Google, ce monopole privé qui fait débat

Un exemple d’une société américaine qui contrôle l’information privée dans les pays occidentaux sans que les autorités antitrust américaines n’interviennent. Pourquoi ?

Par Marc-André Charguéraud.

Google

À la suite d’une conférence de presse de Google, les médias se sont fait l’écho des ambitions futuristes de la firme. Ils évoquent même l’arrivée d’une « intelligence artificielle »… d’ici quelques décennies et des problèmes existentiels que cela poserait. Il y a beaucoup plus urgent.

Récemment, le commissaire européen à la concurrence déclarait que Google contrôlait 90% des recherches « on line » en Europe. Aux États-Unis ce chiffre est de 70%.

On doit applaudir le génie de ses deux jeunes fondateurs qui ont su non seulement créer un nouveau concept, mais, ce qui est plus difficile encore, d’avoir en quinze ans réussi à écraser la concurrence. Avec des moyens financiers importants, des équipes aguerries et une expérience technique hors pair, Yahoo n’a que 5% des recherches « on line » et le géant Microsoft n’en a que 2,5%.

Un bénéfice net de $14 milliards et une trésorerie nette de $60 milliards donnent à Google, deuxième capitalisation boursière d’un montant qui frise les $400 milliards, une puissance financière sans égale. Google décide de lancer Android, un système d’exploitation pour téléphone mobile. En moins de cinq années, 70% des « smart phone » l’utilise. Et la liste de sa capacité d’innover s’allonge.

L’American Telegraph and Telephone Company (ATT) qui dominait le marché des télécommunications a été forcée de se diviser en plusieurs entités. Microsoft a été obligé d’ouvrir à la concurrence son navigateur « explorer ». Actuellement, l’achat de Time Warner Cable par Comcast pour $45 milliards est mis en question par l’État. Les deux géants du câble domineraient la télévision payante aux États-Unis.

Rien de tel pour Google et pourtant l’enjeu de la recherche en ligne dépasse très largement celui d’un outil aussi sophistiqué soit-il. Ici, il s’agit d’un service qui permet d’établir le profil de centaines de millions, voire de milliards de personnes. Un instrument hors pair pour la publicité ciblée, l’ambition de tout annonceur. Plus grave, l’information de la recherche peut être hiérarchisée, pire orientée. Cette incursion dans la vie privée est d’autant plus inacceptable qu’entre les mains de tiers, et surtout d’États, elle peut se révéler létale. Est-ce pour cela que les autorités américaines, les seules assez puissantes, se sont gardées d’intervenir ?


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