Violence envers les élus : conséquence funeste d’un verrouillage démocratique

Comment expliquer la hausse inquiétante des violences envers les élus locaux et les démissions qui en découlent ?

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Violence envers les élus : conséquence funeste d’un verrouillage démocratique

Publié le 18 mai 2023
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Le 17 mars dernier, la ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales et de la Ruralité, Dominique Faure, recevait plusieurs maires, dont celui du petit village de Montjoi, Christian Eurgal, pour un temps d’échange consacré aux violences envers les élus. L’édile de ce village aux 165 âmes situé en plein cœur du Tarn-et-Garonne est en effet actuellement dans la tourmente après plusieurs années de bataille juridique contre un éleveur de porcs excédé l’accusant de conflits d’intérêts et condamné à du sursis en septembre dernier pour séquestrations. L’agriculteur avait en effet essayé de confronter le maire après plusieurs années de tentatives d’explications sur une situation qui met à mal son exploitation.

Mise en lumière récemment par deux vidéos du satiriste star de la droite radicale Papacito, l’affaire interroge sur la véritable violence que subissent, chaque jour, des élus de la République.

Loin de quelques échanges virils et d’une satire bienvenue dans un pays qui se dit démocratique, les authentiques agressions dont sont victimes les élus locaux ne cessent pourtant d’augmenter.

Selon l’Observatoire des agressions mis en place par l’Association des maires de France (AMF), ces violences ont augmenté de près de 15 % sur la seule année 2022, qu’il s’agisse d’outrages (50 %), de menaces (40 %) ou de violences (10 %).

Une situation qui interroge sur l’état de la culture démocratique hexagonale et dont la clef se trouve sans doute dans l’instauration d’institutions rendant enfin aux électeurs leur pouvoir de décision.

 

Un domicile incendié

Outre les violences, les démissions de maires sont, elles aussi, en hausse. Selon le ministère de l’Intérieur qui a publié des chiffres en avril, depuis 2020, ce sont près de 3,7 % des 35 000 magistrats municipaux qui ont décidé de quitter le navire.

Le dernier cas médiatique en date n’est autre que celui de Yannick Morez, maire divers droite de Saint-Brevin-les-Pins (Loire-Atlantique), démissionnaire le 9 mai dernier après que son domicile a été incendié et dénonçant le « manque de soutien de l’État ».

En réaction, l’exécutif a évoqué une volonté de mieux protéger les maires et la solidarité du président de la République envers tous ceux qui sont aujourd’hui dans le même cas.

Mais la gauche a dégainé le plus vite, dénonçant le résultat d’une haine d’extrême droite.

Depuis la fin de l’année dernière, la commune de la banlieue nantaise est la cible de la droite dure après l’annonce du projet d’installation d’un centre d’accueil pour les demandeurs d’asile (CADA) à proximité d’une école, et sans aucune consultation des riverains.

Le 22 mars, le domicile de l’édile était incendié sans qu’à ce jour, l’enquête ouverte par le parquet de Saint-Nazaire ne permette d’identifier les auteurs ni leurs liens supposés avec les manifestations anti-CADA…

Peu de temps avant l’audition du désormais ancien maire de Saint-Brevin par la commission des lois du Sénat, le président de l’AMF David Lisnard a appelé à une remise en question de la réponse pénale apportée à ce type de faits.

 

Les conséquences d’un verrouillage démocratique

Pourtant, le mal est bien plus profond.

Interrogé par nos confrères du journal Le Monde, le politologue Luc Rouban constate une légitimation de la violence comme mode d’expression politique.

L’affaire n’est pas sans faire écho au contexte politique hexagonal, dont les Gilets jaunes de 2018 n’ont été que le révélateur. Les élus locaux sont en effet pris en tenaille entre les passions populaires et l’autoritarisme grandissant de la structure étatique.

Disons-le une fois pour ne plus avoir à le redire : rien ne justifie la violence, quelle qu’elle soit, ni aujourd’hui ni jamais. Ceci étant dit, tenter d’en comprendre les causes ne signifie en rien les justifier.

Si nous voulons en finir avec cette violence, nous devons en comprendre la logique. Cette dernière est simple : l’État augmente progressivement la pression fiscale et réglementaire sur les individus en leur refusant les modes d’expression démocratiques les plus basiques que sont, par exemple, les référendums, que la France n’a plus connus nationalement depuis bientôt 18 ans. La seule élection qui ait du poids est celle du président de la République, les élections européennes étant trop abstraites et les scrutins locaux faisant élire des maires généralement animés par l’envie de bien faire, mais dont les prérogatives sont réduites d’année en année.

De fait, ce centralisme autoritaire crée de la tension dans le pays. Les Français ne peuvent plus exprimer leur mécontentement de façon républicaine et civilisée. La conséquence, nous la trouvons aujourd’hui malheureusement en face de nous.

 

Une réponse démocratique

La réponse à cette violence tient donc en un mot : démocratie. Une démocratie soutenue par une Constitution stricte, appliquée de manière rigoureuse, et servant à ce pour quoi elle est écrite : définir un socle de valeurs communes, dénominateur commun à l’immense majorité d’un peuple, à partir desquelles organiser un pouvoir le plus démocratique possible.

La montée des populismes et celle des violences envers les élus ne sont que les manifestations du même mal : un système politique cadenassé et verrouillé à double tour dans lequel les élites politiques s’enferment et se calfeutrent par crainte de devoir assumer les conséquences démocratiques de leurs actes, et en particulier lorsque ceux-ci ont été exécutés sans que leurs électeurs, également contribuables et donc financeurs des politiques publiques, n’en n’ont approuvé la moindre virgule.

 

Voir les commentaires (25)

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  • Eh bien non, la démocratie, toute souhaitable qu’elle soit par ailleurs, n’a rien d’une solution. Mettre fin à l’impunité et surtout aux louanges médiatiques envers ceux qui savent mieux que tout autre, du haut de leur QI de 80 dans les bons jours, ce qu’il faudrait faire et sont fiers de le défendre par la violence s’il le faut, aurait bien plus d’effet.

    • Vous parlez de qui ?
      Qi de 80 ca fait penser a la carte mondial du qi

      • Je parle de celles et ceux qui ont manifestement et individuellement un QI bien inférieur à la moyenne, ce qui se voit dans leurs propos quand on leur tend un micro. On peut sans doute y ajouter ceux qui auraient l’idée farfelue de cartographier le QI.

    • ça fait monter la tension et alors risque de mai 68 !

    • Regardez dans un miroir, votre raisonnement est exactement celui qui génère le problème.

      • Merci de préciser ce que vous reprochez à mon argument. Je ne vois pas en quoi éviter la complaisance envers les propos dénués de logique et d’intelligence pourrait causer des violences envers les élus, mais je suis prêt à entendre vos arguments.

    • Si, c’est une solution, mais encore faudrait-il que les électeurs s’en servent, arrêtent de voter toujours pour la même bande de politiques qui se sentent intouchables, arrêtent de s’abstenir.

      • Il faudrait surtout que les électeurs encouragent par leur bienveillance des candidats honnêtes et de bon sens à se présenter. Aujourd’hui, le bon sens le plus élémentaire commande justement de ne pas le faire quand on est honnête et loyal…

        • Oui, mais les électeurs ont toujours peur de changer de candidats. Ils préfèrent ceux qui échouent à coup sûr plutôt que ceux qui peut-être échoueraient selon les dires de ceux qui échouent.

  • L’auteur écrit: « rien ne justifie la violence, quelle qu’elle soit, ni aujourd’hui ni jamais. »
    Vraiment?
    Et dans ce cas pourquoi s’évertue-t-il ensuite à la « comprendre ».

  • On parle beaucoup des maires mais peu des conseils municipaux. Le conseil municipal a perdu son statut d’aristocratie (ou « d’académie ») locale. Il s’affirme de plus en plus comme un groupe qui « suit » ou « aide » le maire et n’a plus le moindre contrôle sur lui.
    C’est un recul de la démocratie et cela contribue à faire du maire la cible du mécontentement.

  • Les pourcentages cités au début de l’article ne sont peut-être pas plus élevés que ceux que subit la population dans son ensemble : je compatis donc au sentiment d’insécurité ressenti par les élus locaux. Ne peuvent-ils plutôt être heureux de leur privilège de tirer de l’argent du néant (les poches de ceux qui ne sont rien) pour arroser des associations et construire des ronds-points ou d’autres lubies que personne n’a demandées ?

    • J’ai cru comprendre que les ronds-points (alias carrefours giratoires) sont tellement subventionnés de toutes parts que leur construction rapporte des piastres à la commune. Ce qui expliquerait qu’on voie tellement de ronds-points connectés à rien du tout au milieu d’une ligne droite.

  • Ah! Le Référendum . La nouvelle panacée qui va régler tous les problèmes et il y en a. Et ce déficit de Démocratie qui s’effacera d’un seul coup d’un seul grâce à la suprématie redonnée à nos « valeureux » députés qui décideront bien. Avantage quand même ils mettront du temps à nous pondre de nouvelles lois surtout si elles sont importantes. Pour les autres ils pourront s’en donner à coeur joie. Sauf que la source du Mal est bien là : L’omniprésence de l’Etat pour tout, partout et même au fin fond de la Campagne. Votre quotidien (même dans des détails) est désormais dicté par un arrêté, une décision, une obligation, l’autorisation/l’interdiction d’un (de) fonctionnaire(s) lambda sans oublier bien sûr sa surveillance plus ou moins exacerbée selon que votre tête…… Alors il est sûr que le vase étant plein à ras bord, la goutte supplémentaire peut faire des ravages.

    • Oui tout à fait. L’état (les hommes d’état) usent et abusent de la force. On l’a vu avec le confinement, avec quel zèle le forces de l’ordre on appliqué les obligations de stay-at-home qui n’avait aucune légitimité scientifique.
      Que l’état nous fiche la paix. Fort avec les faibles, faible avec les forts, où l’état recule devant des zadistes.
      On paiera pendant longtemps le précédent de NDDL.

      • Oui d’accord mais le Diable se cache toujours/très souvent dans les détails. Cette omniprésence dans le quotidien pour un abri à bois, une fenêtre, un accès à tel endroit déclaré zone protégée etc , un arbre coupé ou à planter ainsi que même la visite de 2 fonctionnaires qui viennent vous apporter la sainte parole (ou surveiller) Plantation sans que vous n’ayez rien demandé, ni fait d’ailleurs; l’assainissement, le machin, le truc, vos déchets jardiniers (achat d’une carriole, d’ une carte (d’autorisation) pour la déchetterie, 8km allée/8km retour + attente etc ; les poubelles qui ne sont plus relevées qu’une fois par semaine et encore si vous êtes situé sur une route départementale, autrement Poubelle Machin à tel endroit (2km +2km) et pour tout le monde poubelle Truc à tel autre (4km +4Km). ET j’en passe et des meilleures. C’est lancinant, permanent, insupportable et ça finit effectivement par rendre nerveux ….outre le reste.

  • Le Peuple a le droit de se prononcer… pourvu que ce soit dans le sens que les politiciens veulent.
    Cela me rappelle ce qui disait Ford:
    -Je suis d’ accord que le client choisisse la couleur de la voiture pourvu qu’ elle soit noire. »
    Cela dit, au Portugal, on nous avait promis un referendum pour la Constitution Européenne (Traité de Lisbonne). Et ensuite … rien du tout. Il ne valait pas la peine !

    • @Vasco de Gama
      Bonjour,
      Nous avons eu un référendum en France concernant la Constitution européenne. Le résultat a été un refus à 55%. Nicolas Sarkozy, alors président, est allé à Lisbonne pour signer l’accord.

  • La violence est inévitable face à l’oppression, car c’est bien de cela qu’il s’agit. Une oppression qui s’exerce par des moyens indirects, administratifs, fiscaux et moraux, qui se prétend démocratique en étant toute de manipulation et de pressions, de chantages, entraves, vexations, et incohérences continuelles. Une oppression qui bâillonne, étouffe, harcèle, contraint, sclérose, qui fait peser sa présence et son poids dans tous les gestes quotidiens. Une oppression qui se rend inévitable, inattaquable, insaisissable, parce que toujours sous le prétexte de la loi, de la norme, de la sécurité, de l’organisation et du contrôle de toutes les nécessités vitales, comme une mère étoufferait son enfant sous ses soins envahissants, excessifs, abusifs, toujours sous l’excuse qu’elle est sa mère, qu’elle l’aime et fait tout ça pour son bien.
    Et sous le joug de cette oppression, qu’on ne peut pas fuir, qu’on ne peut pas renverser par les moyens légaux et pacifiques parce qu’ils sont déjà au service de cette même oppression, il ne reste plus que la violence comme réponse. C’est ainsi que dans ce contexte, la violence est la réaction légitime, et qu’elle ne fera que croître tant que l’état oppresseur ne cessera pas, tant que l’état ne se retirera pas de tous les domaines où il n’a rien à faire, l’éducation qu’il a complètement dévoyé, la santé qu’il a complètement soumis aux intérêts pharmaceutiques, la culture, l’économie, la propriété qu’il vide peu à peu de son sens pour la soumettre toujours plus à ses normes et réglementations, depuis notre naissance jusqu’à notre mort, où même mort, l’on continue néanmoins d’être taxé et réglementé.

  • Amusant. Il faut protéger les élus contre la violence mais pas les autres citoyens qui, lorsqu’ils sont victimes d’agressions voient au mieux le coupable punit de l’énorme peine de « rappel à la loi » et au pire la police leur dire qu’elle ne peut rien faire.
    Pour revenir à cet élu, s’il n’était pas d’accord avec ce centre, il n’avait qu’à manifester. Il sait très bien que le sujet d’accueil des migrants en France est rejeté par une majorité de français de tout bord (sauf les anarchistes LFI). Les élus savent aussi se comporter comme des cheffaillons autoritaires qui n’ont que faire de l’opinion de leurs concitoyens (ex A. Hidalgo).
    Tant que la violence sera autorisée pour le citoyen lambda, les élus en seront aussi victimes.

  • Avatar
    jacques lemiere
    18 mai 2023 at 18 h 33 min

    la logique collectiviste est enclenchée..les libertés s’menuisent de façon presque automatique…

    nous avons un pays où la majorité applaudit quand on « emmerde les emmerdeurs. ». sauf que un jour o l’autre tout e monde y passe..

    si j’apprécie une tirade sur la violence » inacceptable.. il faut rappeler que quand on construit une tyrannie fut elle de bonne intention, c’est à dire qu’onprive les gens de leurs libertés et qu’on spolie leur propriété la violence est la seule chose qui reste pour se défendre..

    alors il ne faut pas s’étonner..

    on applaudit aux zad…
    a

  • Il n’y a pas de démocratie en France.
    Vu que le président est déclaré « elu » avec 6 citoyens sur 10 qui ne lui donnent pas de voix, il n’y a pas de démocratie.
    Quand la plupart des députés n’obtiennent que les voix de 2 citoyens, voire 3, sur 10 et qu’ils sont « elus », il n’y a pas de démocratie. Aucun n’a eu ne serait-ce que 50% des voix des inscrits.
    Quand la majorité ne donne pas sa voix à un candidat, le candidat ne peut être élu.
    Et les maires… et bien vu les résultats de la maire de Paris, il n’y a pas plus de démocratie.

    Un truc inexistant ne peut pas fonctionner et ne peut pas être tenu pour responsresponsable des méfaits qui lui sont imputés.

    La majorité des Français ne voulait pas de Macron en 2017, encore moins en 2022, (ni de ses prédécesseurs d’ailleurs hormis l’exception Chirac en 2002), ni des députés qui posent leurs séants à l’A.N.

    Actuellement, ce qu’on nous vend comme de la démocratie se résume à demander 10 personnes comlent elles voudraient être exécutées : par pendaison ou par peloton. 4 votent pour le peloton et 2 pour la pendaison. Ce sera donc peloton pour les 10.
    Évidemment, les 4 qui n’ont pas choisi se verront incriminées de n’avoir pas « voté ». Sans compter le fait qu’elles n’auront évidemment pas les moyens de contester le vote.

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