Un gouvernement rejeté. Et maintenant ?

Carousel by Dave (CC BY-NC-ND 2.0) — Dave , CC-BY

Les réformes entreprises ont été insuffisantes pour produire des résultats perceptibles dans les profondeurs du pays.

Par Hervé Gourio.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

Il faut mettre les points sur les i. Le mode de gouvernement, de gouvernance, instauré, cultivé puis renforcé depuis plusieurs décennies en France grâce à la Constitution de la Cinquième République est à bout de souffle.

La démonstration a été faite, élection après élection. Chacune voyait la victoire du camp opposé au gouvernement sortant. Aucun gouvernement depuis 1967 n’a obtenu un succès électoral qu’on puisse interpréter comme une approbation majoritaire des politiques appliquées par le gouvernement en place avant les élections et soutenues par un parti en lice dans la campagne électorale.

Cette dure vérité a été dissimulée après les périodes de cohabitation ou par des campagnes parricides comme celle de Nicolas Sarkozy en 2007. Mais c’était bien les résultats du gouvernement précédent qui étaient rejetés en 1986, 1988, 1993, 1997, 2002, 2007.

Un manège ininterrompu

Confirmation sans équivoque en 2017 avec le succès d’Emmanuel Macron. Les alternances précédentes avaient cela de frustrant qu’elles ramenaient au pouvoir les sortants du scrutin législatif précédent et donnaient l’impression d’une répartition des rôles convenue. « Chacun son tour ».

En vérité il aurait été plus correct de mettre l’accent sur la constance des électeurs dans leur insatisfaction des politiques poursuivies. Les circonstances particulières de l’élection présidentielle de 2017 et le handicap des candidats des partis de gouvernement ont à peine interrompu le manège.

La promesse centrale du candidat Macron était sans équivoque. Traiter le chômage de masse et réformer les politiques publiques inefficaces. Deux ans après la campagne, le mouvement des Gilets jaunes a fait apparaître une opposition bien plus virulente que celle des électeurs qui n’avaient pas choisi le futur président au premier tour.

L’imagination du gouvernement

La somme des rejets n’est plus seulement addition de votes. Une dimension extrêmement passionnée vient aggraver la situation. De nombreuses lances d’incendie cherchent à apaiser les tensions et à réduire les hostilités émergentes. Grand débat, unanimité contre l’antisémitisme, on attend une initiative politique pour éviter que les élections européennes ne se transforment en référendum pour ou contre Emmanuel Macron. L’imagination politique est à l’œuvre.

Il serait pourtant illusoire de continuer sur la lancée initiale du quinquennat en tablant sur le besoin d’apaisement qui habite probablement la majorité de nos concitoyens. Les réformes entreprises ont été insuffisantes pour produire des résultats perceptibles dans les profondeurs du pays, ailleurs que dans l’air raréfié des proches du pouvoir imprégnés des analyses qui avaient déjà intoxiqué les prédécesseurs du gouvernement actuel.

Trois urgences dans la dépense publique et l’investissement productif

Quelques urgences nous semblent s’imposer dans un domaine, celui de la dépense publique, où le gouvernement actuel aggrave les déficits alors même qu’il a jusqu’ici démontré son incompétence à la réduire autrement qu’en augmentant les impôts, constat qui a enflammé le pays en novembre dernier.

1. Mettre fin à l’opacité des politiques sociales qui distribuent l’argent public sans discernement. Il faut renseigner le Registre National de la Protection Sociale. Les aides bénéficient à des individus, non pas à des catégories. Le profil des bénéficiaires devrait être connu finement au minimum pour mettre fin à des jalousies et des haines injustifiées.
2. Examiner le plus objectivement possible les performances des « producteurs » de services publics autres que régaliens ( qui ne représentent que 4 % des prélèvements sur nos concitoyens) en vue de rechercher des producteurs plus efficaces, voire les mettre en concurrence, et de les substituer aux producteurs actuels.
3. Encourager radicalement l’apport de fonds propres aux entreprises opérant dans l’économie marchande en n’imaginant pas que les banques ou les grandes entreprises y pourvoiront. C’est l’affaire de tous. C’est la condition indispensable pour développer durablement les créations d’entreprises employeuses dont la carence en France est si cruciale pour l’emploi et pour augmenter les recettes fiscales à pression constante.

Ces trois actions-clés changeraient bien des choses et permettraient de redonner corps à l’espérance suscitée par notre jeune président et nous écarterait des vents mauvais qui risquent de le balayer.

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