François de Rugy : MI-NISTRE ! (Ah oui, j’oubliais, à l’écologie)

Ce qui compte pour François de Rugy, c’est que maintenant, il est ministre, et ce qui compte pour Macron, c’est que ce ministre lui doit tout.

Par Nathalie MP.

Commencerait-il à « y » penser en se rasant ? François de Rugy a toujours voulu être ministre. Avant quarante ans si possible. Aujourd’hui, il a 44 ans et c’est enfin chose faite. Tout sourire mercredi 5 septembre dernier pour son premier Conseil des ministres, assis à la droite d’Édouard Philippe comme le veut son rang de ministre d’État et troisième personnage du gouvernement, se prend-il maintenant à évaluer la distance qu’il lui reste à parcourir pour atteindre Matignon et, pourquoi pas,  L’Élysée ?

Question pas si farfelue : en janvier 2017, il était bien candidat à la primaire de gauche en vue de l’élection présidentielle ! Non pas qu’il ait tellement brillé en cette occasion, il n’a récolté que 3,8 % des votes. C’est dire s’il a impressionné l’électorat socialiste !

Le précédent Le Maire

Mais le précédent Le Maire (2,4 % à la primaire de droite de novembre 2016) est là pour nous rappeler qu’en politique l’échec ou le rejet des électeurs n’a jamais empêché quiconque d’obtenir ensuite un très agréable portefeuille ministériel.

D’ailleurs, le précédent Le Maire est également là pour nous rappeler que le fait d’avoir dit les pires horreurs sur l’actuel Président du temps où il était un adversaire politique à abattre n’est en aucun cas un obstacle pour entrer dans son gouvernement. La remarque, valable aussi pour Philippe et Darmanin, a acquis une nouvelle fraîcheur avec la nomination de François de Rugy.

Et de fait, il fut une époque pas si éloignée (janvier 2017) où celui-ci faisait mine de s’interroger sur le sérieux de la candidature présidentielle d’Emmanuel Macron (vidéo ci-dessous, 43″). Pour commencer, il doutait fortement de la réalité de son engagement écologique. Ah oui, j’aurais peut-être dû commencer par là : c’est à l’écologie que Rugy a été nommé. Ses propos antérieurs en sont d’autant plus savoureux :

Le premier problème, pour moi écologiste, c’est qu’il (Macron) ne parle pas d’écologie. Je ne sais pas quel est son programme écologique.

Il notait même sa relative sympathie pour tout ce que les écologistes détestent (le nucléaire, le diesel, etc.) ainsi que son soudain changement de pied pour ses besoins électoraux : « même si, depuis qu’il n’est plus ministre, il est contre ».

Enfin, avalanche de cerises sur le gâteau, il fustigeait les ralliements et se demandait avec quelle majorité Macron pourrait gouverner :

Ce ne sont pas les ralliements […] qui vont construire l’ossature d’un gouvernement ou d’une majorité parlementaire.

Résultat des courses : un mois plus tard, en février 2017, Hamon ayant battu Valls au second tour de la primaire citoyenne de gauche, c’est tout naturellement « au nom de la cohérence » que François de Rugy se ralliait à Emmanuel Macron, en dépit des lacunes criantes qu’il discernait chez ce dernier en écologie et malgré son engagement sur l’honneur de soutenir le vainqueur de la primaire.

Une carrière qui s’accélère

Sa carrière politique s’accélère notablement :

· Rallié à LREM, il conserve son poste de député de Loire-Atlantique lors des législatives de juin 2017, alors que tant de socialistes le perdent.
· Dans la foulée de sa réélection, il devient Président de l’Assemblée nationale.
· Suite à la démission de Nicolas Hulot, il est nommé ministre d’État, ministre de la Transition énergétique et solidaire le 4 septembre 2018.

Comment dire ? La biodiversité est peut-être menacée, mais l’espèce anguilla politica semble absolument indestructible. Vous savez, cette espèce bien connue et fort répandue qui fait son nid au gré du vent et des marées dans tous les partis et toutes les assemblées représentatives de citoyens. En ce domaine, malgré son petit air falot, François de Rugy est un véritable expert.

Mieux qu’un expert, un professionnel de la politique. Prenez sa biographie telle qu’elle vient d’être publiée sur le site du gouvernement : une date de naissance (le 6 décembre 1973 à Nantes), une formation étudiante (Sciences Po Paris, 1995) et ensuite, une litanie de mandats associatifs et électoraux.

Quelle expérience a-t-il en dehors de la politique ? Aucune. Quel travail véritable a-t-il effectué ? Aucun. François de Rugy, c’est l’apparatchik type dont toute la carrière s’est déroulée au sein d’une succession de partis politiques ayant à ses yeux suffisamment le vent en poupe pour lui garantir une carrière appréciable.

Reconnaissons-lui une constante : son tropisme pour l’environnement est ancien. Dès le lycée, il milite au sein de l’association nantaise de défense de l’Environnement. Bac en poche en 1991, il rejoint Génération Écologie (GÉ), le parti de Brice Lalonde créé initialement à l’initiative de François Mitterrand pour concurrencer les Verts.

En 1994, GÉ décide de ne pas passer d’accord électoraux avec d’autres partis contrairement aux Verts qui optent pour des accords à gauche. De nombreuses personnalités quittent alors GÉ dont l’évolution se poursuit plus à droite. Rugy quitte également GÉ pour fonder l’association Écologie 44 et rejoindre finalement les Verts en 1997. La même année, il est sèchement battu aux législatives par le maire de Nantes Jean-Marc Ayrault.

En 2001, à l’âge de 27 ans, il se rattrape : il obtient son premier mandat comme adjoint au maire de Nantes chargé des transports. Par la suite, Ayrault et lui se trouveront en désaccord à propos de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes : le premier y tient énormément tandis que Rugy est contre. Mais il est d’avis d’appliquer le résultat du référendum qui a vu le « oui » à la construction l’emporter avec 55 % des voix.

En 2007, il accède à l’Assemblée nationale comme député de Loire-Atlantique. En 2010, les Verts évoluent en « Europe Écologie Les Verts » (EELV) sous l’impulsion de Daniel Cohn-Bendit qui cherche à rassembler les mouvances écologistes. C’est donc sous cette nouvelle étiquette élargie que François de Rugy se succède à lui-même lors des législatives de 2012. Dans la foulée, il devient co-président du groupe écologiste à l’Assemblée en tandem avec Barbara Pompili. « Ken et Barbie » se moquent certains.

Mais en août 2015, il annonce qu’il quitte EELV dont il dénonce la « dérive gauchiste » et le projet de s’allier au Front de Gauche dans le Nord et en PACA pour les élections régionales de décembre 2015.

Il enfonce le clou avec la publication de son livre Écologie ou gauchisme, il faut choisir !  Parallèlement, il lance le parti Écologistes ! tout en restant dans le groupe parlementaire des écologistes avec EELV.

En 2016, il intensifie sa rupture avec EELV en quittant le groupe des écologistes pour rejoindre celui des socialistes. Lui et quelques autres députés n’ont toujours pas digéré le refus de Cécile Duflot de siéger dans le gouvernement Valls (2014). Bien qu’entretemps, Emmanuelle Cosse, Barbara Pompili et Jean-Vincent Placé soient revenus au gouvernement, l’affaire Baupin qui éclate en mai 2016 (accusations de harcèlement sexuel qui seront abandonnées en raison de la prescription des faits) achève de disloquer EELV.

Un « opportuniste » ?

Suite à son ralliement à Emmanuel Macron en 2017, le voici donc ministre d’État en charge de la Transition écologique et solidaire.

À écouter ses anciens collègues d’EELV, c’est un homme « très ambitieux », pour ne pas dire un « opportuniste » qui a tout de la « caricature du professionnel de la politique ». Il « rêvait » depuis toujours d’un tel poste et « doit être au septième ciel » de l’avoir obtenu.

Plus original : « François de Rugy a toujours été libéral » et « il pense que libéralisme et écologie sont compatibles », ce qui, toujours selon ses anciens amis écolos, lui permet à l’évidence de se recycler harmonieusement dans le macronisme. La preuve, il pense « qu’on peut faire marcher main dans la main écologie et économie » :

L’idée n’est pas bête, mais associée à Macron elle devient absurde tant on sait combien il poursuit lentement (lamento de Hulot) mais sûrement la politique qui consiste à taxer et réglementer le moindre comportement des Français en matière de transports, énergie ou alimentation.

Avec le recul, les écologistes estiment maintenant que sa candidature à la primaire de gauche n’aura pas été complètement inutile car elle l’a obligé à exposer son propre programme écologique. Sera-t-il capable de l’appliquer ?

En particulier, sur le dossier sensible du nucléaire, il avait repris l’objectif de la loi de transition énergétique votée en 2015 de faire passer la part du nucléaire dans le mix électrique de 75 % à 50 % d’ici 2025. Il s’était de plus positionné pour une sortie complète du nucléaire d’ici 2040 et pour une électricité 100 % renouvelable dès 2050.

Très remonté contre EDF, Rugy  compte bien ôter à l’entreprise nationale toute idée de se comporter comme un vulgaire lobby du nucléaire. Nicolas Hulot a pourtant averti en fin d’année dernière que l’objectif de la loi de transition énergétique ne serait pas atteignable en 2025 à moins de réactiver des centrales à charbon ou d’aller beaucoup plus vite sur les énergies renouvelables.

Concernant les transports, Rugy souhaitait que toutes les voitures neuves vendues en France d’ici 2025 soit électriques ou hybrides afin d’atteindre « zéro émission sur les routes de France d’ici 2040. » Quant à l’alimentation, les repas servis dans les cantines scolaires devront devenir 100 % bio en 5 ans.

« Tout ça pour ça »

Malgré ces nobles ambitions très volontaristes – ce qui signifie en réalité qu’elles seront très dirigistes et à n’en pas douter extrêmement punitives et coûteuses – la famille écologiste et les partis de gauche ne sont guère convaincus par sa nomination. « Tout ça pour ça », telle est l’expression qui donne le ton général des réactions. « Depuis le temps qu’il attendait » ajoute perfidement le porte-parole d’EELV :

Au rayon des reproches amers faits à Rugy figure sa programmation nocturne de l’examen de l’amendement visant à interdire le glyphosate. Les raisons d’une telle attitude sont incontestablement à chercher du côté de sa détestable orientation « libérale ». Pour Mélenchon, la nomination de Rugy se borne à conforter les « apparences » écologiques pratiquées par le gouvernement  :

À droite, la critique porte plutôt sur la décision du nouveau ministre de quitter la présidence de l’Assemblée nationale alors que jusque-là, il donnait l’impression que le but ultime de sa vie consistait à porter haut les couleurs et les droits du Parlement :

Mais il se dit aussi qu’Emmanuel Macron n’a pas tellement apprécié de le voir acquiescer à la demande d’une commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Benalla. Dans cette hypothèse, il l’aurait fait entrer au gouvernement afin de pouvoir le surveiller de plus près et voir l’un de ses fidèles de la première heure, Richard Ferrand, lui succéder au perchoir.

Par chance, François de Rugy a fait ses classes politiques dans l’écologie. Pour remplacer Hulot, ça tombe très bien. François de Rugy est donc prêt à relever le « lourd défi » du développement durable et de la protection de l’environnement. Il a obtenu l’assurance que la transformation écologique promise sera bien mise en oeuvre et il est donc là « pour agir pour l’écologie avec méthode, détermination et persévérance dans le temps. » Amen.

Mais quoi qu’il en soit, ce qui compte pour lui, c’est que maintenant, il est ministre, et ce qui compte pour Macron, c’est que ce ministre lui doit tout. Après les éclats médiatiques et les états d’âme du précédent titulaire du poste, l’exécutif, calmé, stabilisé, peut enfin se remettre à communiquer avec enthousiasme sur des perspectives nettement plus « printanières » : Prélèvement à la source, déficit budgétaire… que du bonheur !