Privatisation d’ADP : l’opposition à court d’idées avec le Référendum d’Initiative Partagée ?

Assemblée nationale - Crédit photo : Magali via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Au lieu de participer sérieusement au débat et de jouer franchement le jeu de la démocratie, l’opposition ne fait rien d’autre que de saper le gouvernement en place pour attirer sur elle un peu de la lumière médiatique dont elle semble manquer.

Par Jean Semnoz.

La Loi Pacte a été définitivement adoptée le jeudi 11 avril par l’Assemblée. Mais la veille quelque 218 députés ont annoncé qu’ils déclenchaient le Référendum d’Initiative Paratgée dans le but d’obtenir une proposition de loi qui viendrait contrer le projet de privatisation d’ADP. Fausse bonne idée ou vraie coup d’épée dans l’eau ?

Malgré toute l’énergie dépensée par l’opposition, de l’extrême gauche à l’extrême droite, la loi Pacte a été adoptée définitivement par l’Assemblée ce 11 avril. Cette loi complexe, qui a pris énormément de temps à être élaborée et plus de 240 heures de discussions au Parlement, contient notamment la disposition la plus polémique d’entre toutes : la possibilité pour l’État de céder ses parts au sein du Groupe ADP. En d’autres termes, ce que les politiques et journalistes nomment par facilité la privatisation des aéroports de Paris.

Forces contraires ou opposition de principe

Que se passe-t-il lorsqu’une force irrésistible rencontre un objet immuable ? Le bien connu paradoxe de l’omnipotence contient en réalité la réponse dans la question. Il est impossible que coexistent dans l’univers une force irrésistible et un objet immuable. C’est ce qu’il semble arriver en ce moment au sein de la classe politique.

Le gouvernement d’Édouard Philippe soutenu par la majorité LREM a bel et bien voté la loi Pacte et a toujours la ferme intention de céder les parts de l’État au sein d’ADP afin, notamment, de financer son fameux fonds pour l’innovation et l’industrie. Voilà la force irrésistible.

En face, l’objet immuable, l’opposition. Celle-ci est devenue protéiforme au point d’être difficile à regarder en face sans avoir un mouvement de recul. Il suffit pour cela de regarder la photo des députés rassemblés pour présenter l’initiative du Référendum d’Initiative Partagée aux journalistes : tout le spectre y est représenté de la France Insoumise aux Républicains, en passant par les centristes. Mais cette initiative est-elle bien sérieuse ?

Le RIP, ou R.I.P la cohérence

D’après Valérie Rabault, présidente du groupe socialiste, il s’agit d’un moment « totalement historique ». N’ayons pas peur des mots ! Certes, plus de 200 députés de tous bords qui s’accordent pour contrer une disposition de loi qui vient d’être adoptée par l’Assemblée est un événement politique qui vaut la peine d’être remarqué.

Mais si la manœuvre vaut son prix politiquement et médiatiquement, elle ne brille en revanche ni par l’honnêteté ni par l’esprit. Elle est en effet une tentative tellement vaine que les députés ne peuvent que faire semblant d’y croire vraiment. Tous les spécialistes s’accordent à dire que cette initiative n’a aucune chance d’aboutir.

Pourquoi ? Parce que maintenant les députés de l’opposition ont 9 mois pour récolter les signatures de 4,7 millions d’électeurs – signatures collectées par le ministre de l’Intérieur soit dit en passant – avant de proposer une loi à la majorité qui votera évidemment contre puisqu’elle vient d’adopter une disposition contraire. La boucle sera bouclée et le temps et l’énergie gaspillés.

Les institutions ne sont pas un jouet

L’agitation des députés de l’opposition nous renvoie cependant à une question politique et institutionnelle fondamentale. Comment l’opposition peut-elle bien se rendre utile lorsque le Parlement appartient à une majorité écrasante comme c’est le cas actuellement ? Les principes démocratiques voudraient que celle-ci cherche par des arguments sérieux et cohérents à faire valoir au gouvernement en place sa position afin que ce dernier ajuste sa politique en prenant en compte les avis des députés représentant une part minoritaire certes mais non négligeable de citoyens.

Au lieu de cela les députés ont choisi, parfois au prix de la cohérence, d’agiter des outils institutionnels parfaitement inutiles pour faire ni plus ni moins qu’un vulgaire buzz. Alors que les Français, Gilets jaunes en tête, ont perdu toute confiance en leurs dirigeants, ce genre de coup de pub pratiqué sur le dos des institutions légales ne risque pas de les rendre plus crédibles.

En termes de manque de crédibilité, le député PS Boris Vallaud fait figure d’allégorie. Lorsqu’il était secrétaire général adjoint de l’Élysée sous Hollande il a supervisé lui-même la cession des aéroports de Lyon, Nice et Toulouse. Aujourd’hui il n’hésite pas à nommer le projet du gouvernement « une imbécilité »…

Comme souvent en observant la vie politique, l’opposition se ridiculise tellement qu’elle fait malgré elle office de paratonnerre en attirant à elle l’atterrement et la confusion. Au lieu de participer sérieusement au débat et de jouer franchement le jeu de la démocratie, elle ne fait rien d’autre que de saper le gouvernement en place pour attirer sur elle un peu de la lumière médiatique dont elle semble manquer.