Redevance : la télévision ne devra pas craindre le financement volontaire

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Posséder un téléviseur pour financer l’audiovisuel public. Ne pas en posséder aussi. Cacophonie autour d’une redevance qui n’a rien de libéral.

Par Aurore Bobier.

Il est toujours important de rappeler le cheminement historique qui a précédé une situation de crise. L’audiovisuel est lié en France à l’idée d’un monopole. En 1945, seule la télévision publique a le droit de diffuser librement sur les ondes. Il s’agit alors d’une administration, rattachée au ministère de l’Information. En 1964, une loi transforme cette administration en un établissement public industriel et commercial doté d’un conseil d’administration, avec la création de l’Office de Radio-Télévision Française. En 1974, une nouvelle loi entame une phase de mise en concurrence des chaînes publiques et près de dix ans plus tard, la loi du 29 juillet 1982 déclare que la « communication audiovisuelle est libre ».

Mais le système n’en demeure pas moins extrêmement réglementé et imprégné de la présence de la puissance étatique. Les années suivantes ont été marquées par la course à l’audience, la privatisation politisée et fortement réglementée, ainsi que par l’essor du numérique. Toutes ces étapes n’ont pas renforcé l’audiovisuel public, mais l’ont au contraire transformé en un boulet de plus en plus lourd aux pieds de l’État.

La ministre de la Culture Françoise Nyssen a annoncé le 14 septembre vouloir déconnecter la redevance télé de la détention d’un téléviseur dès 2020. Cette annonce fait suite à l’avis publié en octobre 2017 présenté au nom de la commission des Affaires culturelles et de l’Éducation sur le projet de loi de finances pour 2018, par Frédérique Dumas et Béatrice Piron. Une réforme budgétaire permettrait certes de régler les difficultés financières que connaissent actuellement France Télévisions et autres chaînes publiques. Mais au prix d’une redevance universelle, qui fera payer tout un chacun pour un service qui n’est pas forcément utilisé par tous. Tout cela au détriment des incitations à fournir un service de qualité à un coût acceptable.

Il est vrai qu’actuellement, le visionnage de la télévision se développe de plus en plus en ligne et ne répond plus au critère de la détention d’un téléviseur. L’agence Médiamétrie a d’ailleurs révélé dans une enquête de janvier 2018 que chaque jour, 20,1% des Français de 4 ans et plus qui ne possèdent pas de téléviseur regardent des programmes de télévision sur un ordinateur, un téléphone mobile ou une tablette.

Il n’est pas précisé si ce visionnage sur Internet concerne des chaînes publiques ou non, et ce seul constat ne peut pas justifier une extension universelle du versement de la redevance audiovisuelle. Le fait que chacun a une consommation différente des programmes de télévision et des chaînes incite à se baser sur un système ouvert permettant de choisir ce que l’on souhaite financer, ou non.

D’autres sources de financement peuvent alors être envisagées comme le micro-paiement, les abonnements, ou les contreparties publicitaires.

Une conception passéiste de l’impôt

La France est loin d’être le seul pays européen à réfléchir sur l’organisation du service public audiovisuel. En Suisse, le récent référendum sur la suppression de la redevance audiovisuelle, société recevant la redevance télévision et la reversant aux bénéficiaires, a soulevé la question de la fin des subventions de l’audiovisuel et de sa privatisation. Les partisans de cette option soulevaient notamment l’injustice du dispositif qui consistait à obliger quiconque détenant un téléviseur à financer des médias qu’il ne regardait pas forcément. Non seulement cette solution a été écartée, mais la Suisse a de surcroît renforcé la collectivisation du financement de l’audiovisuel public : à partir de 2019, la taxe sera payée par tous, même ceux qui n’ont pas de poste de télévision ou de radio.

En Suisse comme en France, les justifications d’une telle extension sont discutables. Rien ne permet d’affirmer que l’universalisation du financement de l’audiovisuel serait un vecteur de qualité et d’accessibilité de l’information et des programmes culturels. Au contraire, dans un système pluraliste et ouvert à la concurrence, sans aucune redevance publique, la diversité de l’offre médiatique sera reine.

Si la qualité est au rendez-vous, pourquoi spolier ?

En France, au lieu d’opter pour la solution de facilité d’une redevance universelle, les médias publics gagneraient donc à rechercher des modèles économiques plus respectueux des aspirations de leur audience. La qualité et la neutralité des programmes d’information ou de divertissement ne dépendent pas de l’extension de l’obligation de verser la redevance.

De nombreuses chaînes de télévision privées fonctionnent sur la base de l’abonnement ou d’autres modèles de financement comme la publicité, les jeux-concours, etc. Certains privilégieront un média qui apporte une information de qualité et approfondie, d’autres des programmes aux sujets variés et de registres différents. Si l’audiovisuel public a confiance en la qualité de ses programmes, il ne devrait pas craindre un financement volontaire, de la part des téléspectateurs ou bien des annonceurs. Ainsi, il ne paraît pas légitime de faire payer à tous une redevance qui soit en réalité la manne d’une offre ne pouvant pas correspondre à toutes les envies. Universaliser la redevance audiovisuelle, c’est bien relayer des « usagers » au rang de consommateurs d’une offre médiatique qu’ils n’auraient pas choisie.