Naomi Klein face au changement climatique

Naomi Klein instrumentalise le changement climatique pour en faire une arme contre le capitalisme.

Par le Minarchiste.

Naomi Klein est une journaliste-militante canadienne connue mondialement pour ses livres Shock Doctrine et No Logo. Il y a 5 ans, elle publiait ce qui est désormais un best-seller sur les changements climatiques.

Le livre ne traite aucunement de la science des changements climatiques. L’auteur prend pour acquis que le réchauffement est substantiel et incontrôlable et qu’il en résultera une augmentation des désastres naturels, le déplacement de populations dont le milieu de vie sera submergé et l’extinction de nombreuses espèces animales et végétales. Pour elle, c’est de loin le principal problème de l’humanité et il faut y remédier radicalement le plus rapidement possible.

De son propre aveu, Klein ne s’était jamais vraiment préoccupée des questions environnementales, ni des changement climatiques, laissant ces choses aux environnementalistes. Mais tout a changé il y a quelques années lorsqu’elle a réalisé que la lutte contre le changement climatique pourrait impliquer un recul du capitalisme et de la mondialisation.

C’est de là que provient le titre du livre : ça change tout. Ce qu’elle veut dire est que la société doit changer radicalement pour s’adapter aux changements climatiques et que ce changement doit se faire vers la gauche et l’étatisme : taxes, nationalisations, redistribution, confiscations, interdictions, etc. Klein est transparente à cet égard : la baisse nécessaire des émissions de GES pour contrer le réchauffement sera impossible sans une augmentation considérable de l’intervention gouvernementale dans l’économie.

Klein n’est pas une pastèque, c’est une tomate bien mûre…

Klein affirme que si les dirigeants politiques ont accepté les règles du capitalisme et octroyer des milliards de dollars d’argent des contribuables à des banques suite à la crise financière de 2008, ils pourraient très bien le faire encore pour la lutte contre les changements climatiques. Cette affirmation est risible quand on comprend que le sauvetage des banques était inutile et même indésirable. Le capitalisme n’avait pas besoin d’être sauvé, au contraire il fallait plutôt le laisser faire son œuvre.

Klein compare les changements sociétaux nécessaires dans la lutte contre les changements climatiques au mouvement visant l’abolition de l’esclavage et l’indépendance des colonies car ils aboutiront à la destruction de richesse des élites et des pays riches.

Klein se trompe lorsqu’elle affirme que cette lutte menace particulièrement une minorité ayant des intérêts dans les énergies fossiles. Une hausse des coûts de l’énergie affecterait toutes les strates de la société et probablement davantage les pauvres et la classe moyenne que les riches ; parlez-en aux Gilets Jaunes. L’auteur vante le Danemark, qui est l’un des pays ayant le plus d’électricité renouvelable, mais elle néglige de mentionner que les prix de l’électricité y ont fortement augmenté.

 

Selon Klein, l’énergie nucléaire n’est pas une solution viable, mais elle n’explique pas vraiment pourquoi. Elle semble penser qu’il faudrait tellement de temps pour construire un bon nombre de nouvelles centrales nucléaires qu’il sera déjà trop tard pour limiter le réchauffement. Mais c’est surtout qu’elle préfère les petites solutions locales à de grosses centrales opérées par de grandes corporations. Et elle souhaiterait aussi remplacer le charbon par… rien, c’est-à-dire la décroissance.

Évidemment, selon elle, nous sommes tous malheureux car tout ce qui nous stimule est la consommation de « gadgets inutiles fabriqués en Chine » pour lesquels nous devons travailler de trop nombreuses heures plutôt que de profiter de la vie… Donc la décroissance serait « bonne pour nous ».

Klein explique qu’avec la mondialisation du commerce, un bon nombre d’objets que nous achetons sont maintenant produits dans les pays émergents. Les émissions de GES engendrées par la production d’un téléviseur acheté au Canada n’apparaissent donc pas sur le bilan de GES du Canada, ni les émissions générées par le cargo porte-conteneur qui l’a acheminé (qui apparemment ne sont pas comptabilisées).

Les pays industrialisés ont donc, en quelque sorte, exporté leurs émissions de GES vers les pays émergents à travers le commerce international, ce qui donne l’impression que la croissance des émissions provient plutôt de la Chine et de l’Inde, où l’électricité est davantage produite à partir du charbon.

Klein explique que le programme de l’Ontario pour les énergies renouvelables a été fortement critiqué car il incluait une provision favorisant le contenu local équivalente à une mesure protectionniste ne respectant pas les règles de l’OMC. En revanche, des entrepreneurs ont indiqué avec raison que peu importe où les turbines et panneaux solaires sont produits, il faut que le coût soit le plus bas possible de manière à réduire l’impact sur les consommateurs. Klein n’adhère pas à cette façon de voir les choses car elle s’oppose à la mondialisation. Elle préfèrerait que les composants soient davantage fabriqués localement, de manière à raviver le secteur manufacturier, même si cela coûterait beaucoup plus cher.

Selon elle, pour que la transition vers l’électricité renouvelable se fasse plus rapidement, il faut que l’État nationalise les réseaux de distribution électrique… comme c’est déjà le cas au Québec. Klein explique que si ces énergies doivent être disponibles de manière abordable pour tous, il n’y aura pas suffisamment de marge de profit pour intéresser les investisseurs privés. Elle cite l’exemple du transport en commun.

Là-dessus, elle se trompe royalement. Des infrastructures peuvent très bien être privatisées et générer du profit, tout en rencontrant les normes exigées par les consommateurs, y compris l’accessibilité. Dans les pays nordiques les infrastructures de transport en commun sont privatisées et semblent très bien fonctionner. Bien entendu, beaucoup de privatisations ne sont pas aussi bien exécutées, engendrant ainsi des problèmes, comme je l’expliquais dans mon article sur la privatisation de l’eau.

Klein mentionne que les 5 plus grandes compagnies pétrolières ont réalisé des profits de 900 milliards de dollars entre 2001 et 2010. Selon elle, ces entreprises ont été en quelque sorte subventionnées car on leur a permis d’émettre des GES dans l’atmosphère sans en supporter le coût. Pourtant l’essence est probablement l’un des produits les plus taxés. Au Québec, les taxes représentent près de la moitié du prix à la pompe, inclus une taxe verte. Il semble que la société est donc déjà bien compensée pour les émissions de GES provenant de l’essence.

Klein aborde abondamment les cas de Chevron-Texaco en Équateur et de la tragédie BP dans le golfe du Mexique. Dans le cas de Texaco, il s’agissait d’un partenariat entre cette entreprise et la compagnie gouvernementale de l’Équateur Petroecuador. Lorsque Chevron a acquis Texaco, elle a procédé à sa part du nettoyage des territoires touchés et a vendu sa part du partenariat à Petroecuador, après quoi le gouvernement l’a libérée de toute obligation environnementale.

De son côté, Petroecuador a continué à exploiter la ressource et à accroitre les opérations sans procéder à sa part du nettoyage. Ensuite, les populations locales ont monté une poursuite bidon contre Chevron, menée par un avocat américain corrompu. Un tribunal américain a d’ailleurs statué que la plainte était irrecevable et qu’il s’agissait d’une tentative de fraude et d’extorsion. En fait, c’est plutôt le gouvernement qui est responsable de la pollution ! On peut donc en conclure que madame Klein perd beaucoup de crédibilité en citant ce cas…

Klein remarque que l’armée américaine est le plus gros consommateur de pétrole au monde. Une réduction de l’interventionnisme militaire américain dans le monde permettrait donc de réduire significativement les GES sans affecter le niveau de vie de la population, et de plus, cela coûterait moins cher. Là-dessus, beaucoup de libertariens seront d’accord avec elle…

Quant à l’utilisation du gaz naturel comme énergie de transition pour remplacer le charbon, Klein cite une étude de l’Université Cornell qui prétend que le gaz produit par fracturation (fracking), en y intégrant les fuites de méthane (un GES beaucoup plus puissant que le CO2 à court terme), cette forme d’énergie a le même impact sur le climat que le charbon. Néanmoins, elle néglige de mentionner qu’il suffirait qu’une règle incite les producteurs à utiliser des technologies existantes pour capturer ce méthane afin de corriger la situation. D’ailleurs, l’étude de Cornell ne fait pas consensus sur l’impact sur le climat du méthane provenant de la fracturation (voir ceci et ceci).

Klein surenchérit en citant le film Gasland, qui montre que la fracturation aurait des impacts sur les nappes phréatiques. On sait maintenant que ce film est mensonger : dans ces régions l’eau du robinet contenait déjà du méthane bien avant la fracturation et elle pouvait même prendre feu. Mais le réalisateur de ce film a tenté de faire croire que la fracturation était la responsable.

Puis elle passe une bonne partie du livre à déblatérer contre les sables bitumineux canadiens, qu’elle nomme faussement tar sands (sables goudronneux), car ce terme est inexact. Elle fait cela en vertu d’une directive des environnementalistes, le terme tar sands ayant une connotation plus négative et sale que le terme sables pétrolifères ou sables bitumineux. Ce procédé est très hypocrite car cette source de pétrole est loin d’être la plus irresponsable qui soit, bien au contraire.

La plus grosse bourde de Klein est de vanter la réduction de la pauvreté engendrée par des gouvernements gauchistes comme Lula et Rousseff au Brésil, Chavez au Venezuela, Correa en Équateur, Kirchner en Argentine et Morales en Bolivie. Pourtant, l’économie de ces pays s’est écroulée avant, pendant et après la publication du livre, faisant nettement reculer les conditions de vie des ménages, résultats prévisibles du socialisme. Ce sont pourtant les politiques utilisées par ces dirigeants que Klein a en tête pour redéfinir les sociétés occidentales en fonction de la lutte contre le réchauffement…

Conclusion

Peu importe l’ampleur du réchauffement global et ses conséquences pour l’humanité, il faut concéder que ce phénomène est problématique pour les capitalistes-libéraux. D’ailleurs, les sites libertariens américains comme FEE et le magazine Reason font presque silence-radio sur le sujet, ce qui est malheureux car cela laisse le champ libre aux hurluberlus comme le Heartland Institute qui s’entêtent à prétendre que le réchauffement est un mythe.

Normalement, dans une logique capitaliste, les émissions polluantes sont considérées comme une externalité pouvant justifier une compensation de la part du pollueur envers les autres parties dont la propriété privée est affectée, mais on ne peut pas procéder ainsi dans le cas des GES et du réchauffement.

  1. les émissions du Canada peuvent avoir des impacts positifs pour le Canada, mais négatifs pour le Maroc par exemple ;
  2. les émissions provenant du véhicule de mon grand-père il y a 30 ans ont un impact sur le climat aujourd’hui, mais mon grand-père ne peut pas dédommager les habitants du Maroc ;
  3. il ne pourra pas non plus dédommager les populations affectées dans un siècle ;
  4. impossible de déterminer l’impact de chaque molécule de CO2 émise : a-t-elle contribué à submerger l’île de Tuvalu d’une fraction de millimètre ou a-t-elle contribué à former l’ouragan Katrina, ou encore causé une sécheresse en Californie laquelle engendra un immense feu ?
  5. il est impossible de quantifier l’ampleur des dommages causés par chaque molécule de CO2 émise et à qui ce dédommagement doit être octroyé car ayant endommagé sa propriété.

Les émissions de GES sont en hausse de 57 % depuis la Convention sur le Climat de l’ONU signée en 1992. Une bonne partie de ces émissions provient de pays émergents car ils produisent dorénavant les biens que nous consommons dans les pays riches et rattrapent le niveau de vie de ces pays.

Klein a raison lorsqu’elle affirme que les pays riches ont atteint leur niveau de vie actuel en brûlant une quantité massive de combustibles fossiles, émettant la grande majorité des GES présentement dans l’atmosphère. Il est donc injuste d’exiger d’un pays comme la Chine de ne pas accroître ses émissions de GES car ce pays a bien peu contribué à la masse de GES déjà présente dans l’atmosphère et émet encore aujourd’hui beaucoup moins de GES par habitant que les pays riches.

Par contre, les politiciens des pays riches favorisent les intérêts de la population qui les réélira, et non ceux des populations qui voteront dans 100 ans, et cela implique de ne pas réduire le niveau de vie actuel. C’est pourquoi les Trump de ce monde refusent de participer aux accords sur le climat et exigent plutôt que la Chine et l’Inde cessent d’accroître leurs émissions.

Le monde est donc coincé dans un immense bourbier géopolitique sur la question du climat et le capitalisme ne comporte pas de mécanisme intrinsèque permettant de s’en sortir.

Selon Klein, les pays riches devraient par exemple payer une rente à l’Équateur en échange de la non exploitation de ses réserves de pétrole, ce qui l’aiderait à se sortir de la pauvreté. Cette rente serait financée par des taxes sur tout ce qui émet des GES. Cela inciterait les pays riches à réduire leurs émissions et permettrait aux pays pauvres de se développer sans trop utiliser les énergies fossiles.

Par ailleurs, j’anticipe que si les démocrates prennent le pouvoir aux États-Unis, ils imposeront des tarifs douaniers sur les biens importés, lesquels seront modulés en fonction de l’empreinte GES de chaque produit. Donc un produit provenant du Danemark ne sera pas ou moins taxé, mais un produit chinois le sera fortement. Il s’agirait donc d’une forme de protectionnisme vert.

Les démocrates comme Alexandria Ocasio-Cortez évoquent aussi un Green New Deal, en vertu duquel le gouvernement fédéral investirait des dizaines de billions de dollars pour complètement éliminer les énergies fossiles du pays, tout en créant des emplois manufacturiers. Ce dispendieux programme serait financé par des taxes et de la création de monnaie par la Federal Reserve (une mascarade intitulée Modern Monetary Theory, qui n’est rien d’autre que de la monétisation de déficit par la banque centrale). En ce sens, les politiciens démocrates qui se présenteront aux élections de 2020 se sont largement alignés avec les positions exprimées par Naomi Klein dans ce livre.

En conclusion, Klein avoue candidement qu’elle prend tellement l’avion que son médecin a cru que son exposition aux radiations aurait pu la rendre infertile ! Toutes ces émissions de GES uniquement pour documenter un livre si peu intéressant, c’est tout de même ironique…

This Changes Everything, par Naomi Klein, 2014.

Sur le web

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.