Et si on faisait enfin de bons programmes scolaires ?

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Mais pourquoi diable vouloir enseigner la même chose à tout le monde ? La question n’est pas rhétorique. Elle est lourde de conséquences.

Par Stanislas Kowalski.

On a tout demandé aux programmes scolaires : le patriotisme, la paix sociale, la croissance économique ou l’égalité des sexes. Et on n’en est jamais satisfait. Pire encore, ils ne sont pas respectés. Les enseignants eux-mêmes ne les connaissent pas. Généralement, ils s’en sortent en suivant un manuel et en utilisant les annales des examens.

Mais pourquoi diable vouloir enseigner la même chose à tout le monde ? La question n’est pas rhétorique. Elle est lourde de conséquences.

Croit-on la société française si fragile ? S’imagine-t-on qu’elle va se dissoudre si tous les enfants ne passent pas au moins 15 ans de leur vie à user leurs fonds de culottes sur les mêmes bancs ?

Comment enseigner le dégoût de l’Ecole

Contrairement à une croyance spontanée, l’union d’un grand nombre de citoyens n’est pas forcément renforcée par des mensonges communs. Nous assistons à une fuite en avant collectiviste. On prend les enfants dès l’âge de 3 ans, on leur colle un « socle commun », on leur enseigne à tout bout de champ les « valeurs de la République », on prolonge les études jusqu’à plus soif, et je pèse mes mots. Puis on veut instaurer un service civil obligatoire pour faire en quelques mois l’unité que l’école n’a pas réussi à faire pendant toutes ces années !

Erreur psychologique du « vivre ensemble » obligatoire. S’il est bon de partager des vacances en famille pour entretenir l’amour, être tout le temps sur le dos des siens ne sert qu’à se rendre odieux. Refuser des moments de solitude à votre conjoint vous rend insupportable. Refuser à ses enfants d’exprimer leurs goûts et de choisir leur avenir, c’est devenir tyrannique et attirer sur vous une haine légitime. Vous ne forcerez jamais personne à vous aimer. Il n’en va pas autrement pour la République.

La République est aimable quand elle protège et vous permet d’exprimer vos aspirations et vos doutes, y compris et surtout vos doutes à son égard. Elle est encore aimable quand elle assume son histoire, avec ses pages glorieuses et ses parts d’ombre. Il n’y a pas de mal à entretenir les statues de nos grands hommes. Mais si la République prétend nous forcer à l’aimer, alors elle se pervertit.

Les petits enfants doivent apprendre à manger de tout, mais les adolescents doivent avoir leur mot sur le menu. Éduquer après tout ne signifie pas tourmenter. Le sens de l’effort est important, mais il ne s’agit pas de s’épuiser à la tâche sans espoir de succès.

Le collège unique va bien au-delà de ce qui est exigible. Il faut savoir arrêter l’expérience. Jour après jour, pendant 4 ans, le jeune Kévin doit tenter de se taire, pour écouter des leçons qu’il ne comprend pas, lui qui ne sait pas lire ! Il est affublé de tous les noms : cancre, perturbateur, hyperactif ou dyslexique. Oh ! il y a une part de vrai dans ces reproches, mais tout cela dépend tellement des circonstances dans lesquelles on a plongé l’adolescent… Et tout cela pour obtenir invariablement un 3/20 dans ses bulletins.

Les meilleures raisons pour des programmes communs sont triviales

Mais le spectacle doit continuer parce que la loi l’ordonne, parce que des politiciens ont décidé que Kévin devait réussir, coûte que coûte, au même rythme que les autres (on ne redouble plus). Et réussir quoi, au fait ? À atteindre les objectifs que des fonctionnaires lointains ont arbitrairement définis ! On tourne en rond. Le piège se referme sur une jeunesse malheureuse.

Les meilleures raisons pour des programmes communs sont triviales, un peu comme les nécessités de la logistique exigent que l’on ait des horaires dans une famille. On souhaite que les diplômes restent lisibles pour les employeurs. Admettons. Dans ce cas, il faudra renforcer un petit peu les exigences et surtout mieux les définir. Le baccalauréat est devenu assez fourre-tout et nous avons bien du mal à dire ce que sait au juste un bachelier qui commet des solécismes à chaque paragraphe. Il n’est pas raisonnable de le donner à tout le monde, mais on aimerait savoir à quoi il sert.

Il faut surtout reconnaître que certaines matières comportent des prérequis exigeants. Rien ne peut se faire sans la lecture. Je dois maîtriser un minimum d’arithmétique pour me lancer dans l’algèbre. On ne peut pas travailler sérieusement les rapports logiques et la dissertation sans un minimum de grammaire et de démonstrations mathématiques. Vous ne pratiquerez pas d’instrument de musique sans une solide formation en solfège.

Pour travailler correctement, un professeur a besoin de savoir ce que ses élèves ont vu précédemment, surtout pour les aspects techniques. Au fond, les programmes scolaires ont une seule justification sérieuse : permettre le passage d’une classe à une autre, d’un établissement à un autre, ou de l’école à l’entreprise. C’est la seule raison concrète pour laquelle on a besoin d’un cursus harmonisé. C’est un peu le même principe que les standards dans l’industrie. Tant qu’ils facilitent le passage d’une marque à une autre, ils favorisent une juste concurrence. Ils deviennent néfastes quand ils servent d’entraves à l’innovation et à la concurrence, par le jeu des brevets et des exclusivités.

De bons programmes sont simples

En bref, de bons programmes :

  • tiennent en une page ou deux, par matière et par an, pour rester des documents de travail,
  • sont techniques et respectent la logique interne des disciplines,
  • sont apolitiques,
  • distinguent ce qui est obligatoire de ce qui est optionnel, de façon à ce que le minimum ne devienne pas un objectif inaccessible,
  • précisent la marche à suivre en cas d’échec (redoublement, orientation, arrêt des études), bref correspondent à des objectifs qu’on peut accepter ou rejeter,
  • définissent seulement les objectifs, mais pas les méthodes.