Gilets jaunes : la répression en guise de réponse

Gilets jaunes acte IX — Olivier Ortelpa, 2019, CC BY 2.0

Aujourd’hui, le gouvernement fait appel à l’armée. La réponse aux revendications des Gilets jaunes n’est plus politique : elle est une démonstration de force.

Par Olivier Maurice.

Le 17 novembre 2018, un bon nombre de Français se retrouvaient sur des ronds-points pour clamer ensemble cette revendication : « le prix des carburants est trop élevé ». Une immense majorité de la population acquiesçait à ce constat.

Mais qu’est-ce qui est donc si compliqué à comprendre dans une phrase aussi simple que « le prix des carburants est trop élevé »  et qui fait que quatre mois plus tard, on en est arrivé à une telle pétaudière et une telle panique de l’exécutif qui ne sait plus quelle mesure prendre pour faire cesser ce mouvement et les débordements qui l’accompagnent ?

Tourner autour du pot

Est-ce que l’on pouvait avoir des doutes sur la nature du problème ? De toute évidence non, puisque c’était une décision consciente, planifiée et annoncée d’augmenter les taxes et donc le prix des carburants. Pas de cause cachée ou d’effet pervers : une simple règle arithmétique simplissime suffisait pour comprendre que quand on augmente le pourcentage de taxes qui frappent un produit, le prix de celui-ci augmente mathématiquement.

Est-ce que l’on devait se poser des questions sur l’ampleur de la contestation ? De nouveau, aucunement : il suffisait de compter le nombre de ronds-points bloqués et de consulter les sondages pour se rendre compte que ce constat n’était pas le fruit de l’imagination de quelques olibrius, mais un avis plus que largement majoritaire.

Non, le pouvoir a simplement décidé de ne pas remettre en question le bien-fondé de sa décision.

Tentatives après tentatives

Et donc, tout y est passé pour tenter de relativiser le mouvement : des explications sociologiques sur la France périphérique aux théories du complot sur une possible instrumentalisation, de la récupération d’extrême-droite à la déstabilisation d’extrême-gauche, de la tentation populiste au manque de pédagogie. La machine à créer des fantasmes et des éléments de langages a fonctionné à plein régime.

Évidemment, cela n’a pas suffi et il a donc fallu appeler à la rescousse la nébuleuse des corps intermédiaires qui gravitent autour du pouvoir depuis des décennies et qui piétinaient de ne pas être consultés pour donner leur avis, faire valoir leur opinion et tirer la couverture à eux. La crise est alors devenue sociale et se réglerait comme d’habitude par un large arrosage d’argent public.

Mais rien n’y a fait. La brèche entrouverte dans l’orthodoxie budgétaire a juste fait penser à certains que les vannes à subventions, allocations et minimas sociaux étaient grandes ouvertes et qu’il suffisait de continuer à manifester pour obtenir encore plus.

On a alors appelé à la rescousse l’ingénierie collaborative. On a fait un grand débat. On a collecté des millions de contributions, des milliards d’avis et de propositions, des myriades d’idées, bonnes ou totalement farfelues. On a tout mis dans un grand pot et on a promis qu’il en sortirait un génie.

Peut-être.

Le sécuritaire pour masquer l’échec politique

Mais les vitrines continuent à être cassées, les barricades à être enflammées, le désordre à régner le samedi après-midi.

On donc on légiféré. Comme si les restrictions des libertés prises dans la pérennisation de l’état d’urgence ne suffisent pas, comme si les lois ne sont pas assez nombreuses, comme si une loi allait effrayer les casseurs. Comme si les casseurs respectaient la loi.

On en appelle maintenant à l’armée. On limoge des préfets. On promet une réponse ferme aux débordements. On se dresse à la tribune avec un air viril. On dramatise la République en danger.

Tout le monde a bien compris que l’on se rapproche tranquillement de la bonne vielle bavure, du tabassage en règle, voire même de la bataille rangée.

Quelle sera la prochaine étape dans l’escalade ?

Surdité et arrogance

Tout ce fiasco montre avant tout le décalage entre les attentes des citoyens et la réponse des pouvoirs publics. Là où les gens posaient une question économique, il leur a été répondu par la politique.

À une question simple — « le prix des carburants est trop élevé » — aurait dû suivre une réponse tout aussi simple : baisser les taxes sur les carburants et imposer aux ministres de faire ruisseler ce message dans leurs services > il y aura moins d’argent public l’année prochaine > débrouillez-vous pour faire des économies.

Cette réponse était d’autant plus attendue que nombre de Français avaient cru voir en Emmanuel Macron une personne qui comprenait l’économie. Son parcours, ses discours pendant la campagne présidentielle pouvaient faire penser qu’il y avait quelque chose de l’homme d’affaires en lui.

Mais Emmanuel Macron n’est pas Donald Trump. Il se revendique même à l’opposé. Son schéma de pensée est politique, absolument pas économique : l’économie n’est pas noble, l’économie est populiste, mensongère et rétrograde. La manière dont il écarte toute considération économique dans sa tribune européenne est symptomatique.

La crise des Gilets jaunes a surtout révélé que l’image qu’Emmanuel Macron s’était construite lors de la campagne. Celle d’un président qui tirerait la France hors du marigot économique et budgétaire dans laquelle elle se trouve depuis des années, n’est dans le fond que l’imposture d’un slogan marketing.

Elle confirme la part bien trop importante qu’a pris la politique dans la vie des gens, l’incapacité des élites à corriger cette dérive, ainsi que l’exaspération de voir se succéder à la tête de l’État des personnes incapables de remettre en marche l’économie du pays.