Éducation nationale : un système à deux vitesses

Ecole / School By: OliBac - CC BY 2.0

Les ministres de l’Éducation nationale successifs se félicitent de l’augmentation des bacheliers… tout en feignant de ne pas savoir qu’elle se fait au prix d’une baisse de niveau !

Par Frédéric Duval.

«Un bon élève à Trappes est un élève moyen en vérité. On nous invente un monde, on nous ment. »

Ce sont les paroles d’Omar Sy le 20 janvier, sur le plateau de Canal Plus.

L’acteur d’Intouchables raconte avoir vécu une transition difficile entre une école de banlieue, où il faisait partie des meilleurs, et un lycée plus huppé où il s’est retrouvé parmi les élèves moyens !

Cette anecdote est révélatrice du mal profond qui touche le cinquième et dernier thème que nous allons aborder cette semaine : l’Éducation nationale.

L’école qui réduit… l’égalité

L’école républicaine a pour mission de donner les « mêmes chances à tous ».

On nous répète que le système doit permettre à chacun, quelle que soit sa fortune ou son origine, de faire sa place dans la société française.

À force de répéter ce mantra, on y a presque cru.

En réalité… c’est quelque peu différent.

Le « moule » de l’Éduc’ nat’

L’école française réussit l’exploit d’augmenter les inégalités en « faisant tout » pour les réduire.

La standardisation des programmes est une des sources de ce phénomène.

Les enfants ont des capacités différentes mais on leur impose le même programme sans aucune nuance. Nous avons en France un fonctionnement pyramidal alors qu’on pourrait évoluer vers une conception en étoile, avec plusieurs voies de réussite.

Mais non, il faut fabriquer des armées d’intellectuels en oubliant complètement une forme d’intelligence tout aussi utile : l’intelligence des mains.

Il n’y a pas de sot métier, vraiment ?

En France, on vous dira que vous êtes un perdant si vous n’êtes pas médecin, avocat ou manager dans une grosse boîte…

Or, c’est un assaut injuste contre tous ceux qui veulent, ou doivent, travailler avec leurs mains.

En Autriche, en Allemagne et d’autres pays d’Europe, on a développé des apprentissages et de grandes écoles pour les métiers manuels.

Ces métiers sont valorisés.

Ces pays ont eu l’idée d’impliquer les entreprises privées dans cette aventure éducative afin de préparer les jeunes à la vie active.

Tout le monde est un génie…

«… mais si on juge un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. »

Cette célèbre citation d’Albert Einstein résume bien la situation.

En France, on reste cantonné à un modèle d’élite intellectuelle qui met de trop nombreux enfants à la marge.

C’est ainsi qu’on a créé une horrible passoire qui trie les gens entre gagnants et perdants au lieu de les aider à se développer dans leur domaine de prédilection.

Au lieu de s’adapter, de s’inspirer de ce qui marche, de réformer… on a préféré baisser le niveau.

Le niveau ne cesse de baisser

C’est la conséquence de ce modèle.

Ainsi comme le souligne l’exemple d’Omar Sy, on a rabaissé les exigences pour faire croire à cette chimère de « l’égalité devant l’éducation ».

Ce n’est un mystère pour personne que le baccalauréat d’aujourd’hui est à des kilomètres de la difficulté du baccalauréat d’hier, et que cette difficulté est artificiellement abaissée selon les régions.

Les ministres de l’Éducation nationale successifs se félicitent de l’augmentation des bacheliers… tout en feignant de ne pas savoir qu’elle se fait au prix d’une baisse de niveau ! Contrairement à ce qu’on veut bien nous faire croire, le niveau régresse à tous les étages, comme le soulignent les études internationales.

Dans le fameux classement PISA la France recule à la 26ème place mondiale, derrière des pays comme la Pologne, le Vietnam ou les États-Unis.

Depuis que ce classement existe nous n’avons fait que régresser, le pire étant que l’écart a augmenté entre les meilleurs et les pires élèves !

Cette voie a des conséquences tragiques, les illusions ne durant qu’un temps. La confrontation avec la réalité est violente pour les élèves auxquels on a fait croire qu’ils avaient le niveau, d’où un chômage important même chez les diplômés ! Lorsqu’ils arrivent dans une nouvelle école, une université ou sur le marché du travail, ils se heurtent à la réalité.

L’expérience doucereuse de leur parcours égalisé les amènera directement en enfer.

Résultats :

  • chômage important chez les jeunes
  • manques importants de travailleurs dans certains domaines
  • sentiment de rejet et d’inadéquation de nombreux élèves
  • ce n’est pas un problème de moyens mais de priorités

Ces résultats ne sont pas une fatalité mais reflètent des allocations de ressources catastrophiques malgré des moyens colossaux alloués à l’Éducation nationale.

Malgré ces problèmes flagrants de baisse du niveau et d’inadéquation du système… on préfère s’écharper sur des détails. Alors on fait de vastes enquêtes et de profond débat autour des études de genre ou des rythmes scolaires…

Ce genre d’inepties touche même la langue française.

Comme si les professeurs débordés et nos élèves déprimés n’avaient pas d’autres problèmes que de savoir si on dit « Madame LA maire » ou « Madame LE maire » ou encore « Madame La MairESSE »

Tous ces débats sont à mon sens des pacotilles au regard du vrai défi de la perte de transmission de valeurs communes et de l’inégalité profonde du système.

Un système à deux vitesses

En conclusion je relève que le système actuel nous mène droit dans le mur.

Et il divise les Français entre :

  • intellectuels valorisés et manuels méprisés,
  • habitants des quartiers défavorisés et résidents des beaux quartiers,
  • formations permettant de trouver du travail et s’épanouir… et formations inadaptées ne faisant que grossir les rangs des chômeurs et des dépressifs

Ce constat est étonnamment partagé par les analystes de droite comme de gauche.

Pourtant il existe des solutions ! À mon sens on pourrait par exemple :

  • diversifier les formations pour les adapter aux besoins de la société,
  • mettre en valeur les professions manuelles et les études courtes,
  • mettre le travail et les compétences au centre de projets éducatifs,
  • restituer la liberté et la responsabilité aux établissements scolaires et à leurs enseignants sur le terrain plutôt qu’aux ministres et aux bureaucrates.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

Quelles est votre expérience avec l’Éducation nationale ? Avez-vous vu des exemples d’établissements qui contournent ces difficultés ? Ou au contraire, avez-vous constaté vous-même ces injustices autour de vous ?

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