l’histoire c’est que quelques soient les intentions la censure, la privation de liberté est toujours une mauvaise option.

  • L’avantage du « coming out » de Google en faveur de l’anti-trumpisme et des démocrates, si cela se confirme, c’est d’exposer aux yeux de tous l’orientation et les biais que peut induire Google dans son activité sur le net avec leurs conséquences sur les utilisateurs. Cela ouvrira les yeux à certains et encouragera à utiliser d’autres supports.
    Par son attitude, Google va peut-être induire le début de l’affaiblissement de sa position dominante.

    • Ils peuvent facilement faire disparaître les services concurrents et faire pression sur les institutions financières et de service pour les détruire.
      C’est déjà en cours à un rythme effrayant.
      Avec un support médiatique absolu.

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