Réforme des retraites : 3 risques à désamorcer

Nous aurions intérêt à ce que la future réforme des retraites s’intègre dans cette démarche responsable et prudentielle, en ne se cantonnant pas à une harmonisation coûteuse de l’existant.

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Hand reaching for cheese in a mousetrap By: Marco Verch - CC BY 2.0

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Réforme des retraites : 3 risques à désamorcer

Publié le 18 octobre 2018
- A +

Par Nicolas Marques.
Un article de l’Institut économique Molinari

Si la concrétisation de l’engagement de campagne d’Emmanuel Macron répond à une attente d’équité, le sujet retraite reste potentiellement inflammable. En effet, la réforme ne devrait pas améliorer significativement la situation des Français moyens. Elle entérinera un jeu à somme nulle, les retraites des uns étant financées par les cotisations prises sur les actifs, conformément à une logique de la répartition. In fine, le changement risque d’être déceptif.

La satisfaction liée à la mise en place d’un mécanisme plus équitable pourrait laisser rapidement place à la déception des actifs et des retraités constatant la stagnation de leur pouvoir d’achat. Un processus qui pourrait laisser une impression d’inachevé, avec une remise à plat des règles de fonctionnement perçue comme une montagne accouchant d’une souris.

La réforme des retraites rejoindrait une longue liste de modifications organisationnelles lourdes n’étant pas associées à un gain significatif pour les administrés. Une crainte d’autant plus justifiée que les précédentes réformes des retraites se sont avérées coûteuses. Les coûts de transition ne se limitent pas aux processus de négociation ou de convergence organisationnelle, la construction du consensus réformateur passant fréquemment par l’octroi de contreparties financières fluidifiant les négociations…

Trois risques

Mais les enjeux ne s’arrêtent pas là. Paradoxalement, le régime universel souhaité par le Président de la république pourrait être encore moins vertueux que la situation actuelle, faute d’intégrer correctement trois risques incontournables en matière de retraites.

Le premier risque est lié au poids qu’aura l’État dans le nouveau régime. On sait que notre État est impécunieux. Il génère des déficits bien plus élevés que les autres entités administratives, collectivités locales ou administrations de protection sociale. En matière de retraite, on observe que plus le poids des pouvoirs publics est important, plus les dérapages financiers ont été significatifs.

Par exemple, l’État est moins responsable dans la gestion des retraites de ses personnels que le régime des salariés du privé. S’agissant des fonctionnaires, les premiers dérapages remontent à 1816, avec l’apparition de déficits dans les caisses de retraites de certains ministères. Ils ont servi de prétexte à la mise en place d’un financement des retraites via le budget, un expédient toujours employé aujourd’hui. On se souvient aussi des lois Auroux de 1982 abaissant l’âge de la retraite à 60 ans, un geste politique imprévoyant dans un pays vieillissant et dépendant de la répartition.

Rien ne permet de penser que notre État ne cédera pas demain, une fois de plus, aux affres du clientélisme en reportant les coûts sur les générations futures. Ajoutons que l’État a été bien moins prévoyant que les caisses de retraites complémentaires de droit privé, n’ayant statutairement pas le droit de recourir à l’endettement.

Règle d’or

D’où l’importance de la mise en place d’une règle d’or constitutionnelle la plus solide possible en matière de retraites. Elle devra proscrire la réapparition de déficits, en mettant en place un mécanisme de gouvernance assorti de sanctions dissuasives en cas de dérapage. On sait, en effet, que le gouvernement français a l’habitude de contourner les garde fous peu contraignants. L’objectif « d’équilibre des comptes des administrations publiques » a par exemple été intégré dans la Constitution en 2008 sans que les déficits publics, récurrents depuis 1974, n’aient été remis en cause.

Le deuxième principe de gouvernance, conciliant sécurité et équité, est de conserver les réserves accumulées par les régimes de retraites actuels. Nombre de caisses de retraite par répartition ont pris le soin de constituer des provisions. Elles permettent de lisser la conjoncture, voire d’alléger le financement des retraites, en ne dépendant pas des seules cotisations prélevées sur les actifs.

Conformément à une logique de précaution, cette attitude responsable devrait être pérennisée. Ces réserves, qui représentent entre 120 et 170 milliards d’euros selon le périmètre de calcul, devraient être sanctuarisées constitutionnellement à l’occasion de la prochaine réforme. En utiliser une partie pour financer la transition relèverait, a contrario, de l’irresponsabilité vis-à-vis de nos concitoyens et des générations futures.

Renforcer les réserves

Enfin, il serait judicieux que les pouvoirs publics ne se contentent pas de respecter les provisions existantes, mais s’engagent à les renforcer. Plusieurs grands pays occidentaux ont constitué des réserves très significatives dans le cadre de leurs régimes de retraite par répartition : Suède, Japon, États-Unis, Canada… Nous aurions intérêt à ce que la future réforme des retraites s’intègre dans cette démarche responsable et prudentielle, en ne se cantonnant pas à une harmonisation coûteuse de l’existant.

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  • Il est évident que le systeme de retraite actuel est injuste , que certains catégories de salariés bénéficient d’avantages importants ,acquis par les conflits sociaux accumulés depuis la libération et l’incurie politique qui a repoussé les échéances..
    remettre a plat les retraites c’est éviter de reconstruire une usine a gaz avec un conglomérat d’organisations diverses et variées dont on aura repeint la façade et appelé « retraite universelle »
    çà c’est le premier piège a éviter..
    le second est celui des différenciations et avantages accordés en fonction de situations familiales ,ou sociales.
    en france , on utilise les caisses de retraite pour traiter les cas de gens en difficulté ayant très peu cotisé avec le minimum retraite .
    ce n’est pas le rôle des caisses de retraite mais celui de l’etat de gérer les cas sociaux de cette nature , les caisses de retraites ne doivent pas faire du social mais resservir équitablement ce qui a été cotisé, le social c’est une autre ligne budgétaire qui devra etre payée par tous , y compris les retraités.

    Si on ne sait pas faire cela , on reverra naître des « points » accordés a celui ci ou celui là qui n correspondra pas a une cotisation réelle
    et l’usine a gaz reproduira des injustices

    • « les caisses de retraites ne doivent pas faire du social mais resservir équitablement ce qui a été cotisé »

      Les caisses de retraite (leur nom est un mensonge car ce ne sont pas des caisses) ne peuvent rien « resservir » puisque rien n’a été épargné. Pas le moindre centime. Elles ne font que perpétuer un système spoliateur, la spoliation des générations futures étant justifiée par la spoliation des générations passées.

      Rien ne peut être équitable dans un tel système. Un système foncièrement immoral, entièrement fondé sur le vol, ne peut être équitable.

      • pour cavaignac
        ceci est vrai pour la sécurité sociale , pour les complémentaires il y a dedans de la capitalisation gérée helas par des gens occultes qui n’ont pas de comptes a rendre

        • Je ne crois pas qu’il y ait de capitalisation dans les complémentaires, mais un fond de lissage dont le seul objectif est un équilibre à court-terme, et non des accroissements à long-terme. Je serais ravi si vous me donniez tort…

  • Je n’écoute pas je décide , quand on parle de justice sociale : que nos élus à l’assemblée commence a revoir leur retraite 3 mandats de députées à 100 %… en 15 ans 3 mandats mais là je doute qu’ils le fassent !!! déjà ils se plaignent que leurs salaires est insuffisant
    pour preuve que certains leur fin du mois etaient difficile , il ne peuvent se nourrir de pâtes !!! ils vont quémander au resto du coeur
    à quand une manifestation pour les soutenir !!

    • Il y a plus urgent ! Pendant qu’on tire sur les parlementaires, la maison de chaque citoyen ou presque brûle, et l’humiliation des parlementaires, toute méritée qu’elle soit, n’éteindra pas l’incendie.

  • Pour l’instant, il n’y aurait qu’une seule mesure capable d’améliorer l’équilibre des retraites: le recul de l’âge légal à 65 ans, comme avant 1981 où l’espérance de vie était de huit ans plus courte.
    Une fois cette première mesure indispensable actée (et donc refusée par notre Macro-socialo), on peut songer à la retraite par points.
    Après.

    • Pour moi il ne devrait même pas y avoir d’age de la retraite. On prend sa retraite quand on veux, bien évidement le montant de la pension dépend des cotisations et de l’espérance de vie.

    • Ou, pour préserver la liberté de choix de chacun, verser une retraite mensuelle proportionnelle au total actualisé des cotisations et inversement proportionnelle à l’espérance de vie au jour du départ.

    • Le recul de l’âge de la retraite reste un ajustement paramétrique, qui ne peut remplacer une réforme structurelle. Le pire est qu’il laisse penser qu’on pourrait se dispenser de cette réforme structurelle…

      • @ MichelO
        La plupart des pays occidentaux ont ou vont retarder l’âge de la retraite à 67 ans (pas 65!).
        La France tarde et se retarde de plus en plus jusqu’à sombrer.

    • indispensable pour vous peut être..personnellement, faisant un travail physiquement difficile je suis partagé..mais pouvez-vous le comprendre?

      • Je pense que pour les métiers épuisants (mineur de fond, prof de collège dans le 93 …) on doit considérer que l’espérance de vie est plus courte et donc la pension plus importante.

        • justement, que la pension soit moins importante mais le départ anticipé ça permet d’en profiter plus longtemps..ça ne sert à rien d’avoir plus si votre état de santé est mauvais.

        • Si le métier est pénible et usant, il doit être mieux payé pour trouver trouver des volontaires. S’il est mieux payé, une partie du supplément doit pouvoir servir à préparer la retraite. Donc salaire complet et liberté de choix de son assurance retraite, comme de son âge de départ. L’état ne devrait intervenir que pour assurer la survie des plus misérables, et laisser les autres se débrouiller avec juste une obligation de s’assurer pour sa retraite si on en a les moyens, mais en choisissant ses modalités.

      • D’ailleurs, l’équilibre pourrait aussi être atteint en réduisant le chômage, et surtout en augmentant la proportion de la population active au travail dans le secteur privé.

  • En fait je pense que le point principal pour désamorcer le risque est surtout de ne pas appliquer la réforme à ceux qui sont proches de la retraite!
    Si on regarde c’est d’ailleurs bien ce qui se profile: « entrée en vigueur progressive jusqu’en 2040″… Autrement dit, pas de souci pour tout réformer, mais surtout quand ça concerne les autres!
    Seulement dans ce cas, ce qui est triste, c’est que ce sont (encore) les générations suivantes qui ramasseront les pots cassés. Mais pas grave puisque la retraite « on y a droit »!

  • En tous cas, pour la photo de l’article, il peut prendre le fromage, la tapette n’est pas armée.

  • A première vue, reconstituer et isoler les réserves ou provisions pourrait sauver le système de répartition en le rapprochant de la capitalisation, une partie croissante des cotisations étant mise de côté au lieu d’être dépensée.
    On l’avait déjà compris du temps de Rocard qui se rendait bien compte qu’en France le premier gouvernement qui s’y risquerait se casserait la figure. En effet, comme on n’ose pas réduire le montant des retraites servies on serait obligé d’augmenter les cotisations, et comme ne peut plus piocher dans les réserves pour financer telle ou telle gabegie « sociale » on mécontenterait doublement les électeurs qui se révolteraient.
    Et ce n’est pas parce que Zorro est arrivé que la réalité va s’incliner: l’édifice a commencé à s’écrouler comme un vulgaire Ponzi, il est trop tard pour réformer en douceur et on ne peut même plus comme jusqu’ici refiler la patate chaude au suivant: il n’y a plus qu’à sortir les casques.

  • si on considère les retraites par répartition comme du vol, on pourra y ajouter les allocations familiales payées par les actifs via les urssaf,les allocations logement etc.. en gros toute la répartition serait du vol..y compris l
    le fameux systeme social a la française est une immense escroquerie chargée de rendre solvables de gens qui sont loin de l’être pour favoriser la consommation
    personnellement je pense que la retraite devrait etre individuelle,
    basée uniquement sur le montant cotisé indépendamment de tous les autres critères qui sont des ajustements sociaux..
    ce socialisme c’est l’injustice

    • @ claude henry de chasne
      Oui, donc vous êtes totalement individualiste hors toute solidarité élargie!
      Sauf que jusqu’à votre majorité, vous avez plus reçu que donné à votre pays: est-il anormal que votre pays vous demande aussi de collaborer et de vous sentir, vous aussi, un peu plus solidaire?
      En travaillant chez vous, j’ai constaté, après 4 ou 5 ans, que votre sécu vendait de la daube et qu’il était illusoire de croire ses promesses: j’ai donc arrêté d’investir dans ce système et j’ai préféré cotiser dans mon pays d’origine, heureusement! On peut trouver que la France est un beau pays: c’est vrai, mai aussi que sa population et ses élites sont « particulières » pour le moins!
      Mais pinailler, en France, c’est plus le sport principal que les boules à Marseille!

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