Déficit public : une embellie en trompe-l’œil

Bruno Le Maire 2011 by UMP Photos(CC BY-NC-ND 2.0)

Contrairement à ce qu’indique le gouvernement, les dépenses publiques continuent d’augmenter.

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Messieurs Darmanin et Le Maire se sont vantés d’un déficit public ramené à 2,5 % sur 2018 contre 2,7 % prévus par la loi de finances initiale et d’une dette publique stabilisée à 2 315 milliards d’euros, soit 98,4 % du PIB. Faut-il vraiment s’en réjouir ?

Certes, apparemment les chiffres sont plutôt encourageants. Mais ils masquent une autre réalité.

En fait, le déficit public 2018 est dégradé de 0,2 point par rapport à l’actualisation du budget qui avait été faite par le gouvernement dans le cadre du programme de stabilité transmis au mois d’avril 2018 à la Commission européenne. Contrairement à ce qu’indique le gouvernement, les dépenses publiques continuent d’augmenter. Selon le rapport public annuel de la Cour des comptes sur la situation d’ensemble des finances publiques, publié en février 2019, la dépense publique a progressé en volume, donc indépendamment de l’inflation, de 0,7 % en 2018.

Par ailleurs, il est agréable de constater que notre déficit est inférieur aux 3 %  fixés dans le marbre de Maastricht et que la France ne savait plus respecter. Mais ce taux de 3 % imposé de manière arbitraire est désormais dépassé, et heureusement, car il n’était pas suffisamment rigoureux.

Déficit structurel

Les critères européens prennent en compte maintenant l’évolution du déficit structurel, c’est-à-dire du déficit établi en dehors des fluctuations de la conjoncture. Ce déficit structurel mesure la tendance de fond du budget, il s’agit du déficit relatif aux éléments permanents de l’économie. En France il a été de 2,3 % en 2018, équivalent à celui de 2017. Ce qui signifie que les éléments structurels du déficit français sont restés les mêmes.

Pourtant, selon les critères européens, ce déficit structurel aurait dû être réduit de 0,5 point a minima. Il n’en a rien été et il n’en sera rien pour 2019. Le déficit global de 2019 augmentera même sérieusement. Il est prévu à 3,2 % dans le budget voté en décembre dernier. Mais il risque d’être plus élevé par suite de la dégradation de la conjoncture et des mesures Gilets jaunes.

La réalité est que tant que le déficit public restera supérieur, en pourcentage du PIB, au taux de croissance de l’économie, de manière fondamentale et sous réserve de divers ajustement techniques, l’endettement public de la France continuera de croître. Et de manière tout aussi évidente, le seul moyen de réduire le déficit et l’endettement est de réduire les dépenses publiques en volume, ce dont le gouvernement semble incapable.

Pourtant d’autre pays ont réussi. En 2007, la dette publique de la France, de l’Allemagne et de la zone euro était aux alentours de 65 % de leurs PIB respectifs. En 2018, l’Allemagne est revenue à un taux d’endettement de 60 % de son PIB et elle sera en dessous cette année. La moyenne de la zone euro est pour sa part inférieure à 87 % en 2018. Pourquoi la France ne parvient-elle pas à faire de même ?

Méthodes insuffisantes

Dans le cadre de sa Révision générale des politiques publiques (RGPP), Sarkozy a cherché à réduire le nombre de fonctionnaires avec la règle d’un seul remplacement pour deux départs. Macron préfère transformer d’abord la fonction publique pour réduire ensuite la dépense, ce qui expliquerait son retard à baisser les dépenses en attendant la réforme du statut de la fonction publique et autres restructurations des dépenses publiques. Ces deux méthodes sont sans doute utiles, voire nécessaires, mais ne suffiront pas. Il n’y aura pas de réduction importante et durable des dépenses publiques sans réformes plus structurelles encore.

Plutôt que de centraliser toutes les fonctions sociales, comme le fait Emmanuel Macron, il faut au contraire les ouvrir à la concurrence. Permettons à chacun de s’assurer socialement auprès de la compagnie ou mutuelle de son choix pour sa maladie, sa retraite, son chômage… Il sera responsabilisé et cherchera à réduire ses frais, comme en matière d’assurance automobile.

Donnons aux parents un bon scolaire à remettre à l’école de leur choix pour la scolarité de leurs enfants et gageons qu’ils choisiront abondamment les établissements privés, aujourd’hui bridés dans leur développement et dont le coût par élève est pourtant environ deux fois moindre que celui du public. Ces réformes apprendraient à tous l’exercice de la liberté en même temps qu’elles redonneraient du pouvoir d’achat aux Français par la réduction du prix des services offerts.

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