François Hollande va rééditer une version complétée de son livre

Pourquoi le livre de François Hollande se vend-il aussi bien malgré l’incompétence de son auteur ?

Par Claude Robert.

Jean Baudrillard attachait beaucoup d’importance aux saillies de la société car il estimait qu’elles sont révélatrices de ses désordres intérieurs. Bien que cela ne soit pas une saillie à proprement parler1, le succès en librairie du livre de François Hollande, le plus mauvais président de l’histoire récente du pays, s’en approche énormément. Comment en effet un évènement aussi improbable qu’immérité puisse malgré tout se produire ? Ne trahit-il pas une véritable naïveté de la part de nombreux électeurs, si ce n’est une incompétence redoutable en économie, voire pire encore, un mépris total pour celle-ci ?

Hollande, le Gamelin de l’économie

Il y a quelques années, dans les colonnes de l’hebdomadaire Le Point (01/08/13), Nicolas Baverez avait vertement comparé Hollande à Gamelin. Auréolé d’un certain prestige suite à ses faits d’armes durant la première guerre mondiale, le général Maurice Gustave Gamelin s’était hélas illustré de façon dramatique au début de la seconde. Ses sinistres résultats pendant la bataille de France de 1940 laissent une tâche indélébile dans les livres d’histoire. De retour de captivité, après la libération, l’ancien militaire avait alors écrit ses mémoires2 afin de se réhabiliter. Au moins éprouvait-il du remords, ce qui semble le différencier de Hollande dont le livre Les leçons du pouvoir n’évoque que des mea-culpa anecdotiques3, sans aucune relation avec les véritables raisons de son échec, son socialisme aveugle et compulsif.

Ainsi que le résume l’Encylopaedia Universalis : « persuadé que les Allemands vont reprendre le plan Schlieffen (attaque par la Belgique), Gamelin a préparé plusieurs plans de contre-offensive. Le déferlement de la guerre éclair tandis que la quasi-totalité des armées françaises est bloquée en Belgique révèle l’étendue du désastre et la carence du généralissime. Limogé par Reynaud le 17 mai et remplacé par Weygand, Gamelin est interné au fort du Portalet ».

Le contexte actuel n’est certes pas le même. L’échec de ces deux hauts responsables français n’en demeure pas moins comparable car il revêt de puissantes similarités :

  • Il s’agit un échec personnel derrière lequel leur auteur ne peut en aucun cas se défausser sur quelqu’un d’autre ;
  • Il s’agit d’un échec aux conséquences nationales : dans un cas, l’Allemagne a écrasé l’armée française, avec des pertes colossales, dans l’autre, la France a décroché du reste de l’Europe en manquant totalement la reprise économique post crise bancaire, avec comme résultat des dégâts sociaux considérables.

Petit rappel salubre sur les exploits de François Hollande

« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre », a déclaré Winston Churchill. Comment se fait-il que le bilan de Hollande ne soit pas unanimement dénoncé ? Celui-ci n’était-il pas suffisamment mauvais ? Faut-il rappeler en quelques chiffres l’intensité des dommages occasionnés ? Dont acte :

  • pendant la durée de son mandat, Allemands et Anglais ont perdu respectivement 500 000 et 400 000 chômeurs tandis que leur nombre s’est accru chez nous jusqu’à +1 132 0004 (un million cent trente deux mille, vous avez bien lu) !
  • alors que le nombre d’emplois précaires est resté stable chez nos voisins Allemands et Anglais, il s’est accru de +700 000 chez nous !
  • pendant cette même période, Allemands et Anglais ont vu leur salaire progresser en moyenne de +2,1% de plus que chez nous !
  • malgré la forte hausse des impôts, l’État français s’est débrouillé pour faire gonfler sa dette de +4,1% par rapport à la moyenne européenne !

L’échec de Hollande est donc total5 et relève même de la gageure. Comment est-il en effet possible d’échouer aussi fortement en période de reprise économique ? Comment se tromper à ce point alors que toutes les économies européennes sont imbriquées entre elles6 et qu’il suffisait de ne rien faire de particulier pour bénéficier du mouvement de recovery général ? Comment engloutir autant d’argent prélevé sur le dos des Français sans obtenir le moindre résultat positif ?

La réponse est aussi triste qu’inacceptable : sur les conseils de son futur ministre de l’Économie, devenu depuis notre actuel président (encore une autre saillie), Hollande a bêtement et massivement augmenté la pression fiscale au moment même où il fallait au contraire relâcher la bride en attendant que les agents économiques se refassent une santé… Cette faute est d’ailleurs d’autant plus impardonnable qu’elle a été commise dans un pays dont tout le monde sait qu’il se trouve déjà depuis longtemps au sommet du hit-parade mondial des prélèvements de toutes sortes ! Dans une zone dont la toxicité est chaque année corroborée par les chiffres de l’emploi et de la croissance !

Mais revenons au livre de Hollande : son succès en librairie est tel qu’il appelle une prochaine réédition complétée (on s’en doute, avec gourmandise) par l’auteur. Quelle peuvent donc bien être les motivations qui poussent des Français à faire la queue dans des librairies pour obtenir un exemplaire dédicacé par notre Gamelin de l’économie ? Pourquoi ce livre se vend-il aussi bien malgré l’incompétence de son auteur ?

La France, monarchie communiste réfractaire à l’économie ?

Deux motivations, qui ne s’excluent pas l’une l’autre, bien au contraire, sont très probablement à l’origine de ce succès :

  • l’attrait pour l’élite, vieille posture des sujets royaux, est un puissant moteur psychologique. Quoi qu’elle fasse, l’élite attire, éblouit le peuple et le fait rêver. Encore plus lorsque celle-ci fraie avec le showbiz, se fait surprendre dans ses rendez-vous amoureux par les paparazzis et accumule les ruptures tonitruantes avec règlements de comptes par médias interposés. Sans doute est-ce un très vieux réflexe monarchique qui traîne dans notre inconscient collectif et qui fait que notre président, aussi désastreux soit-il, reste perçu comme l’était un Prince dans son royaume ou comme un seigneur du Moyen Âge : une espèce de dieu vivant, un être d’extraction supérieure, une sorte de ruban attrape-mouche sur lequel viennent se cristalliser les rêves de millions de courtisans et de fleurs bleues refoulés.
  • la faible compréhension de l’économie qui caractérise l’Hexagone7 fait qu’in fine, quelques mois ou années après les dégâts causés, seuls restent dans l’esprit de nombreuses personnes une expression, un visage, une mimique pleine d’humanité qui efface tout le reste et qui laisse croire et dire que finalement, « il n’était pas aussi mauvais que cela », que « c’était un bon président », qu’il « a l’air gentil » ou plus toxique encore, « qu’il est généreux puisqu’il promet de prendre l’argent aux riches ». Tout ceci bien évidemment dans le dédain le plus total des faits avérés.

Ces faits, d’ailleurs, qu’une partie non négligeable de Français ignore superbement. Ainsi, les personnes étanches à l’économie ne peuvent même pas en vouloir à ce président le plus calamiteux que le pays ait connu depuis longtemps ! Quant aux autres, ce souvenir de la catastrophe était si peu prégnant qu’il s’est déjà évanoui pour laisser la place à une perception toute affective et primaire du coupable : un Flanby sans aspérité, un gros bisounours idéalement intentionné, prêt à s’occuper du peuple souffreteux et à lui distribuer des cadeaux du haut de son trône de souverain.

Tout cela est désespérant. Dans l’une des librairies dans laquelle il dédicaçait son livre, voyant la file d’attente de gogos avides de récupérer un exemplaire signé de sa noble main, Hollande se serait écrié : « c’est incroyable comme je plais. Je vais réfléchir à mon retour ». Après la saillie qui a permis à son ancien ministre de l’Économie Macron de gagner l’Élysée, et au vu des résultats de celui-ci, Hollande possède en effet toutes ses chances pour revenir au pouvoir !   

 

Sur le web

  1. Au sens de déviance comme l’entendait Baudrillard.
  2. « Servir »
  3. Lire à ce sujet l’article de L’Obs du 10 avril 2018.
  4. Il s’agit du pic atteint mais le reflux qui a suivi est resté marginal, ce qui fait que le différentiel avec nos voisins pendant le mandat de Hollande est considérable !
  5. Sans compter les 240 morts du terrorisme sur le territoire national, mais les responsabilités directes sont plus délicates à isoler…
  6. Environ 70 % des importations et des exportations se font avec l’Europe ! Normalement, à moins de le faire exprès, quand l’Europe va, la France va !
  7. Régulièrement, les études comparatives européennes montrent la médiocrité des Français dans ce domaine.
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