Déficit public : une embellie en trompe-l’œil

Contrairement à ce qu’indique le gouvernement, les dépenses publiques continuent d’augmenter.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Bruno Le Maire 2011 by UMP Photos(CC BY-NC-ND 2.0)

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Déficit public : une embellie en trompe-l’œil

Publié le 3 avril 2019
- A +

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Messieurs Darmanin et Le Maire se sont vantés d’un déficit public ramené à 2,5 % sur 2018 contre 2,7 % prévus par la loi de finances initiale et d’une dette publique stabilisée à 2 315 milliards d’euros, soit 98,4 % du PIB. Faut-il vraiment s’en réjouir ?

Certes, apparemment les chiffres sont plutôt encourageants. Mais ils masquent une autre réalité.

En fait, le déficit public 2018 est dégradé de 0,2 point par rapport à l’actualisation du budget qui avait été faite par le gouvernement dans le cadre du programme de stabilité transmis au mois d’avril 2018 à la Commission européenne. Contrairement à ce qu’indique le gouvernement, les dépenses publiques continuent d’augmenter. Selon le rapport public annuel de la Cour des comptes sur la situation d’ensemble des finances publiques, publié en février 2019, la dépense publique a progressé en volume, donc indépendamment de l’inflation, de 0,7 % en 2018.

Par ailleurs, il est agréable de constater que notre déficit est inférieur aux 3 %  fixés dans le marbre de Maastricht et que la France ne savait plus respecter. Mais ce taux de 3 % imposé de manière arbitraire est désormais dépassé, et heureusement, car il n’était pas suffisamment rigoureux.

Déficit structurel

Les critères européens prennent en compte maintenant l’évolution du déficit structurel, c’est-à-dire du déficit établi en dehors des fluctuations de la conjoncture. Ce déficit structurel mesure la tendance de fond du budget, il s’agit du déficit relatif aux éléments permanents de l’économie. En France il a été de 2,3 % en 2018, équivalent à celui de 2017. Ce qui signifie que les éléments structurels du déficit français sont restés les mêmes.

Pourtant, selon les critères européens, ce déficit structurel aurait dû être réduit de 0,5 point a minima. Il n’en a rien été et il n’en sera rien pour 2019. Le déficit global de 2019 augmentera même sérieusement. Il est prévu à 3,2 % dans le budget voté en décembre dernier. Mais il risque d’être plus élevé par suite de la dégradation de la conjoncture et des mesures Gilets jaunes.

La réalité est que tant que le déficit public restera supérieur, en pourcentage du PIB, au taux de croissance de l’économie, de manière fondamentale et sous réserve de divers ajustement techniques, l’endettement public de la France continuera de croître. Et de manière tout aussi évidente, le seul moyen de réduire le déficit et l’endettement est de réduire les dépenses publiques en volume, ce dont le gouvernement semble incapable.

Pourtant d’autre pays ont réussi. En 2007, la dette publique de la France, de l’Allemagne et de la zone euro était aux alentours de 65 % de leurs PIB respectifs. En 2018, l’Allemagne est revenue à un taux d’endettement de 60 % de son PIB et elle sera en dessous cette année. La moyenne de la zone euro est pour sa part inférieure à 87 % en 2018. Pourquoi la France ne parvient-elle pas à faire de même ?

Méthodes insuffisantes

Dans le cadre de sa Révision générale des politiques publiques (RGPP), Sarkozy a cherché à réduire le nombre de fonctionnaires avec la règle d’un seul remplacement pour deux départs. Macron préfère transformer d’abord la fonction publique pour réduire ensuite la dépense, ce qui expliquerait son retard à baisser les dépenses en attendant la réforme du statut de la fonction publique et autres restructurations des dépenses publiques. Ces deux méthodes sont sans doute utiles, voire nécessaires, mais ne suffiront pas. Il n’y aura pas de réduction importante et durable des dépenses publiques sans réformes plus structurelles encore.

Plutôt que de centraliser toutes les fonctions sociales, comme le fait Emmanuel Macron, il faut au contraire les ouvrir à la concurrence. Permettons à chacun de s’assurer socialement auprès de la compagnie ou mutuelle de son choix pour sa maladie, sa retraite, son chômage… Il sera responsabilisé et cherchera à réduire ses frais, comme en matière d’assurance automobile.

Donnons aux parents un bon scolaire à remettre à l’école de leur choix pour la scolarité de leurs enfants et gageons qu’ils choisiront abondamment les établissements privés, aujourd’hui bridés dans leur développement et dont le coût par élève est pourtant environ deux fois moindre que celui du public. Ces réformes apprendraient à tous l’exercice de la liberté en même temps qu’elles redonneraient du pouvoir d’achat aux Français par la réduction du prix des services offerts.

Sur le web

Voir les commentaires (21)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (21)
  • Où est passé la dette de la SNCF ? Que devient , la dette EDF ? tout ça c’est des mots !! de l’enfumage il n’y a pas plus menteur qu’un homme politique !!

  • Forcement puis que les salaires des fonctionnaires augmentent automatiquement tous les ans

  • calculer les déficits par rapport au PIB est une fumisterie (vu comment est calculé ce dernier).

    • Effectivement il serait peut-être plus judicieux de calculer la dette et le déficit par rapport aux recettes de l’État.

      • @ Koris
        O.K.!
        Pourquoi ne pas proposer un article à Contrepoints pour nous éclairer du rapport dépenses-budget-nouvelles dettes sur ces 5 dernières années, par exemple?
        Il m’étonnerait que « Contrepoints » refuse de publier!

  • Article à rapprocher de celui de F. Mas sur la post-vérité!

  • Déficit légèrement abaissé, mais au prix d’une pluie de taxes, comparable à une pluie d’été. Tous n’ont pas été rincés, mais ceux qui l’ont été l’ont bien été…

  • une économiste disait ce matin que c’est foutu pour Macron2022 et ses 3% de déficit …comme quoi on fait dire ce qu’on veut aux chiffres.

  • Bonjour à tous,

    Bien que je sois à 10 000% d’accord avec l’ouverture à la concurrence notamment de l’assurance sociale, je me pose la question de la méthode.

    Dans ma vision des choses, l’assurance chômage ou retraite est obligatoire et chère car elle a besoin d’argent rapidement pour financer le fonctionnement de Pôle Emploi (dont les allocations) ainsi que les retraites actuelles.

    Ma question est: que se passera t-il quand les gens changeront pour des assurances bien moins cher et plus efficace que la sécu? Comment les retraites et les allocations chômage seront payées (alors qu’à ma connaissance, elles ne sont pas provisionnée)? Est ce qu’on arrêterait de payer les retraites actuelles et les chômeurs? Sinon, comment faire?

    C’est surtout la transition qui m’inquiète. Mon père vient de partir en retraite après avoir bossé toute sa vie depuis ses 14 ans. Alors oui il a cotisé très tôt aussi à une complémentaire retraite mais ça ne lui donne pas grand chose.

    Merci de vos réponses 🙂

    • cela fera mal de toute façon.

      • Merci breizh,

        Effectivement, le réveil sera dans tous les cas douloureux. Je me demandais simplement comment faire pour que ça fasse le moins mal possible.

    • Pour des gens sachant calculer et sans à priori, la méthode, une lente transition en biseau, ne pose pas vraiment de problème. Le problème, c’est que ce soient de telles personnes qui décident effectivement de la méthode, et non des politiciens…

      • Merci pour votre réponse MichelO,

        J’ai trouvé un article très intéressant de Vincent Benard sur la question de la transition. L’article date un peu mais se révèle être d’une cruelle actualité.

        https://www.objectifliberte.fr/2008/04/la-retraite-p-1.html

        • En effet, les problèmes y sont bien identifiés. Il est très important de bien obliger l’épargne capitalisée à passer automatiquement en rente viagère au départ en retraite, et que l’exonération fiscale soit complète pour la formation du capital, versement et accroissement par intérêts et dividendes. Avec une période 25 ou 30 ans pour la transition, et en profitant des taux nuls actuels, on doit pouvoir emprunter ce qui manque à court-terme avec un plan crédible de remboursement sur les produits du capital qui s’accumule après quelques années de différé.

        • Dit autrement : si au lieu de les utiliser pour payer les retraites par répartition, on capitalise les cotisations, on dispose après les 40 ans de carrière de plus du double du capital équivalent à transformer en rente viagère pour payer la retraite. Ca permet donc de payer les retraites par répartition restantes, et de verser une rente viagère au moins équivalente. La génération est sacrifiée parce que sa retraite n’augmente que modestement alors que si on était dans un système par capitalisation depuis le début, elle serait plus du double, mais c’est supportable si on compare à la poursuite de la répartition…

        • Avantage de la retraite par capitalisation, il est possible de servir une rente d’orphelin, comme le font les Suisses, jusqu’à l’âge de 18 ans, 25 si en formation. Alors qu’avec la répartition, si vous n’avez pas prévu une assurance privée, vous gamins l’auront bien profond. Les gamins, n’est-ce pas l’avenir d’une nation ❓

          Vous voyez, la capitalisation bien organisée est plus sociale que la répartition.

          • @ MichelC
            Oui mais la capitalisation est individuelle et la répartition moins: c’est le choix « social »!

            • C’est un mauvais choix pas si social que cela la répartition, puisque la capitalisation peut aussi l’être autant sinon plus.

        • J’ai oublié aussi de rappeler qu’il faut encourager au renoncement à des parts de « droits » à la répartition en échange de la constitution en exonération fiscale de rentes viagères. Par exemple, vous renoncez à 100 euros de future retraite par répartition mensuelle, et en échange on vous exonère de fiscalité 50 000 euros que vous investissez en vous engageant à les convertir en rente viagère avant vos 70 ans.

  • Si j’ai bien tout compris. Si tu n’as pas encore intégré dans tes comptes le fric que tu dois parce que tu viens juste de le promettre, si tu oublie le fric que tu n’auras pas pour avoir supprimé, a l’instant, des taxes, et si tu accélère la vente des « bijoux de ta fille » (ce ne sont donc pas les nôtres), alors l’embellie est si violente qu’elle te tape dans l’œil, et t’aveugle. Et du coup tu ne vois plus que le fond du trou se creuse.
    Elle est pas belle la vie !

  • Les commentaires sont fermés.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Face à la menace internationale, il est urgent de réinvestir dans nos armées afin de protéger la France et l’Europe et défendre nos valeurs de liberté que les générations précédentes ont acquis au prix de leurs vies. Aussi le président Macron a-t-il dévoilé vendredi les grandes orientations de la future Loi de programmation militaire 2024-2030, augmentant les budgets d’un tiers. Mais augmenter les budgets est une chose, dépenser l’argent public avec efficacité en est une autre…

Si, selon Clémenceau, la guerre est une affaire trop série... Poursuivre la lecture

Par Romain Delisle. Un article de l'IREF France

Au mois de mars dernier, un rapport d’une commission d’enquête diligentée par le Sénat avait jeté un pavé dans la mare. Il s’agissait d’examiner les prestations à caractère intellectuel fournies par les grands cabinets de conseil à l’État, pour une somme annuelle avoisinant le milliard d’euros. Par nature, elles sont subjectives et sujettes à caution. Toutefois, ce coup de projecteur plutôt négatif sur les activités externalisées de l’État a fait un peu vite oublier l’intérêt que pouvait ... Poursuivre la lecture

Le président de la République, le ministre de l’Économie, le ministre de l’Éducation nationale, le ministre des Transports, le ministre de l’Intérieur et sept autres ministres ! Au moment où tout ce que la France compte de socialistes, de communistes, de trotskistes, de staliniens et d’anarchistes déferle sur paris au cri de « Ça va péter ! Ça va péter ! Ça va péter ! », le chef de l’État et onze des ses ministres - dont les plus essentiels à la résolution de cette crise - se lancent dans le tourisme technocratique à Barcelone.

 <... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles