80 km/h : 7 raisons pour lesquelles Macron va se prendre un platane

Macron a bénéficié du soutien de tout l’appareil d’État, grâce aux voix d’étatistes de gauche et de droite. Dans un monde où la démocratie recule, la mesure de limitation de la vitesse à 80Km/heure fait donc inconsciemment peur.

Par Hector Allain.

Si plusieurs raisons expliquent le décrochage de Macron dans l’opinion, la loi sur les 80 km/h est sans doute la goutte d’eau de trop dans ce déluge de contraintes et de vexations fiscales. Cette loi technocratique et mal expliquée est en effet symptomatique. Elle est l’expression d’un État étouffant, affamé et méprisant. Sept raisons pour lesquelles cette loi passera mal, qu’elle soit utile ou non :

  1. Pour le Français, la loi ne s’attaque pas aux vraies causes de la mortalité

Si la vitesse est un facteur aggravant, l’alcool, les stupéfiants, la fatigue constituent les vraies causes de mortalité. Plus étrange encore, la Ligue contre la violence routière reconnait dans un rapport récent que 50% des tués sur routes sans séparateurs médians se concentrent sur 15% des distances. Pourquoi diable ne pas réduire la vitesse uniquement sur ces segments ? Mal ciblée, la nouvelle loi aura des résultats – on en obtiendrait encore plus en roulant à 10 km – mais au prix d’un effort mal compris.

  1. L’État devrait commencer à faire son travail sur la sécurité

Malgré des impôts en hausse constante et un record mondial des taxes, l’état de nos routes se dégrade. Comme celui de nos trains, de notre éducation et de notre police. À Paris, la chaussée est criblée de nids-de-poule. La signalétique souvent bâclée perturbe aussi la conduite.  Dispose-t-on des statistiques sur le rôle de cet amateurisme administratif sur les accidents routiers ? Plus généralement, d’où vient ce paradoxe qui fait que le citoyen en ait moins alors qu’il paie toujours plus cher ? La raison est malheureusement simple : à l’instar d’un obèse de 150 kg, plus l’État grossit, plus il devient inefficace et plus sa voracité s’accroît. L’absentéisme des fonctionnaires, l’imbroglio des règlements, l’empilement des structures continuent d’augmenter année après année. Pour l’État, il semble plus facile de s’en prendre aux automobilistes que de demander aux cantonniers de travailler pour améliorer la chaussée.

  1. L’exemple d’autres pays pose question

Les comparatifs européens de pays similaires, notamment du Danemark ou de l’Allemagne incitent à la méfiance. Ces débats techniques ont été superbement ignorés par les technocrates français. Une approche intelligente aurait été de procéder à une campagne de tests qui aurait mis tout le monde d’accord. Les Français sont évidemment favorables à la sécurité, mais ils attendent des éléments factuels.

  1. L’État est obsédé par l’argent

La mesure des 80 km/h s’inscrit dans une série noire fiscale. Elle vient après l’augmentation majeure des contraventions, qui sont passées à Paris de 17 à 50 €.  La maire Anne Hidalgo a confié l’exploitation des contraventions à un partenaire privé autrement plus efficace que ses contractuels fatigués. Au niveau national, on va privatiser les radars. Dans l’administration, on déteste le secteur privé mais on a recours à lui quand il s’agit de réaliser les basses œuvres. Le citoyen préfèrerait sans doute qu’on privatise le nettoyage des rues particulièrement sales à Paris ou le traitement des demandes administratives qui se font de plus en plus lentement.

  1. On veut nous refaire le coût de la vignette

L’arrogance de Macron est son talon d’Achille. Avec la promesse de réallouer les revenus des radars aux victimes, le gouvernement prend les Français pour des idiots. La vignette supposée aider les anciens a finalement renfloué le budget global. Les victimes de la route étant déjà prises en charge par la Sécurité sociale, les fonds collectés connaîtront le même sort. Les jeux d’écritures comptables ne sont que de la poudre aux yeux.

  1. Il existe d’autres causes prioritaires mais peu rentables pour l’État

Sait-on que plus de 20 000 personnes meurent chaque année des suites d’accidents domestiques ? Cette statistique est particulièrement effroyable car elle concerne 2000 enfants. Qui prend la parole pour ces victimes ? Qui vient nous faire des leçons de morale pour pacifier les maisons ? Même si des mesures européennes ont amélioré depuis 30 ans la sécurité des foyers, l’État brille par son absence. Des campagnes de préventions ciblées auraient un impact fort, sans doute en milliers de vies sauvées. Un levier sans doute beaucoup plus efficace que l’ennuyeuse mesure sur les 80 Km/h. Mais comme il est difficile en effet de mettre un radar/collecteur de taxes dans chaque maison, l’État fait preuve d’une sentimentalité sélective.

  1. Cette mesure est perçue comme liberticide

Personne ne conteste évidemment la nécessité de sécurité mais le Français aime sa voiture et la liberté qu’elle représente. Les États ont toujours utilisé le prétexte de la sécurité pour limiter les libertés citoyennes. Le mur de Berlin a été construit officiellement pour protéger les Allemands de l’Est des intrusions du monde libre.

La voiture a une particularité par rapport au système étatique : elle entre en concurrence avec le business des transports en commun qui représente des milliards d’euros. Ce combat de titan n’est pas seulement économique, il est aussi idéologique. En France, les transports en commun font l’objet d’un dogme presque religieux qui permet d’occulter une réalité parfois sombre : un service qui se dégrade malgré une dette et des prix qui grimpent, des trains électriques que l’on fait rouler grâce au nucléaire dont les prochaines générations paieront le prix écologique, des métaux lourds qui infestent les couloirs du métro…

Le gouvernement actuel est libéral par pragmatisme mais foncièrement étatique par sa culture. Macron a bénéficié du soutien de tout l’appareil d’État, grâce aux voix d’étatistes de gauche et de droite. Dans un monde où la démocratie recule, la mesure de limitation de la vitesse à 80Km/heure fait donc inconsciemment peur. En France, un État big brother se dessine à petites touches, accompagnées d’un sirop douçeâtre de technologie et de bonne conscience. Fondée ou pas, cette mesure coûtera cher au gouvernement actuel qui a péché par orgueil et manque de discernement.