Le chantage à l’extrémisme, pilier de l’immobilisme social-démocrate

Emmanuel Macron-Avril 2016 by Gongashan(CC BY-NC-ND 2.0)

Le macronisme n’aura donc été qu’une pure mesure de sauvegarde de l’Ancien monde avec les habits du nouveau.

Par Jonathan Frickert.

Les récentes propositions d’Emmanuel Macron et l’échec relatif de la dernière mobilisation des désormais célèbres Gilets jaunes laissent entrevoir une – périlleuse – sortie de crise pour l’exécutif, une nouvelle fois achetée à grands coups d’argent public et qui devrait coûter au contribuable la coquette somme de huit à dix milliards d’euros d’après Bercy.

Un symbole d’un mal qui gangrène la vie politique depuis une quarantaine d’années et qui doit sa survie au faux choix qui polarisent la vie politique : l’éternelle opposition entre illibéraux et sociaux-démocrates.

L’image du nouveau monde avec la réalité de l’ancien

Emmanuel Macron a rapidement incarné les espoirs de certains partisans de la liberté, préemptant cette thématique. Pourtant, depuis son arrivée au pouvoir et à l’exception d’une réformette agréable, mais timorée, de la SNCF, la majorité n’a pas daigné faire autre chose que de maigres ajustements sans jamais s’attaquer au poids de l’État.

Aucun débat de fond sur le train de vie et le rôle de l’État et, par lui, ce que signifient être fonctionnaire aujourd’hui. Aucune mesure mettant en cause les rentes publiques, les prélèvements obligatoires n’a vu le jour, même si le gouvernement prévoit une légère baisse des prélèvements obligatoires et une croissance moins forte des dépenses publiques. Une situation bien loin de la révolution pourtant affichée aussi bien durant la campagne que dans le titre du livre du candidat. On nous arguera que nous ne sommes pas encore à la moitié du mandat, mais ce serait oublier que la plupart des démocraties européennes connaissent 80 % des réformes dans le premier quart du mandat, largement dépassé aujourd’hui. Le libéralisme macronien n’existe pas et pour cause, il n’a été qu’un outil de communication au service du maintien au pouvoir de l’Ancien monde. Une situation qui a abouti à la crise des Gilets jaunes.

En vérité, Emmanuel Macron ne doit son succès qu’à un habile jeu de communication, incarnant littéralement les élites en place. Se posant comme rempart à l’extrémisme, le couple exécutif lui a offert un cadeau de choix en confortant son analyse. À l’Élysée, l’incarnation du Bad Godesberg français et à Matignon, un ancien rocardien devenu juppéiste, symbolisent dans toute sa splendeur la continuité politique social-démocrate.

Si l’État-providence a montré ses défaillances au milieu des années 1970 et le premier choc pétrolier, l’accélération de la construction européenne à partir des années 1980 aura servi de perpétuation de l’obsession de la réglementation et de la centralisation des bureaucrates européens.

Le macronisme n’aura donc été qu’une pure mesure de sauvegarde de l’Ancien monde avec les habits du nouveau.

À cette révolution purement communicationnelle s’ajoutera la construction d’une opposition factice.

Les illibéraux, fausse alternative, vraies marionnettes

Depuis 1945, l’Occident vit dans la crainte permanente et légitime d’un retour aux heures les plus sombres. Une crainte qu’a rapidement su instrumentaliser la gauche à partir des années 1980, créant de toutes pièces un monstre destiné à la maintenir au pouvoir et à culpabiliser la droite : le Front national. Alors que le Parti socialiste perdait son électorat de base, les prétendues victimes du capitalisme – ouvriers, femmes en foyer, SDF… – l’émergence de cet ogre a permis de capter le tout jeune électorat d’origine immigré des milieux suburbains acquis aux communistes. À l’instrumentalisation de la question sociale s’est substituée celle de la question ethnique et aujourd’hui de la sexualité.

De l’autre côté de l’échiquier, les années 2000 ont amené le retour de la gauche la plus archaïque, avec un Jean-Luc Mélenchon faisant figure d’épouvantail cette fois aux classes supérieures attirées par le vote centriste.

Deux électorats qui constituent la base sur laquelle tient la social-démocratie française : les urbains.

L’intelligence de l’actuel chef de l’État aura été, face à un risque de fissure de ce dispositif, de recréer un clivage entre les centristes et les partisans des heures les plus sombres.

Pourtant, s’il est inutile de revenir sur les liens qui unissent socialisme et fascisme, force est de constater qu’une nouvelle fois ce clivage n’en est pas un, car il participe d’une même logique mortifère. Remplaçant le clivage initial par une bipolarité entre riches et pauvres, la toile de fond reste dans les deux cas l’instrumentalisation de la machine étatique au nom d’intérêts particuliers. La question qui nous est donc posée à chaque élection est de choisir entre un État au service des plus riches et un État au service des plus pauvres, ruraux ou suburbain selon le choix de la nuance. Une opposition sociale qu’a brillamment analysé Christophe Guilluy.

L’État-providence contre la démocratie

Au final, l’immobilisme actuel tient dans la conjonction de deux facteurs. D’une part, l’augmentation du poids et des compétences de l’État sortant ce dernier de son domaine légitime tandis que le verrouillage du système politique conduit au consumérisme électoral. D’autre part, l’instrumentalisation de la question communautaire crée de toutes pièces un nouveau danger destiné à maintenir docilement l’électorat. La conjonction des deux forces provoque la lutte permanente des égoïsmes au profit de certains.

Là où le marché permet la satisfaction des opérateurs de préempter un marché de niche, l’association de l’État-providence et de la démocratie purement représentative est incapable de satisfaire toute la population. Agir suppose d’être élu et donc de satisfaire une majorité contre une minorité. Réformer consiste justement à rééquilibrer une situation et donc de prendre à certains pour donner à d’autres. Tous les 5 ans, la question est donc de savoir qui spoliera qui dans une lutte des classes permanentes déjà évoquée par Frédéric Bastiat dans La Loi, jetant aux oubliettes le maintien de la paix civile et de la liberté individuelle et qui devrait être la fonction première de la démocratie. La spoliation légale a encore de beaux jours devant elle …