L’Europe « ultra-libérale » contre la France « ultra-étatiste »

the allmighty euro By: Ryan McBride - CC BY 2.0

Monsieur Macron, ce n’est pas l’Europe qui est « ultra-libérale » mais la France qui est « ultra-étatiste » !

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

Emmanuel Macron s’en est pris à l’ « Europe ultralibérale » et « ouverte à tous les vents », cette Europe « qui ne permet plus aux classes moyennes de bien vivre ». Comme tous ses prédécesseurs – de gauche ou de droite – et comme pratiquement toute la classe politique française, le président charge l’(ultra)libéralisme qu’incarnerait parfaitement l’Europe.

Ces accusations sont du « déjà vu ou entendu ». Si elles avaient été proférées par Marine Le Pen ou Mélenchon, on aurait parlé de populisme. Dans le cas de Macron, de quoi s’agit-il ? De populisme « républicain » ?

Emmanuel Macron se trompe. L’Europe n’est pas ultralibérale et ce n’est pas elle qui empêche les classes moyennes de bien vivre. Constatation basique, l’Europe est variée dans sa construction. Il y a une Europe en faveur de la concurrence, grâce à laquelle nous avons la possibilité de choisir les produits de consommation ou les transporteurs aériens, entre autres. Pour notre satisfaction. L’Europe est aussi en faveur de la discipline budgétaire et des réformes économiques. Dans l’intérêt des contribuables. Ça, c’est l’Europe libérale.

Mais l’Europe est aussi une bureaucratie qui impose trop de normes et de réglementations. Et qui accorde des subventions énormes. Pour la période 2014-2020, plus de 960 milliards d’euros ont été alloués aux fonds européens pour favoriser la croissance et l’emploi. Pour la même période, pas moins de 408 milliards d’euros ont été alloués dans le cadre de la PAC (Politique Agricole Commune). Et la part distribuée aux agriculteurs français se situe autour de 9,1 milliards d’euros par an ! C’est ça l’Europe ultralibérale de Monsieur Macron ?

Répétons-le, notre président se trompe. C’est la France qui est « ultra-étatiste ». Si les dépenses sociales représentent plus de 32 % du PIB (contre 24 % en moyenne dans la zone euro) et si les propriétaires français sont les plus taxés d’Europe (69,7 milliards d’euros prélevés par an contre 13,3 milliards d’euros en Allemagne), c’est dû uniquement à l’incompétence et à l’incurie de nos décideurs politiques. Pas à l’Europe.

Si nous avons plus de fonctionnaires par nombre d’habitants que tous les autres pays européens, c’est parce qu’il n’y a pas eu de réforme de l’État en France. Si notre taux de chômage (9,3 %) accuse un écart de 2,5 points avec celui (6,8 %) de l’UE, et de 5,9 points avec celui de l’Allemagne (3,4 %), ce n’est pas la faute de l’Europe ultralibérale.

Cela fait d’ailleurs plus de 30 ans que la France connaît un chômage de masse élevé, sans réussir à le résorber. Rien n’a été fait ici pour donner de l’air aux entreprises et pour faciliter l’embauche. Le marché du travail français est l’un des plus rigides en Europe et il faudra bien plus que la loi Pacte pour le changer et le rendre attractif.

Si la France est championne d’Europe des dépenses publiques (56 % du PIB contre 46 % pour la moyenne des pays membres) et si notre pays est aussi champion d’Europe des prélèvements obligatoires (en 2017, France ils ont dépassé la barre symbolique des 1 000 milliards d’euros, soit plus de 45 % du PIB), ce n’est sûrement pas à cause de la politique ultralibérale européenne. L’exemple récent de la hausse des taxes sur les carburants prouve que nos hommes politiques, conseillés par les hauts fonctionnaires de Bercy, préfèrent augmenter les impôts plutôt que baisser les dépenses publiques

La chasse aux boucs émissaires est un sport pratiqué régulièrement pas nos décideurs politiques. Il serait temps pour eux de reconnaître leurs propres erreurs et d’agir en réformant le pays.

Sur le web