10 mesures face à l’effondrement de la compétitivité agricole française

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10 mesures face à l’effondrement de la compétitivité agricole française

Publié le 2 mars 2019
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Par Laurent Pahpy.
Un article de l’Iref-Europe

Le succès du salon de l’agriculture témoigne de l’attachement indéfectible des Français à la terre et à la bonne nourriture. Pourtant, l’agriculture française ne fait plus recette sur les marchés internationaux.

Tous les indicateurs de compétitivité sont au rouge depuis plusieurs décennies. Troisième exportatrice mondiale il y a encore 15 ans, la France est passée en sixième position, derrière les Pays-Bas et l’Allemagne.

Évolution des parts de marché des principaux pays exportateurs dans le commerce international de produits agricoles (données OMC)

Sur le marché intraeuropéen, tous les produits (à une exception près) ont vu leurs parts de marché perdre du terrain. Le blé, la volaille et le sucre accusent les plus grosses baisses.

Évolution des parts de marché des producteurs français par produit

Source du tableau : Thierry Pouch (Académie d’agriculture)

Bien qu’il jouisse d’un prestige international, le vin français séduit de moins en moins. En valeur, les viticulteurs français ont perdu un quart de leurs parts de marché par rapport aux années 2000. Entre 2000 et 2015, la part des exportations en volume est passée de 25 % à 14 % des exportations mondiales.

Si certaines causes sont conjoncturelles comme les accidents climatiques, les producteurs souffrent d’un véritable joug administratif qui entrave leur compétitivité. Face à cette situation catastrophique, l’IREF propose dix réformes à mener d’urgence pour sauver l’agriculture française.

1. Produire ce que l’on veut autant que l’on veut

« J’ai de nouveaux clients en Chine, mais je n’ai pas le droit de produire plus chez moi ! » Ce témoignage d’agriculteur est malheureusement courant. Si la politique européenne des quotas a été assouplie, elle n’a pas entièrement disparu dans certains secteurs. L’Union européenne continue par exemple de limiter les plantations de vigne, ce qui réduit les opportunités de croissance.

2. Garantir la liberté d’entreprendre en supprimant le contrôle des structures

Toute personne qui s’installe ou agrandit une exploitation est soumise à une autorisation d’exploiter. L’agriculteur doit respecter le schéma directeur régional des structures et s’il s’en écarte, il doit passer devant une commission digne d’un conseil soviétique, composée de syndicats et de concurrents, pour évaluer si son projet est acceptable.

3. Mettre fin à l’omerta des SAFER en les supprimant définitivement

Les sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (SAFER) sont des organismes parapublics contrôlés par les syndicats qui détiennent le privilège légal de préempter les terres au nom d’un soi-disant intérêt général. Officiellement chargées de lutter contre l’artificialisation ou la spéculation, leur monopole sur le « bien commun » permet de petits arrangements entre amis. Grâce à la menace de la préemption, elles peuvent faire pression pour empocher de juteuses commissions en jouant les intermédiaires lors des ventes.

4. Rendre les Contributions volontaires obligatoires vraiment volontaires

Autre organisme parapublic à l’utilité douteuse, les interprofessions. Elles sont financées par une taxe appelée contribution volontaire obligatoire (CVO) et peuvent définir des règles communes obligatoires et anticoncurrentielles au sein d’une filière. Si les organisations de producteurs sont légitimes, elles devraient rester strictement volontaires et ne pas s’imposer aux agriculteurs qui ne souhaitent pas en faire partie.

5. Privatiser les AOC pour restaurer la libre concurrence des labels

Le monopole des appellations d’origine est devenu un véritable instrument anticoncurrentiel qui nuit à l’innovation. Les signes de qualité devraient rester du ressort des associations privées permettant à des agriculteurs de promouvoir leur terroir par un label, mais sans nuire aux autres producteurs qui souhaiteraient eux aussi préciser leur indication géographique d’origine.

6. Payer le juste prix en éliminant progressivement les subventions

En prenant en compte le financement de la mutualité sociale agricole (MSA) et la politique agricole commune (PAC), ce sont près de 33 milliards d’euros que le contribuable français doit injecter dans le secteur agricole chaque année. Une récente étude évalue que chaque emploi agricole européen « sauvé » coûterait 375 000 euros par an. Les subventions sont un cadeau empoisonné et une illusion de richesse pour de nombreux agriculteurs.

7. Défonctionnariser l’agriculture en supprimant son ministère

L’IREF dénombre près d’un fonctionnaire pour vingt exploitations et des dizaines d’agences publiques et d’organismes parapublics entourant le secteur. La suradministration tue l’agriculture à petit feu. Pas moins de 13 organismes différents sont habilités à faire des contrôles. Les agriculteurs passent en moyenne neuf heures par semaine à faire de la paperasse.

8. Se libérer du principe de précaution pour permettre l’innovation

OGM, glyphosate, nucléaire, toutes les technologies sont bonnes pour les griffes du principe de précaution. Mais le risque est partout et son appréciation est subjective. Comme l’absence de risque est indémontrable par la démarche scientifique, n’importe quel groupe d’intérêt peut désormais faire interdire une pratique innovante comme c’est déjà le cas avec certaines biotechnologies. Abolissons le principe de précaution pour lui préférer l’évaluation des risques et la responsabilité juridique de l’innovateur en cas d’externalité négative.

9. Conquérir les marchés internationaux grâce au libre-échange

La Nouvelle-Zélande a libéré l’agriculture de son administration et de ses subventions dans les années 1980. Depuis, ce pays a signé des traités commerciaux avec les plus grandes économies du monde. Son agriculture est compétitive et de qualité et représente 6,0 % de son PIB, contre 1,7 % en France. Libérer l’agriculture, c’est la sauver !

10. Mettre fin à l’agribashing d’État

Sous la pression d’organisations militantes, les agriculteurs sont de plus en plus injustement dénigrés. Les émissions Cash Investigation et Envoyé Spécial de la télévision d’État sont des modèles de malhonnêteté intellectuelle pour discréditer un secteur qui souffre déjà suffisamment. Cet agribashing permanent, repris par les politiques n’est pas fondé scientifiquement. Les agriculteurs français sont talentueux et produisent une nourriture de grande qualité, il est temps de les laisser travailler !

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  • claude henry de chasne
    2 mars 2019 at 7 h 17 min

    c’est tout le pays qu’il faudrait libérer du joug administratif!
    l’administration c’est notre mur de Berlin!

  • Est-ce que parler en part de marché est vraiment significatif , j’ai un doute !
    Il y a des limites a la production par forcément causées par la réglementation ,la concurrence par exemple de pays en expansion agricole faisant baisser les seuils de rentabilité ..on peut produire plus de blé, pas sur. nos vins sont dans le haut de gamme peuvent ils aller vers le bas de gamme,…pas évident !
    Moins de réglementation serait il vraiment efficace pour produire plus ..non pas vraiment , un ha fera toujours un ha par contre une ferme de 1000 vaches…..mais les francais risquent de sortir dans la rue ,nos campagnes sont depeuplees mais ceux qui restent sont « parisiens », ils n’aiment ni les odeurs ni le bruit ils ne supportent pas leurs voisins surtout si ils s’enrichissent , et c’est pour tout comme ça !
    La réglementation existe parceque les français sont devenus au fil du temps des ….. Et ce n’est pas demain qu’ils changeront.

    • Le but n’est pas de produire plus mais de produire mieux (mieux cibler les besoins des consommateurs). Et pour produire plus efficacement, il faut de l’innovation, de la liberté et des prix réels.

      Moins de règlementation, c’est moins de paperasse inutile. Tout n’est pas à jeter mais entre les règles d’hygiène et de traçabilité indispensable, et les règles débiles et inutiles, il y a tout un monde.

      • non ce n’est pas produire mais vendre

        • Tout à fait moneo. C’est ce que je voulais dire par « produire mieux ».
          Il ne sert à rien de produire une magnifique charette en or si personne n’en veut. C’est pour cela que pour produire des trucs qui se vendront, il vaut mieux être léger fiscalement et règlementairement.

  • jacques lemiere
    2 mars 2019 at 8 h 01 min

    oui….mais je ne sais pas si l’agriculture française à pour destin d’etre compétitive, mais présenter la compétitivité comme un but est dangereux…
    l’interventionnisme politique est toujours présenté comme justifié par l’intérêt commun….

    la compétitivité de l’agriculture française en général ne relève pas de l’intérêt commun, le fait est que pour un consommateur son interet est le meilleur rapport qualité prix, pas l’origine géographique…

    dès lors l’interventionnisme politique est obligé de trouver des raisons douteuses sinon incohérentes …telle mesure est protectionniste vis à vis des agriculteurs au détriment des consommateurs telle autre vis à vis des consommateurs au détriment des agriculteurs…..

    en fait la compétitivité globale est un non sujet, comme l’interventionnisme économique est ici injustifié..le non interventionnisme doit être rétabli..et alors les agriculteurs français compétitifs émergeront ou pas.

    ou arrêtez d’emmerder les gens..soit disant pour servir leurs interets…

    • jacques lemiere
      2 mars 2019 at 8 h 04 min

      mais le rappel que le principe de précaution est une façon désastreuse pour l’innovation de traiter la question des « externalités négatives » est un point qu’on ne souligne jamais assez.

  • Merci pour votre article. En gros, regardons les agriculteurs sous le prisme de l’entrepreneur et non du fonctionnaire.
    Il y a du taf…

  • Il faut pendre Elise Lucet à une lanterne! Cette bonne femme sabote l’économie française avec ses mensonges depuis des années!

  • Sur le Point 5 (privatiser les AOC)

    Surtout pas ! Fondamentalement, cet outil juridique est une garantie de qualité et d’authenticité des productions agricoles : a contrario, il suffit de voir la situation quand le système des appellations n’existe pas :
    – les bières : les gros acteurs comme Interbrew peuvent se permettre d’appeler « lambic » ou « kriek » des produits industriels standardisés qui n’ont rien à voir avec ce qu’est un authentique lambic (comme la brasserie Cantillon, sise à Anderlecht, en produit)
    – les vins : en l’absence d’appellation, comme dans les pays anglo-saxons, on est dans le domaine exclusif de la marque avec tous les tripatouillages possibles (copeaux mis à tremper dans les vins australiens, etc.) ;
    – en l’absence du système juridique des appellations, tenter protéger de protéger des productions de qualité ne peut se faire que par le dépôt de marques (collectives), ce qui est très coûteux et moins efficace : cf. la récente affaire « Darjeeling » dans l’UE ou les tentatives de l’Éthiopie de protéger quelques noms comme « Harrar » en affrontant l’hostilité hargneuse de la très puissante et rapace Starbucks Corporation.

    Enfin, le système des appellations n’empêche pas, dans le domaine viticole en tout cas, certains vignerons de produire des vins de grande qualité sans respecter les règles des appellations : ils sont classés « Vins de France » et un nombre non négligeable de connaisseurs savent les apprécier, si bien que certains de ces vins se vendent aussi cher que des AOC, je puis en témoigner.

    L’enjeu est plutôt d’augmenter l’indépendance des organismes qui gèrent les appellations, notamment l’INAO, afin d’éviter des dérives comme le scandaleux « accord » de 2018 sur l’AOC « Camembert de Normandie » qui va permettre à partir de 2010 de fabriquer des produits sous l’appellation « Camembert de Normandie » à partir de lait pasteurisé, pour le plus grand profit de Yoplait qui a tiré les ficelles de cette soi-disant négociation, le Gouvernement se couchant devant ces pressions ; en clair, la majorité des « Camembert de Normandie » deviendra de la cochonnerie plâtreuse sans goût, type « PRÉSIDENT » bénéficiant pourtant de la même appellation et du même prestige que les vrais « Camembert de Normandie » au lait cru.

    Quelle que soit la thèse que l’on soutient, il faut se défier comme de la peste de l’idéologie, de l’esprit de système cher aux Français. En l’espèce, l’admiration béate devant le libéralisme à l’anglo-saxonne en matière agricole revient à promouvoir un type d’alimentation industrielle souvent médiocre, voire infecte, des poulets lavés à l’eau de Javel aux fromages aseptisés.
    NB : esprit de l’esprit de système, je ne jette en revanche pas l’anathème sur les OGM lesquels relèvent clairement d’une autre démarche et qui présentent l’intérêt de nécessiter moins de pesticides pour leur culture ; mais je n’en dirai pas plus là-dessus n’étant pas spécialiste en la matière, contrairement à ce que je connais sur les appellations et les marques.

    • Correction :
      NB : toujours en me défiant de l’esprit de système, je ne jette en revanche pas l’anathème sur les OGM lesquels relèvent clairement d’une autre démarche et qui présentent l’intérêt de nécessiter moins de pesticides pour leur culture ; mais je n’en dirai pas plus là-dessus n’étant pas spécialiste en la matière, contrairement à ce que je connais sur les appellations et les marques.

    • @ Liger
      Concernant les appellations géographiques contrôlées la décision d’augmenter l’aire d’appellation « Champagne » a été le début de la fin! Le but était évident (financier et commercial) et l’effet désastreux!
      Il y a bien sûr, hors de France, bien des crémants superbes valant un Dom Pérignon sans en avoir ni le nom ni le prix!
      Une comparaison à l’aveugle entre amis-dégustateurs bons connaisseurs peut être très instructive!

      • @mikylux : en évoquant le scandaleux accord de 2018 sur « Camembert de Normandie », j’ai indiqué que le système des appellations est perfectible.

        Concernant l’appellation « Champagne », je n’ai pas d’information et serais intéressé que vous me précisiez ce que vous entendez par « effet désastreux ».

        Enfin, il y a évidemment des vins effervescents autres que les vins d’appellation « Champagne », que ce soit hors de France… ou en France (Crémants de Loire, de Bourgogne ou d’Alsace, etc., y compris des vins hors appellation) et les résultats de dégustations à l’aveugle conduites dans les règles de l’art peuvent être parfois surprenants, constituant de salutaires avertissements à ceux qui croient que bénéficier d’une appellation dispense des efforts de qualité pourtant indispensables.

        Mais tout ceci ne change rien à mon propos : lorsque l’on sort du système des appellations et qu’on s’en remet au seul système des marques, toutes les dérives, nombreuses et massives, deviennent possibles, ce que l’on peut notamment constater dans des pays anglo-saxons. Voilà pourquoi, sans méconnaître des imperfections du système des appellations, je considère qu’il est et reste la seule garantie sérieuse d’authenticité des produits, d’autant plus qu’il est accessible à tous sur un critère de respect des règles des appellations alors que la logique de la marque est coûteuse : protéger une marque rien que pour le produit concerné dans une cinquantaine de pays ou territoires (sur les 200 existants) coûte cher et doit être renouvelé tous les 10 ans, sans compter l’obligation de déposer périodiquement des preuves d’usage dans certains pays en suivant un certain nombre de règles… je vous fais grâce de cette tambouille juridique.

        Bref, concernant les produits authentiques, il y a une lutte mondiale entre l’appellation et la marque ; clairement, j’ai choisi mon camp depuis longtemps et puis argumenter encore plus en faveur de ce choix si vous le souhaitez.

        Bien cordialement,

    • jacques lemiere
      3 mars 2019 at 10 h 03 min

      euh je vais dans un magasin j’achète une bière industrielle avec des jolis mots sur la bouteille..

      si c’est pas bon moi pas racheter..

      si moi trouve une bonne bière et dans le meilleure des cas on peut imaginer que l’aoc va au m’aider, je ne change pas…

      non…l’aoc doit être privatisée CAR c’est un outil de marketing comme un autre..
      laisser accroire que le fait qu’ l’etat s’en mêle change sa nature est une escroquerie intellectuelle, vous aurez juste de la connivence et une forme de rente.

      les meilleurs produits sont ceux qui sont préférés par les consommateurs…point…
      les aoc sont du coté des producteurs…

      • @jacques lemiere : faux ; pour commenser, savez vous la différence entre une appellation et une marque et les conséquences juridiques que cela entraîne ?

        Le refus de l’appellation au profit du tout-marque coïncide avec les pays de la malbouffe : ce n’est pas une coïncidence.

  • Esprit critique
    3 mars 2019 at 1 h 41 min

    Grand remplacement ?

  • Les commentaires sont fermés.

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