Corrigé du Bac Philo 2018 : La culture nous rend-elle plus humains ?

Diplôme du baccalauréat (Image libre de droits)

Une correction du Bac Philo 2018 proposée par Marion B.

L’être humain est un animal singulier qui se distingue du reste du simplement vivant parce qu’il ne possède pas en lui-même le développement de ses facultés. Là où l’animal est d’emblée toujours adapté à son environnement naturel par son instinct, l’homme ne se développe en tant qu’humain que dans un cadre culturel. L’être humain, pour se conquérir, n’a d’autre choix que de développer ses facultés entouré d’autres qui lui sont semblables, acquérant, de ce fait, une culture.

Spontanément, on pourrait penser que la culture, parce qu’elle est au principe du développement des facultés humaines, est le moyen nécessaire de rendre l’homme plus humain. Si l’être humain, en effet, n’est qu’un potentiel qui doit s’actualiser au contact de l’autre, il ne peut devenir pleinement humain que dans le contexte d’une culture qui fera de lui ce qu’il sera. Or, si la culture peut désigner l’ensemble des œuvres humaines et ainsi désigner l’accomplissement de l’humanité en l’homme, celle-ci n’en désigne pas moins l’ensemble des manières de penser, agir et sentir propres à une collectivité donnée. Dès lors, il faudra reconnaître que la culture, loin d’être un tremplin vers l’humanité, se réduit peut-être à n’être qu’une marche nécessaire vers la division de l’homme avec l’humanité et la dissolution de l’humanité dans le communautarisme. Et dès lors, la culture nous rend-elle plus humain ou bien n’est-elle qu’une manière de séparer l’homme de l’humanité ?

Dans un premier temps, nous verrons que la culture est le moyen nécessaire pour que l’homme devienne humain, pour mettre en évidence que la culture, quoiqu’elle soit une nécessité, revient toujours à séparer l’homme de l’humanité, afin de comprendre que l’humanité, pour se réaliser, doit paradoxalement se séparer de la culture qui la constitue.

Il faut reconnaître que l’être humain n’est à son origine qu’une table rase. Bien qu’empli de possibilités infinies, il ne deviendra en mesure de les réaliser qu’impliqué dans des relations avec d’autres hommes. La raison, par exemple, n’est qu’un potentiel qui ne peut s’activer que sous le regard de l’autre. La subjectivité n’est rien, reconnaissent les phénoménologues, si elle ne s’exerce pas d’abord dans le milieu de l’inter-subjectivité. La culture, envisagée ainsi, se présente comme le prolongement biologique de l’homme.

Devenir humain, par conséquent, requiert d’absorber une culture qui, parce qu’elle permettra de s’affirmer dans son humanité, permettra d’y participer. Être humain, malgré les injonctions de l’individualisme, revient toujours à aspirer d’une communauté. Dès lors, quel moyen sera plus efficace que la culture, puisque partageant une culture commune, je deviens membre d’une communauté qui ne m’est plus naturelle ? Il est évident que l’humanité se construit en dehors de la nature, voire même contre la nature. Si les chats ont une communauté de chats qu’ils n’interrogent jamais, force est de constater que l’être humain s’acharne à participer d’une humanité qu’il se chargera de définir lui-même. Par conséquent, l’individu ne peut devenir un homme que dans le commerce avec ses semblables.

Devenir pleinement humain suppose donc d’être immergé dans un milieu culturel, lequel permettra à l’individu de s’épanouir en tant que représentant de la race humaine. Pourtant, ce milieu culturel demeure à chaque fois particulier et m’éloigne toujours un peu plus et nécessairement de l’idée d’humanité.

La culture nous ramène chaque jour au réel. L’humanité est une idée théorique, issue de la culture, sans doute nécessaire, mais dans le monde, je ne croise que des hommes et jamais l’humanité. La culture ne nous rend pas plus humain, parce qu’à mesure qu’elle nous ouvre sur l’humanité, elle nous réduit au groupe. Il y a là une impossibilité de principe. Elle divise entre celui qui se sert de couverts et celui qui se sert de ses mains, entre celui qui fait des sacrifices humains et celui qui incarcère ceux qui violent la loi sous couvert d’humanité. La culture, loin d’être au principe d’une humanisation, se révèle finalement n’être que le poison supplémentaire entre l’homme et lui-même. Sans jamais aborder à une espèce d’universalisme, elle ne fait que cristalliser les différences entre les modes de vie.

Si elle favorise le développement de nos caractéristiques humaines, la culture finit de n’être qu’un tapis mou sur lequel les différences s’exacerbent. Dans de telles conditions, l’humanité ne devrait-elle pas se réclamer d’un droit à la déculturation ?

Par un chaud dimanche d’été, Bouvard et Pécuchet, remplaçant Job, deviennent le cri de l’être humain qui ne sait plus comment se réconcilier avec son humanité. Être humain revient à s’écarteler entre les exigences de la culture et des appétits naturels comme l’ignorance.

La culture ne participe que de l’appartenance au groupe, cependant, en tant qu’interrogation, elle devient une obsession légitime. La difficulté n’est plus de savoir si la culture nous rend plus humain, mais de comprendre comment la culture devrait nous pousser à nous interroger sur l’homme.

Comment rendre compte de cette bête qui se satisfait de tout, tout en n’étant jamais satisfait de rien ? Le fond du problème ne semble donc pas être la culture, mais l’homme lui-même qui ne sait qu’être partagé entre l’homme ou l’humanité, lui et le monde.