Pourquoi tout le monde pense que Facebook ne manipule que les autres

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Pourquoi tout le monde pense que Facebook ne manipule que les autres

Publié le 5 juin 2019
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Un article de The Conversation

La majeure partie des critiques porte sur la façon dont les algorithmes de Facebook prennent pour cible les utilisateurs à coups de publicités, et sur l’effet « caisse de résonance » qu’ils produisent en diffusant un contenu idéologiquement biaisé.

En dépit de ces récriminations, l’entreprise affiche des bénéfices record, et des milliards de personnes – dont plus des deux tiers de la population adulte aux États-Unis – continuent d’utiliser la version non régulée qui existe actuellement.

Depuis 30 ans, j’étudie les dynamiques sociales à l’œuvre sur Internet, et je soupçonne que ces contradictions apparentes sont d’ordre psychologique. Les gens connaissent les problèmes que pose Facebook, mais chacun s’estime à l’abri de ses effets délétères, tout en s’imaginant que les autres risquent d’en subir l’influence. Ce paradoxe aide à comprendre pourquoi les gens continuent à fréquenter le site, qui peut encore se targuer de compter plus de 2 milliards d’utilisateurs par mois en moyenne. Ironie du sort, la psychologie explique aussi les appels à réguler le géant des réseaux sociaux.

C’est pas moi, c’est eux

Le biais cognitif à l’œuvre ici s’appelle « l’effet troisième personne », ou « biais d’optimisme », c’est-à-dire la croyance selon laquelle nous ne sommes pas dupes des médias, alors que les autres personnes sont susceptibles de l’être.

Paradoxalement, cette dynamique peut pousser les gens à approuver le contrôle des médias et les restrictions imposées… aux autres. Si une personne utilise un réseau social et se sent à l’abri de son influence négative, cela provoque chez elle un phénomène psychologique appelé « influence de l’influence présumée ». Elle craint que quelqu’un d’autre soit influencé, et soutient donc les efforts faits pour protéger autrui, même si elle-même estime ne pas avoir besoin de l’être.

C’est sans doute la raison pour laquelle beaucoup d’utilisateurs de Facebook se plaignent de ses dangers auprès d’autres personnes, mais continuent à se connecter au site.

Même l’investisseur Roger McNamee, qui a contribué financièrement au lancement de la société et a récemment écrit un livre pour en dénoncer les dérives, semble avoir succombé à ce réflexe paradoxal. Selon le Washington Post :

En dépit […] de son dégoût pour les délits commis par les plates-formes de médias sociaux […], M. McNamee est non seulement toujours actionnaire de Facebook […] mais compte toujours parmi les plus de 2 milliards d’utilisateurs du géant des réseaux sociaux. Après tout, reconnaît-il avec un sourire et un haussement d’épaules, “Il faut bien que je fasse la promotion de mon livre.”

Tout le monde ne peut pas sortir du lot

Roger McNamee se croit peut-être insensible aux caisses de résonance et autres influences qui, prévient-il, affectent l’utilisateur lambda. Mais que faire si les utilisateurs lambda ne pensent pas être des utilisateurs lambda, et sont donc eux aussi persuadés d’être à l’abri de l’influence pernicieuse de Facebook ?

J’ai exploré cette éventualité dans une enquête menée auprès de 515 adultes américains ayant utilisé Facebook au moins une fois dans la semaine précédant l’étude. Les participants ont été recrutés par Qualtrics, qui s’est occupée du sondage. Ils viennent des 50 États du pays. Leur âge moyen est de 39 ans, et ils déclarent passer en moyenne un peu moins de 10 heures par semaine sur Facebook, un temps qu’ils jugent similaire à celui de la majorité des utilisateurs.

Trois types de questions étaient posées. Le premier concernait le degré auquel ils estimaient être influencés par Facebook sur un certain nombre de sujets sociaux et politiques, y compris la construction du mur à la frontière mexicaine, l’expansion ou l’abrogation de l’Obamacare, l’efficacité de Donald Trump et d’autres problématiques majeures pour l’avenir du pays.

Le second visait à déterminer à quel point Facebook influence, selon chacun, l’opinion des autres personnes sur les mêmes sujets. Donc, à quel point les médias sociaux affectent l’idée qu’ils se font d’une « personne lambda ».

Enfin, le troisième groupe portait sur le soutien accordé par chacune des personnes interrogées aux diverses stratégies envisagées pour réguler Facebook, y compris des arrêts de la Commission fédérale du commerce (FTC) ou de la Commission fédérale des communications (FCC), le démantèlement de Facebook par le biais de lois anti-monopole, la révélation de ses algorithmes, etc.

Des sondés soucieux de protéger les autres

Les sondés étaient persuadés que Facebook affectait les perceptions d’autrui bien davantage que les leurs. Plus ils pensaient que les autres étaient vulnérables, plus ils étaient soucieux que Facebook soit mieux contrôlé.

Ceux qui se croyaient nettement moins influençables que les autres et souhaitaient une meilleure régulation de Facebook avaient aussi tendance à penser que la source du problème résidait dans le pouvoir des caisses de résonance. Ils soutenaient les nouvelles régulations même s’ils risquaient d’être eux-mêmes affectés.

Lesdites caisses de résonance existent bel et bien, et elles affectent réellement les perceptions des gens, au point qu’un homme a été jusqu’à ouvrir le feu dans une pizzeria suite à de fausses allégations diffusées en ligne, selon lesquelles l’établissement servait de façade à un réseau de pédophilie. Toutefois, certaines études remettent en question l’idée que ces caisses de résonance aient une si grande influence sur la majorité des gens.

De mon point de vue, il est plus important de faire comprendre aux gens qu’ils risquent tout autant d’être influencés par Facebook que n’importe qui d’autre, quel que soit le niveau de risque réel. La société porte une part de responsabilité, mais les utilisateurs de Facebook aussi. Sinon, ils ignoreront les recommandations concernant leur propre usage des médias tout en soutenant des réglementations qui risquent d’être trop vagues et inadéquates. En fin de compte, les gens doivent d’abord apprendre à se sauver eux-mêmes, avant de se soucier de voler au secours des autres.

Traduit de l’anglais par Iris Le Guinio pour Fast ForWord.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

  1. Professeur de Communication, Directeur du Center for Information Technology and Society, University de Californie, Santa Barbara.
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  • facebook est une plateforme de contenu, en temps que telle elle est le reflet des courant de pensé qui traverse la société. Les politiciens ne veulent pas réguler facebook mais continuer de contrôler l’opinion qui à tendance à leur échapper depuis que les reseaux sociaux on permit de court-circuiter les média traditionnels qui leur étaient inféodés. Les politiciens de tout poiles ont bien comprit que facebook et autre google sont devenu une force de remise en cause de leur toute puissance en permettant aux individus de communiquer directement entre eux sans passer par les intermédiaires institutionnels. pas étonnant qu’ils soient si virulents.

    • La petite bête
      5 juin 2019 at 10 h 59 min

      « Les politiciens ne veulent pas réguler facebook… »
      On se demande bien de quoi Macron et Zuckerberg ont pu parler récemment à l’Elysée. Il paraît que c’est de la « régulation » d’internet…

    • Commentaire amusant quand on connait les pratiques de Facebook et de Google (et Twitter, et…) à l’encontre des idées « non progressistes », pratiques qui sont désormais tellement notoires que les prétentions dudit commentaire sont à mourir de rire.

      Ne vous déplaise, Facebook n’est pas le « reflet des courants de pensée qui traversent la société », mais uniquement le reflet des courants que Facebook décide voir s’exprimer, et uniquement ceux ci, quand bien même ces courants sont de moins en moins majoritaires, voir carrément rejetés par la majorité de la société.

      • En même temps, Facebook reste une entreprise privée, qui fait chez elle ce qu’elle veut. Si Facebook veut promouvoir certaines idées au détriment d’autres, personne ne devrait pouvoir les en empêcher. Et ceux qui n’en veulent pas n’ont qu’à changer de crémerie.

        • Salma Hayek - le six
          5 juin 2019 at 15 h 06 min

          Sauf quand l’entreprise en question a pour but de permettre aux gens d’échanger en toute liberté.
          Les valeurs d’une entreprise sont des choses qui souvent me laissent de marbre.

        • Oui, bien sur, si tout du moins elle l’affichait clairement au lieu de passer son temps à mentir en prétendant le contraire.

          Une entreprise qui vous ment sur le produit qu’elle vous vend, vous vous contenterez de dire que vous allez changer de crèmerie, et la laisser entuber d’autres consommateurs, ou vous allez lui demander des comptes ?

        • La petite bête
          5 juin 2019 at 16 h 32 min

          Une entreprise privée est-elle toujours indépendante des forces politiques?

      • C’est à dire le politiquement correct de son gauchiste de fondateur, bien qu’il soit devenu milliardaire!

  • Salma Hayek - le six
    5 juin 2019 at 15 h 09 min

    Le biais cognitif (le biais d’optimisme) décrit ci-dessus s’applique à tout le monde ! Et, je pense, encore plus aux gens qui se défendent le plus de cela. Et oui.. je pointe du doigt un grand nombre de lecteurs ici. (et je pointerais du doigt ceux d’autres sites d’opinion). Et oui, je me pointe (un peu du doigt).

  • on n’est pas (encore) obligé de se connecter à fesse de bouc !

    • Surtout si c’est pour raconter des vies minables sans intérêt où afficher ses opinions politiques et sociales!

  • Les commentaires sont fermés.

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