Non, Airbnb n’est pas responsable de la hausse des prix de l’immobilier

AirBnB by Viaggio Routard(CC BY 2.0)

Regardons de plus près les arguments de ceux qui accusent Airbnb de faire augmenter le prix des locations.

Par Pierre Pellet.

À qui la faute pour la hausse des prix de l’immobilier à Paris ? C’est très simple, c’est le résultat de l’action de Airbnb. C’est la maire de Paris qui l’affirme dans une interview sur RMC où elle qualifie les propriétaires de location courte durée de « prédateurs ».  Ce serait à cause d’eux que Paris perd des habitants.

Airbnb est-il vraiment responsable de l’envolée des prix parisiens ?

Alors, qu’en est-il vraiment ? Faut-il croire l’édile sur parole ? Que se passe-t-il si on adopte une démarche cartésienne pour vérifier cela ?

Prenons l’évolution des prix immobiliers depuis 20 ans à Paris.

Les prix sont corrigés de l’inflation pour que l’on puisse comparer les différentes époques.

La date officielle de création de Airbnb est 2008. La courbe montre bien que la hausse des prix de l’immobilier a débuté à Paris en 2008, au moment même de la création de Airbnb… Ah, non ? La hausse a débuté en 1995 et il y a même eu une baisse en 2009 ?

Bizarre…

Une part modeste de Airbnb dans l’immobilier global parisien

Par ailleurs, combien y a-t-il de location saisonnière à Paris ? 20 000 selon la maire de Paris. Vraiment ?

Quelle maîtrise du sujet encore une fois. On est plutôt à 140 000. On ne pourra pas nous taxer de minorer les chiffres après cette révélation. La réponse nous est donnée par un site très fiable qui s’appelle airdna, et qui recense les données de Airbnb.

En effet, il faut savoir que lorsque vous inscrivez votre logement pour le louer sur Airbnb, les données privées deviennent publiques et librement accessibles.

Le site utilise les données des propriétaires pour faire des études de marché, ou plus simplement pour recenser tous ces éléments sur des cartes synthétiques, ou encore pour les revendre… à la Mairie de Paris ?

Quel pourcentage de logements cela représente-t-il à Paris ? D’après l’INSEE, il y avait 1 362 182 logements à Paris en 2014. Il y en a forcément davantage aujourd’hui, mais partons sur les chiffres officiels.

Nous admettrons que tous les logements présents sur Airbnb sont des logements loués à l’année en saisonnier : cela est cependant complètement faux, d’une part parce que réglementairement c’est interdit, et d’autre part parce que nombre de propriétaires cherchent simplement à arrondir leurs fins de mois, en ne louant que quelques jours par an.

Mais prenons des hypothèses favorables pour démontrer la thèse « officielle ».

Il y a donc 10,2% de logements loués en Airbnb sur Paris. On voit que ce pourcentage est très faible, et peut difficilement engendrer un impact important sur le prix de l’immobilier.

Mais si on prend le chiffre de 20 000 logements loués en courte durée, avancé par la maire de Paris, on est à 1,5%. Le raisonnement officiel est donc que 1,5% des logements est responsable de la hausse des prix de TOUS les logements.

Peu de propriétaires de nombreux biens

Ce qui est surprenant, c’est que la plupart des propriétaires d’Airbnb, disons la même l’immense majorité, utilisent Airbnb, disons-le une nouvelle fois, pour pouvoir arrondir leurs fins de mois. Très peu de propriétaires en font leur métier.

Bien entendu, le battage médiatique permet de mettre en avant tel ou tel propriétaire ayant une centaine de locations, c’est-à-dire l’équivalent d’un hôtel, mais c’est extrêmement rare.

Franchement, qui est capable aujourd’hui d’investir dans 100 appartements à Paris pour les louer en saisonnier ?

Au final, ce sont les gens modestes qui louent sur Airbnb et sont ces « prédateurs » qui vous empêcheraient d’acheter à Paris tellement c’est cher.

Vous pensez vraiment que les riches vont s’embêter à louer en saisonnier, gérer des réservations, des clients mécontents… alors qu’ils ont des parts dans des sociétés qui ont des croissances annuelles à deux chiffres ?

Des arguments peu avouables à l’origine d’un discours erroné ?

Peut-être que les causes de cette fronde anti Airbnb sont à rechercher un petit peu plus loin sous la surface des discours.

Peut-être que les hôtels exercent un lobby assez puissant, pour essayer de faire croire au plus grand nombre que la location courte durée est un fléau à combattre absolument ? Simple hypothèse…

Voici un extrait de la séance du Conseil de Paris, qui pourra peut-être éclairer un peu les discours et les décisions. Un article du Parisien relate :

Selon « Le Canard enchaîné », le directeur de cabinet de la maire pourrait rejoindre dans quelques mois le groupe hôtelier Accor, directement impacté par l’explosion des locations touristiques meublées. « Envisagez-vous de saisir la commission de déontologie afin qu’elle nous dise en toute transparence si l’intervention de votre directeur de cabinet est compatible avec les informations relatées dans la presse ? »

J’espère que vous avez bien mesuré ce que vous avez dit. Ce que vous venez de dire est purement scandaleux », rétorque Anne Hidalgo du haut du perchoir, allant même jusqu’à menacer d’attaquer l’élue pour diffamation.

Les propriétaires d’Airbnb sont-ils exonérés d’impôts lorsque vous louez sur Airbnb ?

 

Enfin, il est beaucoup question de libertés prises avec les impôts par les propriétaires qui louent en courte durée. Mais d’où vient cette affirmation fantaisiste ?

Le cadre juridique extrêmement clair à ce niveau. Bien entendu, les loyers doivent être déclarés, et leur imposition est très forte.

Il s’agit soit du (ex) RSI, avec les conséquences que l’on connaît, soit du régime général, avec un taux d’imposition qui correspond à la tranche marginale d’imposition, accompagné des prélèvements sociaux. Soit souvent plus de 50% les deux cumulés.

Ce régime n’est pas du tout favorable par rapport à une location à l’année ou à l’hôtellerie.

Les hôteliers ne parlent pas de leurs avantages fiscaux

Puisque nous parlons des hôteliers… que se passe-t-il pour eux au niveau imposition ? Les professionnels de l’hôtellerie sont-ils vraiment à plaindre ?

Les professionnels de l’hôtellerie oublient peut-être d’en parler, mais ils bénéficient d’incitations fiscales importantes.

Lorsqu’on reprend une affaire d’hôtel, on bénéficie d’une réduction d’impôt sur le revenu, et ensuite l’hôtellerie bénéficie d’une TVA à taux réduit.

Lorsqu’il se compare avec les propriétaires de location courte durée, l’hôtelier se compare avec des propriétaires qui sont plus imposés que lui !

Les normes imposées aux hôtels, concurrence déloyale de Airbnb ?

Les propriétaires qui louent en courte durée ont des logements épars. Ce qui n’a vraiment rien à voir avec un hôtel.

La réalité, c’est qu’un hôtelier est soumis à des normes strictes, dans la mesure où il accueille plus de 15 personnes en même temps, ce qui le met sous le régime des ERP.

Mais un propriétaire d’hôtel ou d’un gîte de plus de 15 personnes, est soumis à exactement la même réglementation. Encore un mythe qui tombe.

La réalité, c’est que les hôteliers qui ont des chambres au goût du jour, et en bon état, sont moins enclins à se plaindre.

Ceux qui se plaignent, ce sont ceux qui n’ont pas fait d’investissement, et ont des hôtels de très mauvaise qualité, qui ne souffrent pas une seconde la comparaison avec des logements remis au goût du jour dans lesquels il y a eu un investissement.

La vérité peut être un peu crue à entendre, mais à quoi cela sert-il d’aller contre le progrès ?

L’art de se tirer une balle dans le pied

La question fondamentale qu’il faut se poser, c’est : pourquoi, Paris, ville lumière et une des premières villes touristiques du monde, attache autant d’importance à lutter contre Airbnb et la location courte durée destinée aux touristes ?

En effet, louer en courte durée est certes un moyen d’arrondir les fins de mois, mais les propriétaires s’en servent aussi pour entretenir leur patrimoine, de le développer, et de pouvoir tout simplement rester vivre dans la capitale.

C’est le même système qui s’est mis en place à Barcelone et dans sa région. Il y a eu la crise de 2008 et justement à cette époque Airbnb a pris son essor.
Les Espagnols ont une culture de la résidence secondaire ; ayant perdu leurs emplois, ils se sont tournés logiquement vers la location courte durée… contre laquelle le gouvernement de gauche s’est empressé de lutter.

C’est pareil à Paris, et difficilement compréhensible. En effet, les études montrent que Paris se vide complètement des classes moyennes. Ne subsistent que les classes défavorisées qui ont la chance de bénéficier d’un logement social, et les plus favorisées, qui peuvent se payer un logement hors de prix.

La responsabilité d’Airbnb paraît bien discutable.