Valérie Trierweiler : les racines d’une frondeuse

Valérie Trierweiler (Crédits Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Valérie Trierweiler affectionne à rappeler ses origines modestes. Qu’en est-il vraiment ?

Par Carène Tardy

Valérie Trierweiler (Crédits Parti Socialiste, licence Creative Commons)Après la publication de son livre et désormais best-seller Merci pour ce moment, Valérie Trierweiler est devenue millionnaire ! Sept semaines de publication auront suffi à la propulser au sommet de la pyramide sociale. Les chiffres sont là, implacables, le monde de l’édition se frotte déjà les mains,  avec un montant qui avoisine les 9 millions d’euros, la journaliste de Paris Match devrait empocher un chèque de plus de 1,5 million d’euros.

Nous ne sommes pas là pour juger de la morale de cette affaire. Mais à ce stade, il semble intéressant de nous pencher sur les origines familiales de Valérie Trierweiler (née Massonneau) tant les informations recueillies sur le net foisonnent de rumeurs.  Et de répondre à une question essentielle : « Ils sont jojo ou pas les Massonneau ? »

De l’hôtel particulier au logement HLM

Valérie Trierweiler affectionne à rappeler ses origines modestes. Elle a grandi à Angers au sein d’une famille de six enfants dans un lotissement HLM proche de Monplaisir. Son père, Noël Massonneau subvient aux besoins du foyer grâce à sa pension d’invalide de guerre (il a perdu une jambe à l’âge de 13 ans). Son enfance est décrite comme un mélange d’éducation stricte qui s’accompagne d’une grande curiosité intellectuelle, soutenue par un père passionné de lecture. À la mort de Jean-Noël Massonneau, sa femme  trouve un emploi comme caissière à la patinoire de la ville. Jusqu’ici rien de bien captivant…

Pourtant à la suite d’un article publié en 2012 dans Ouest-France, on apprend que la famille Massonneau n’a pas toujours vécu parmi les « sans-dents ». Le quotidien révèle que le grand-père paternel Jacques Massonneau était directeur et co-associé avec Jacques Bordier, de la dernière banque familiale angevine « J. Bordier Fils Massonneau et Cie ». Valérie Trierweiler affirma qu’elle n’était pas au courant et qu’elle avait toujours cru qu’il s’agissait d’une légende familiale. La banque, bien connue des Angevins, était installée dans un hôtel particulier situé rue du mail qui sera détruit en 1975 pour être remplacé par une annexe de l’actuel hôtel de ville.

De la rumeur à la réalité

Il n’en fallait pas plus pour que la toile s’emballe et que les suppositions les plus folles s’entremêlent. Valérie Trierweiler serait richissime suite au rachat de la banque familiale en 1950 par le crédit de l’Ouest. Certains affirment aussi que la famille Massonneau serait actionnaire du Crédit commercial et industriel de l’Ouest depuis cette date. Rappelons-le, si la banque a été rachetée, c’est qu’elle avait fait faillite. Un membre de la famille atteste que Jacques Massonneau aurait été victime de son chargé de pouvoir qui se révéla être un escroc, envolé avec la caisse en Argentine. Pour la famille Bordier, les malheureux associés qui se retrouvèrent ruinés, c’est Jacques Massonneau l’unique responsable de la banqueroute. Soixante-deux ans après les faits, chacun campe sur ses positions et nous ne sommes pas prêts de démêler les fils des événements qui ont conduit au désastre.

Tout juste pouvons-nous rappeler qu’en 1950, la situation était suffisamment préoccupante pour que la banque de France s’alarme et organise le rachat de la banque « J bordier fils, Massonneau et Cie ». Malversations, mauvais placements ou victime d’un escroc, la famille Massonneau évoque avec difficultés cette période, elle conserve une forme de déshonneur. Cette faillite honteuse laisse bien peu de doutes sur la suite des événements, il est en effet peu probable que les Massonneau aient bénéficié de participations dans le crédit de l’Ouest.

Massonneau dans la banque depuis 1880

Il a fallu trois générations pour que les Massonneau se hissent en haut de l’échelle. Après quelques recherches généalogiques, on découvre comment une famille modeste, d’origine rurale a connu une certaine ascension sociale au 19ème siècle grâce au développement bancaire. Théophile Massonneau (né en 1850) devint employé de banque au début de la IIIème République, son fils Léon, l’arrière grand-père de Valérie Trierweiler (né en 1881 à Angers) prit la tête de la banque angevine Bordier avant de s’associer à elle en 1923. Enfin son fils, Jacques Massonneau sera le dernier « banquier » de la famille.

 


  • Jacques Massonneau (1754 – 4 décembre 1793 à Nantes)
    Maréchal-ferrant, soldat vendéen
  • Pierre Jean Massonneau (28 août 1791 – 26 juin 1864 à Beaulieu-sur-Layon)
    Cultivateur
  • Simon Toussaint Massonneau (31 octobre 1817 à Beaulieu-sur-Layon – 23 juillet 1888 à Angers)
    Chef cantonnier
  • Théophile Massonneau (30 novembre 1850 à Beaulieu-sur-Layon)
    Employé de Banque
  • Léon Massonneau (12 novembre 1881 à Angers)
    Directeur de Banque
  • Jacques Massonneau (7 juillet 1907 à Angers)
    Directeur de la Banque « J Bordier fils- Massonneau et Cie »
  • Noël Massonneau (7 décembre 1932- 6 avril 1986 à Angers)
    Invalide de guerre, pensionné
  • Valérie Trierweiler née Massonneau (16 janvier 1965 à Angers)
    Journaliste

 

Un chouan dans la famille

Le plus emblématique ancêtre de Valérie Trierweiler ne se trouve pas vraiment dans les milieux financiers mais plutôt parmi les soldats vendéens, hostiles à la Révolution. En remontant encore quelques générations, on retrouve la trace d’un certain Jacques Massonneau, maréchal-ferrant de Beaulieu-sur-Layon fait prisonnier à Nantes en 1793. À cette période, la guerre civile frappe toute la Vendée, les combats font rage et les prisonniers se comptent par milliers. Les chouans sont alors détenus à Nantes mais très rapidement les problèmes d’intendance et la propagation des épidémies obligent les autorités à intervenir. La décision est prise de vider les cachots ; mais comment se débarrasser de plusieurs milliers d’hommes ? C’est Jean-Baptiste Charrier, membre du Comité révolutionnaire qui imagina un horrible procédé appelé « déportation verticale » consistant à faire embarquer les prisonniers attachés sur des barques pour les noyer au milieu de la Loire.

Le témoignage de deux codétenus laisse  penser que Jacques Massonneau a péri lors des terribles noyades de décembre 1793. Dans le registre d’état civil de Beaulieu-sur-Layon, deux vignerons, Jean Godineau et Jacques Perdriau rapportent son décès le 20 nivôse de l’an 5, soit quatre ans après les faits. Cette déclaration tardive révèle la terreur qui régnait sur la région  puisque les deux compagnons ont attendu que la guerre prenne fin pour sans doute tenir leur promesse et  déclarer la mort d’un chouan vendéen.

« Jacques Massonneau est décédé à Nantes comme prisonnier vendéen le 4 décembre 1793, lesdits Godineau et Perdriau nous ont aussi déclaré qu’ils avaient parfaite connaissance du décès du susdit Jacques parce qu’ils étaient avec lui à Nantes aussi prisonniers vendéens, et qu’ils n’ont pas pu le faire avant ce jour à cause de la malheureuse guerre de la Vendée »

Tiré du Registre d’état civil de Beaulieu-sur-layon (archives départementales de Maine et Loire)

Valérie Trierweiler ignore sans doute tout de ses origines vendéennes mais si nous devions tirer une seule conclusion, peut-être qu’au fond d’elle-même, elle perpétue une certaine tradition familiale qui consiste à se révolter contre le pouvoir en place. L’image de la frondeuse restera sans aucun doute dans les annales.