Portrait de la jeunesse désabusée de Nuit Debout

By: Maya-Anaïs Yataghène - CC BY 2.0

Qu'incarne la jeunesse qui défile place de la république avec Nuit Debout ? Portrait de cette jeunesse désabusée.

Par Benjamin Boscher.

Un article de Trop Libre.

By: Maya-Anaïs YataghèneCC BY 2.0

Face à l’ampleur du mouvement Nuit Debout initié par la jeunesse, les jeunes reviennent au cœur des débats et des attentions politiques.

Qu’incarne cette jeunesse désabusée ?

Il demeure pour autant difficile de savoir ce que cette jeunesse de la place de la République recouvre et incarne. On la décrit communiste, antifasciste, libertaire, anarchiste, féministe…Si elle a pu se montrer malavisée et contestable, elle semble pour autant libre de sa diversité et foncièrement composite. Quel que soit ce qu’elle représente, cette jeunesse est engagée et guidée par certaines utopies, cherchant à faire converger des luttes qui ne peuvent, ni ne doivent, forcement y parvenir.

Cette jeunesse militante doit ainsi veiller à demeurer ouverte, non-exclusive et accessible aux jeunes plus hésitants, différents et sceptiques face au poids des idéologies contestables. Ces derniers n’en demeurent pas moins essoufflés par les crises qu’ils traversent et désabusés par un système politique qui ne leur laisse aucune place.

Plus qu’une convergence incertaine des luttes, il semble préférable que la jeunesse s’accepte d’abord telle qu’elle est, diverse et parfois divisée mais unanimement fatiguée par toute forme de défaitisme et par une crise systémique, sociale et politique, qui serait acquise et insolvable.

Au fond, même s’il est difficile de mesurer l’ampleur de ce mouvement, il faut se satisfaire que l’engagement soit là, éveillé, prêt à être débattu. Simone de Beauvoir a raison, la jeunesse n’aime pas les vaincus. Elle n’aime pas non plus les statu quo ou les schémas inutiles. Même si certains jeunes préfèrent encore défendre des protections qui ne protègent plus, des règles qui réglementent mal, des acquis profitables à une minorité, d’autres préfèrent qu’un mouvement, même radicalement différent, s’enclenche. Le consensus qui tâche de satisfaire chacun ne satisfait personne et ne réformera rien.

C’est aux jeunes de sortir de cette tempérance inféconde et d’assumer l’exercice de leur influence avec responsabilité. Notre société tend à ne plus être bâtie sur des rapports de force mais sur des rapports de flux.Les structures pyramidales s’étiolent et la confiance, même générationnelle, doit être au cœur des organisations afin de faire émerger de nouveaux leaders et de nouveaux projets, à Paris, en banlieues, dans les zones rurales.

Politiques publiques 2.0

La société de confiance appelle davantage d’horizontalité, une véritable reconnexion citoyenne, des politiques publiques 2.0. et doit réserver une place plus importante aux jeunes dans les structures qui l’influencent. Érodés par la crise, ils ont compris qu’ils peuvent faire plus et assumer davantage. La jeunesse qui s’engage n’est pas forcément irresponsable !

  • En économie
    Ces dernières années, la plupart des nouvelles sources de croissance et d’innovation sont créées au cœur de l’économie numérique par des jeunes de moins de 35 ans. En témoignent les exemples et les succès de startups comme BlablaCar, Leetchi, Dailymotion, Telegram, Snapchat, Buzzfeed, Facebook. Cette jeunesse, souvent diplômée, qui entreprend dans l’écosystème numérique est porteuse d’avenir et assume sa conquête schumpetérienne de l’économie. Naturellement, ces initiatives bouleversent de nombreux secteurs. Mais l’histoire montre, qu’à terme, ce processus de « destruction créatrice » finit par réussir et à rapprocher des populations parfois très éloignées du marché du travail.
  • En entreprise
    Des entreprises, en quête d’innovation, développent de nouvelles structures où la jeunesse est incluse aux processus de décisions. Des Shadow Comex (des comités exécutifs d’entreprises composés de jeunes) à visée stratégique et consultative apparaissent, des politiques de Reverse mentoring (facilitant le dialogue intergénérationnel) font leurs preuves et les réseaux de jeunes entrepreneurs ainsi que des Junior-Entreprises continuent de passionner une frange certaine de la population. La jeunesse prend confiance et réussit lorsqu’elle sait que l’on commence à se fier à elle.
  • En politique
    La défiance vis-à-vis des hommes politiques et de nos institutions est immense, comme en témoigne la montée de l’abstention et des extrêmes. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Lorsque l’on voit la moyenne d’âge de nos élus – près de 55 ans pour les députés -, la déconnexion des réalités numériques d’un grand nombre d’entre eux ou le constat récemment formulé par une étude de France Stratégie1 qui indique que les politiques publiques mises en œuvre ces dernières années étaient majoritairement défavorables aux jeunes. Notre cher modèle social tendrait en effet à limiter les inégalités de revenu mais en laissant prospérer des inégalités d’accès à l’emploi, à l’assurance contre la perte de revenu, au logement ou au crédit. Cette étude2 avertit que « les politiques publiques n’ont qu’imparfaitement intégré l’émergence du “nouvel âge de la vie” que constitue la jeunesse » et que « Le renforcement des protections traditionnelles (…) a laissé de côté un nombre croissant de jeunes en situation précaire sur le marché du travail, voire en “galère” »…

Alors la jeunesse essaye de réagir, diversement : par des mouvements, comme Nuit Debout ; par l’inclusion du numérique au politique – l’accroissement de la CiviTech le dessine – ; par la création de mouvements jeunes et transpartisans – à l’instar de l’initiative positive du nouveau parti Allons enfants – .

Le signe de la jeunesse réside sans doute dans la capacité d’engagement. Être jeune c’est avant tout souhaiter que chaque année diffère positivement de la précédente plutôt que de défendre certains dogmes reçus en héritage et dont on connaît les résultats infructueux ; c’est se satisfaire de maintenir le monde à une température vivifiante plutôt que le regarder s’attiédir ; c’est être libre et ouvert avant même d’échanger sur l’essence de combats nécessaires ; c’est sans doute savoir ce qui n’est pas acceptable avant même de défendre et certifier certains modèles platoniques comme nécessairement justes et légitimes.

La jeunesse doit être combative et exigeante, sans rien oublier des responsabilités qui lui incombent.

Sur le web

  1. Étude de France Stratégie, Jeunesse, vieillissement, quelles politiques ?, mars 2016, francestratégie1727.fr
  2. Ibid.