Locations touristiques : pourquoi Paris fait fausse route

Alors que les plateformes de location sont encouragées partout en France, notamment en raison de l’offre insuffisante d’hébergements hôteliers, Paris obstrue une activité dont les recettes croissent énormément.

Par Alexandre Vesperini1.

Le vote du budget 2018 de la Ville de Paris est l’occasion de repenser l’équilibre financier de la capitale, alors que la baisse des dotations de l’État aux collectivités se poursuit. Or, au lieu de réfléchir avec pragmatisme aux sources de recettes considérables que représente le décollage de l’économie touristique, la municipalité parisienne accumule les freins au développement de ce secteur, privant ainsi ses habitants de retombées fiscales importantes.

Parmi les nombreuses entraves que connaissent les opérateurs privés, l’encadrement des meublés touristiques (AirBnB, Abritel…) constitue un véritable cas d’espèce, faisant de la capitale française la ville la plus restrictive d’Europe et ce, alors même que 25% de ses habitants détiennent un compte sur une plateforme de tourisme meublé.

Premièrement, la Ville de Paris va obliger à partir du 1er décembre prochain les habitants louant leur logement en meublé touristique à s’enregistrer sur une plate-forme municipale. Alors que ce système a été mis en place début octobre, le nombre d’inscriptions est extrêmement faible (environ 5 000 numéros délivrés pour 100 000 offres annuelles…), ce qui confirme par avance l’échec de ce dispositif technocratique, lourd et perçu comme attentatoire aux libertés.

Deuxièmement, M. Brossat, adjoint communiste à la Maire de Paris chargé du logement, entend réduire le seuil de jours au-delà duquel il est interdit de louer son habitation sur une plateforme, l’abaissant de 120 comme aujourd’hui à 90 journées.

Là encore, cette mesure est non seulement discutable dans son principe mais s’avèrera de surcroît sans effet, puisque la durée de location touristique d’un appartement parisien dépasse rarement 4 ou 5 semaines dans l’année.

De plus, il faut ajouter que Paris fait presque figure d’exception en Europe. À Berlin, la cour de Karlruhe a donné raison, contre la municipalité, à un habitant qui louait son logement 182 jours par an, ce qui a entraîné le gouvernement allemand à préparer une nouvelle loi plus libérale.

À Londres, le seuil maximal est fixé à 90 jours pour les résidences principales comme pour les résidences secondaires, tandis que Paris interdit en pratique la location de ces dernières. Quant aux autres villes, il n’y a ni seuil de jours, ni système d’enregistrements (Milan, Lisbonne, Athènes, Dublin, Anvers, Liège…).

Troisièmement, il faudra bientôt au détenteur d’un appartement beaucoup de patience et d’effort pour comprendre ce qu’il peut faire, à qui s’adresser, et quelles compensations s’appliquent à lui. En effet, l’autorisation de changement d’usage de la résidence vers le tourisme est délivrée sous condition de compensation de mètres carrés dédiés au logement… Allez comprendre.

Paris se prive de recettes

Alors que les plateformes de location sont encouragées partout en France, notamment en raison de l’offre insuffisante d’hébergements hôteliers, Paris obstrue donc une activité dont les recettes croissent énormément (plus de 5 M€ de taxes de séjour à Paris attendus en 2017 avec Airbnb).

Le résultat de cette politique est prévisible : bien loin d’enrayer leur ascension, la municipalité va orienter les flux de location vers d’autres opérateurs qui, eux, ne collecteront pas la taxe de séjour.

Lutter contre les abus d’une activité économique disruptive par de telles mesures revient à jeter le bébé avec l’eau du bain, sans répondre à des insatisfactions par ailleurs légitimes (nuisances).

Au lieu de s’enfermer dans une approche dogmatique, la municipalité ferait mieux de comprendre qu’à travers les locations touristiques, les Parisiens expriment la nécessité, pour un grand nombre d’entre eux, de payer leurs impôts et leurs charges ou de gagner en pouvoir d’achat (notamment les seniors).

Si elle souhaite vraiment défendre le secteur hôtelier, la ville de Paris serait plus inspirée de baisser la taxe de séjour et d’exiger du gouvernement un allègement exceptionnel du fardeau fiscal et normatif qui pèse sur les établissements, au moins jusqu’aux JO.

S’il veut réellement favoriser la capacité à se loger, M. Brossat devrait militer pour un assouplissement juridique des baux et un durcissement des sanctions à l’égard des locataires débiteurs. Il désinciterait bien plus efficacement les propriétaires à user excessivement leur bien à des fins touristiques.

Après avoir été hostile aux ouvertures dominicales et nocturnes, Anne Hidalgo avait finalement compris que cette opposition n’avait plus de sens au regard des enjeux touristiques pour Paris. Formons le vœu que les propriétaires et locataires de meublés touristiques ne perdent pas autant de temps.

  1. Alexandre Vesperini est Conseiller de Paris -PPCI ; constructifs et indépendants-.