Le programme fiscal de Jean-Luc Mélenchon, c’est jurassik park !

La seule politique fiscale sociale qui vaille est celle qui favorise la croissance et l’emploi. De ce point de vue-là, s’il venait à être appliqué, le programme de Jean-Luc Mélenchon constituerait une terrible machine à fabriquer de la pauvreté.

Par Victor Fouquet.

Dans la course numérique à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon excelle. Les cinq heures d’émission menée d’une main de maître sur YouTube l’auront confirmé. L’aride technicité du sujet, en l’occurrence la fiscalité et les finances publiques, avait a priori de quoi rebuter. Mais, bien huilé, l’exercice fut d’autant plus efficace qu’il a paru intelligible à tous.

Sur le fond, pourtant, le programme de Jean-Luc Mélenchon oscille dangereusement entre jusqu’au-boutisme keynésien et collectivisme pur. Le chef de file autoproclamé de la France insoumise prétend, conformément à la vulgate keynésienne, stimuler l’activité économique par une augmentation massive de la dépense publique : 273 milliards d’euros sur cinq ans, dont 100 milliards d’investissements seraient financés par un grand emprunt souscrit en début de quinquennat.

L’équation, économiquement absurde, est bien connue : si l’économie française est anémiée par une croissance faible et un chômage élevé, c’est donc qu’il est nécessaire de favoriser ex nihilo la demande globale au moyen d’une hausse de la dépense publique (aujourd’hui déjà pléthorique à 57 % du PIB). Or, un financement par l’emprunt – mais ceci est pareillement vrai d’un financement par l’impôt – ne se traduit jamais que par un déplacement de la demande au détriment des capacités d’investissement retirées au secteur privé pour le financement de l’économie.

Le poids des prélèvements obligatoires

De même, il n’y a aucun fondement logique à vouloir relancer l’économie en écrasant encore davantage les contribuables sous le poids des prélèvements obligatoires (49,1 % du PIB à échéance 2022 d’après le cadrage financier rendu public), alors que la France détient déjà un niveau de pression fiscale (44,7 % du PIB) qui fait d’elle l’un des pays les plus socialisés et les plus désincitatifs au monde.

En réalité, la promesse d’une « révolution fiscale » se nourrit chez Jean-Luc Mélenchon d’une conception purement collectiviste de la société où l’économie, dans une sorte de jeu à somme nulle, produirait par miracle un montant immuable de revenus qu’il suffirait de redistribuer de manière arbitraire, sans tenir compte des talents et efforts individuels, le seul dessein étant de faire advenir une société homogénéisée – et finalement déshumanisée…

D’où le double postulat mélenchonien : d’une part, renforcer drastiquement la progressivité de l’impôt en fusionnant, dans un « nouvel impôt citoyen » flanqué d’un barème à quatorze tranches, la CSG aujourd’hui proportionnelle avec l’actuel impôt sur le revenu à cinq tranches ; d’autre part, surtaxer le capital – qui l’est déjà en cascade – en renforçant l’ISF et les droits de successions, et en plafonnant les héritages.

Sanctionner les hauts revenus

La surimposition des plus riches et la surtaxation du capital procèdent l’une et l’autre de l’idée fausse, hélas répandue par-delà la gauche radicale, selon laquelle il serait possible d’améliorer durablement le sort des plus démunis en sanctionnant les détenteurs de hauts revenus. Or, l’impôt extrêmement progressif sur les revenus défendu par Jean-Luc Mélenchon aurait pour principal effet de rendre l’impôt improductif, limitant ainsi la mission « redistributrice » qui lui est assigné.

En bas de l’échelle progressive, l’application de taux légers à des assiettes réduites entraînerait des coûts de recouvrement supérieurs aux recettes fiscales obtenues, en raison des coûts de fonctionnement induits par la mobilisation des fonctionnaires de Bercy. En haut de l’échelle, l’application de taux confiscatoires (jusqu’à 90% !) détruirait l’assiette fiscale, en poussant à l’exil les contribuables et leurs ressources.

S’appropriant les mots de Proudhon sur le « bilboquet » de la progression, l’économiste libéral du XIXe siècle, Paul Leroy-Beaulieu, qualifiait à son tour l’impôt progressif de « joujou fiscal » qui, financièrement, « promet sans tenir et fait du bruit sans faire de besogne » (Traité de la science des finances, 1877). De ce constat, l’impôt sur le revenu à quatorze tranches de Jean-Luc Mélenchon serait une illustration désolante. Chacun serait en effet d’autant moins incité à créer des richesses que le rendement correspondant serait amputé par la fiscalité progressive. C’est du reste pourquoi, ajoutait Leroy-Beaulieu, « tout porte à croire qu’un impôt léger et uniforme sur le revenu produit autant, avec moins de récriminations et de dangers, que l’impôt progressif le plus rigoureux ».

La seule politique fiscale sociale qui vaille est celle qui favorise la croissance et l’emploi. De ce point de vue-là, s’il venait à être appliqué, le programme de Jean-Luc Mélenchon constituerait une terrible machine à fabriquer de la pauvreté.