Sur l’Europe, Macron et Le Pen sont dos à dos : la réforme libérale de l’UE attendra

Après le Brexit : 2 questions laissées en suspens By: futureatlas.com - CC BY 2.0

Deux candidats, deux points de vue opposés sur l’Union européenne et la place de la France. Et pas de réforme libérale de l’UE en vue.

Par Guillaume Périgois.

L’une est en faveur d’un dirigisme économique anti-libéral ; l’autre est le champion d’une économie sociale de marché. La première veut une société fermée ; l’autre est le champion d’une société ouverte.

Mais l’Europe est là où les deux candidats sont le plus opposés. Marine Le Pen veut faire sortir la France de l’Union européenne (UE). Emmanuel Macron veut une plus grande intégration de l’UE.

D’entrée de jeu, clarifions une chose. La France est un membre fondateur de l’UE mais Paris a beaucoup perdu d’influence à Bruxelles au cours des quinze dernières années.

Le pays est à la traîne, vu comme incapable de remettre sa maison en ordre, son économie et son budget sur les rails. Le couple franco-allemand a été un moteur cassé sous François Hollande et Angela Merkel. Mais la voix du président français est toujours décisive dans les orientations importantes concernant les dossiers-clefs comme le Brexit, la zone euro ou la crise des migrants.

Alors que proposent vraiment Macron et Le Pen sur l’Europe ?

Emmanuel Macron, l’europhile

Macron est de loin le plus Europhile des principaux candidats. Son programme officiel appelle de ses vœux une Europe « ambitieuse » qui « investit, protège » et s’appuie sur le « dynamisme démocratique ».

Mais il ne pense pas pour autant que l’UE soit parfaite. Dans une interview accordée à Libération le mois dernier, l’indépendant de centre-gauche déplorait « des sommets européens sans fin … qui ont affaibli la Commission ».

Son projet emprunte à la gauche avec le soutien à un « buy europe act », d’un parlement et d’un ministère des Finances de la zone euro et d’une taxe sur les transactions financières.

Il a également appelé à préserver l’espace Schengen, à renforcer la coopération avec les pays qui laissent passer des migrants en Europe, à créer un système de renseignement commun pour lutter contre le terrorisme et à défendre l’accord commercial de libre-échange limité entre l’UE et le Canada.

Au sujet du Brexit, Macron estime que la Grande-Bretagne ne devrait pas bénéficier d’un traitement préférentiel de la part de l’UE après sa sortie du bloc.

Marine Le Pen, l’eurosceptique

La candidate du Front national a appelé à une sortie de l’UE et à quitter le commandement militaire de l’OTAN. Selon elle, la France ne peut pas être « une simple région de l’Union européenne », et le président français un « vice-chancelier D’Angela Merkel. »

Cependant, Le Pen a légèrement atténué sa position sur la manière dont Paris sortirait de l’euro. Le mois dernier, elle a déclaré qu’elle introduirait un nouveau franc à parité avec l’euro, quitte à lui permettre de fluctuer sur les marchés des changes par la suite.

Présidente, Le Pen exhortera son gouvernement à renégocier l’adhésion de la France à l’UE en quittant l’espace Schengen et en abandonnant ses règles d’asile. Elle veut également réimposer les frontières de la France, imposer de nouvelles taxes aux entreprises ayant délocalisé des emplois en dehors du pays et celles qui emploient des étrangers, et quitter la politique agricole commune.

Le Pen a déclaré qu’elle appellerait à la tenue d’un référendum après avoir négocié une nouvelle relation avec l’UE et a reconnu que les Français avaient le droit de rejeter ses propositions si leurs attentes n’étaient pas respectées.

La réforme libérale de l’UE, absente

Force est de constater que, comme dans les autres thèmes de campagne, les positions libérales réformistes sont absentes des programmes des deux candidats qualifiés au second tour.

Le premier rôle de la France en Europe est de remettre ses comptes nationaux d’équerre et d’accomplir des réformes qu’elle aurait dû implémenter il y a deux décennies. Si elle veut reprendre sa place en Europe, la France doit être responsable d’elle-même.

L’urgence est de résoudre le problème du système de santé et des retraites, qui plombent le budget de l’État, mettent la France dans une impasse et représentent un risque pour l’Europe toute entière.

Donner l’option aux jeunes générations de sortir des systèmes étatiques des retraites et de l’assurance santé, en déficits chroniques, et permettre à des acteurs associatifs, mutualistes et privés d’offrir leurs solutions aux assurés sont les deux choses à faire. Ni Macron ni Le Pen ne le proposent.

Les libéralisations à l’ordre du jour

Les libéralisations seraient également à l’ordre du jour pour d’autres secteurs de l’économie, tels que le logement, les transports et l’éducation, mais aussi l’énergie, les services bancaires et les télécommunications.

Avec une réforme approfondie des licences professionnelles, ces mesures auraient généré des milliers de nouveaux emplois et permis aux utilisateurs de choisir parmi des offres nouvelles et plus abordables. À nouveau, on cherchera en vain ces mesures dans les programmes des deux finalistes.

Grâce à une réforme fiscale visant à baisser les impôts en les alignant sur les minimums européens (15% et 5% de TVA, 10% d’impôt sur le revenu et 10% d’impôt sur les sociétés comme en Bulgarie) et à un allègement considérable de la réglementation, les investisseurs retrouveraient la confiance et les employeurs commenceraient à embaucher à nouveau.

Réformer le modèle social français

Il faudrait alors réformer la fonction publique, le périmètre de l’action de l’État et adapter le Code du travail afin de résoudre pour de bon le problème du chômage en France.

La France serait alors libérée économiquement, en croissance forte, avec un taux de chômage de friction et un progrès social assuré. Elle serait enfin fière, confiante en elle-même et n’aurait plus besoin des boucs-émissaires habituels que sont la finance et l’immigré.

Il serait alors temps pour Paris d’aller à Bruxelles pour y défendre une liberté de circulation et la possibilité d’obtenir du travail légalement pour les immigrés, et des traités commerciaux que l’on pourrait réellement qualifier de traités de libre-échange, pas des accords où les pays s’entendent à commercer dans la mesure où leurs corporations restent protégées.

Une profonde réforme des fonds structurels européens diviserait par deux son budget, la politique agricole commune serait clôturée pour permettre aux agriculteurs européens de vivre de leur travail et de servir directement les consommateurs. Enfin, la France cesserait d’opposer son veto à une Europe à la carte.

Le budget de l’UE fondrait, gardant ses compétences là où son action est efficace, ce qui diminuerait d’autant son impopularité chez les eurosceptiques. L’UE serait enfin un espace d’état de droit, de paix, de dialogue et de liberté, où les pays qui le souhaitent peuvent se coordonner et s’intégrer politiquement, sans drame ni impasse, unis dans la diversité.