Hollande Gayet : les oreillers de la présidence

Quand on est un homme public, a fortiori un chef d’État, la vie privée peut avoir une influence sur la vie publique. Il ne peut donc y avoir de respect total de la vie privée.

Par Phoebe Ann Mo$e$.

Oreillers (Crédits : Just Luc, licence Creative Commons)François Hollande, le Président qui se voulait normal a été pris en flagrant délit de visite à une actrice, Julie Gayet. Qu’il soit un citoyen comme les autres ou pas ne change rien au traitement de cette affaire : il est Président de la République, et en tant que personne élue il est logique et même souhaitable que le public connaisse un minimum sa vie privée. Il est vain de se demander si oui ou non c’était utile de publier cette information : le fait existe, les médias d’aujourd’hui sont ce qu’ils sont et tout le monde doit faire avec.

Mais le Président de la République demande qu’on respecte sa vie privée. C’est pour le moins une ironie du sort.

Lui Président a fait passer une loi de programmation militaire autorisant l’écoute, le suivi, le stockage des communications privées. Il serait maintenant un peu incongru de sa part de vouloir un traitement de faveur. Surtout quand on se prévaut d’être un citoyen comme les autres. Le citoyen lambda peut être écouté jusque dans sa vie privée, mais le Président ne pourrait pas être regardé ?

Lui Président a trouvé bien arrangeant les critiques à l’encontre de DSK en son temps, qui faisaient valoir qu’un homme inconstant ou immoral ne serait pas d’une fiabilité à toute épreuve s’il avait le pouvoir. Et qui trouvaient les investigations des journalistes bien pratiques. Il est incongru de vouloir maintenant pour soi-même un traitement de faveur. Au passage, les liaisons de DSK étaient pour la plupart passagères ; participer à des parties fines aurait été sans doute moins préjudiciable à la sécurité de l’État que le fait des liaisons qui durent longtemps.

Lui Président a condamné la rétention d’informations à propos de la santé d’un chef d’État. Il serait maintenant incongru de venir nous dire qu’une simple liaison sentimentale ne doit pas être connue de tous. Après tout, ne doit-on pas mettre le peuple au courant des penchants de celui pour qui il a voté ? Pour couper court aux farouches défenseurs de la vie privée des hommes publics, si François Hollande avait choisi comme nouvelle conquête une femme adhérant au Front National, trouverait-on toujours que cette information est superficielle et inutile ? Ou encore s’il avait choisi… un autre homme ? Ne se demanderait-on pas s’il est sous influence, ou s’il n’a pas caché quelque chose d’important au moment d’être élu ?

Oui, il est nécessaire que le public sache avec qui le président partage « ses » oreillers, si c’est une relation durable. Les Français ont la tolérance facile pour ce qui est de la gaudriole. Mais ce qui est acceptable pour une personne anonyme n’est plus vrai quand il s’agit d’un chef d’État. C’est cet homme qui va représenter la France, qui aura le pouvoir d’envoyer des hommes au front, de décider de l’utilisation de l’arme nucléaire. Doit-on baisser poliment les yeux pour faire semblant de ne pas vouloir savoir ?

Quant à la forme que prend cette information, elle est révélatrice : François Hollande aurait pu convoquer quelques journalistes en privé, leur annoncer sa séparation d’avec Valérie Trierweiler, le public aurait été mis au courant dans un communiqué simple et sans détour, et la situation aurait été sainement et sobrement éclaircie. Au lieu de ça, il se fait prendre (volontairement ou non, peu importe) comme un adolescent en goguette au pied de l’immeuble où il va rejoindre sa conquête : il y a, encore une fois, une situation floue non assumée, non expliquée, et où encore une fois, il attend que les choses s’apaisent d’elles-mêmes, se résolvent toutes seules. C’est tout à fait à l’image de quelqu’un qui laisse les événements décider pour lui. Et pour nous.