Portrait de la jeunesse désabusée de Nuit Debout

Publié Par Benjamin Boscher, le dans Sujets de société

Par Benjamin Boscher.

Un article de Trop Libre.

Face à l’ampleur du mouvement Nuit Debout initié par la jeunesse, les jeunes reviennent au cœur des débats et des attentions politiques.

Qu’incarne cette jeunesse désabusée ?

Il demeure pour autant difficile de savoir ce que cette jeunesse de la place de la République recouvre et incarne. On la décrit communiste, antifasciste, libertaire, anarchiste, féministe…Si elle a pu se montrer malavisée et contestable, elle semble pour autant libre de sa diversité et foncièrement composite. Quel que soit ce qu’elle représente, cette jeunesse est engagée et guidée par certaines utopies, cherchant à faire converger des luttes qui ne peuvent, ni ne doivent, forcement y parvenir.

Cette jeunesse militante doit ainsi veiller à demeurer ouverte, non-exclusive et accessible aux jeunes plus hésitants, différents et sceptiques face au poids des idéologies contestables. Ces derniers n’en demeurent pas moins essoufflés par les crises qu’ils traversent et désabusés par un système politique qui ne leur laisse aucune place.

Plus qu’une convergence incertaine des luttes, il semble préférable que la jeunesse s’accepte d’abord telle qu’elle est, diverse et parfois divisée mais unanimement fatiguée par toute forme de défaitisme et par une crise systémique, sociale et politique, qui serait acquise et insolvable.

Au fond, même s’il est difficile de mesurer l’ampleur de ce mouvement, il faut se satisfaire que l’engagement soit là, éveillé, prêt à être débattu. Simone de Beauvoir a raison, la jeunesse n’aime pas les vaincus. Elle n’aime pas non plus les statu quo ou les schémas inutiles. Même si certains jeunes préfèrent encore défendre des protections qui ne protègent plus, des règles qui réglementent mal, des acquis profitables à une minorité, d’autres préfèrent qu’un mouvement, même radicalement différent, s’enclenche. Le consensus qui tâche de satisfaire chacun ne satisfait personne et ne réformera rien.

C’est aux jeunes de sortir de cette tempérance inféconde et d’assumer l’exercice de leur influence avec responsabilité. Notre société tend à ne plus être bâtie sur des rapports de force mais sur des rapports de flux.Les structures pyramidales s’étiolent et la confiance, même générationnelle, doit être au cœur des organisations afin de faire émerger de nouveaux leaders et de nouveaux projets, à Paris, en banlieues, dans les zones rurales.

Politiques publiques 2.0

La société de confiance appelle davantage d’horizontalité, une véritable reconnexion citoyenne, des politiques publiques 2.0. et doit réserver une place plus importante aux jeunes dans les structures qui l’influencent. Érodés par la crise, ils ont compris qu’ils peuvent faire plus et assumer davantage. La jeunesse qui s’engage n’est pas forcément irresponsable !

  • En économie
    Ces dernières années, la plupart des nouvelles sources de croissance et d’innovation sont créées au cœur de l’économie numérique par des jeunes de moins de 35 ans. En témoignent les exemples et les succès de startups comme BlablaCar, Leetchi, Dailymotion, Telegram, Snapchat, Buzzfeed, Facebook. Cette jeunesse, souvent diplômée, qui entreprend dans l’écosystème numérique est porteuse d’avenir et assume sa conquête schumpetérienne de l’économie. Naturellement, ces initiatives bouleversent de nombreux secteurs. Mais l’histoire montre, qu’à terme, ce processus de « destruction créatrice » finit par réussir et à rapprocher des populations parfois très éloignées du marché du travail.
  • En entreprise
    Des entreprises, en quête d’innovation, développent de nouvelles structures où la jeunesse est incluse aux processus de décisions. Des Shadow Comex (des comités exécutifs d’entreprises composés de jeunes) à visée stratégique et consultative apparaissent, des politiques de Reverse mentoring (facilitant le dialogue intergénérationnel) font leurs preuves et les réseaux de jeunes entrepreneurs ainsi que des Junior-Entreprises continuent de passionner une frange certaine de la population. La jeunesse prend confiance et réussit lorsqu’elle sait que l’on commence à se fier à elle.
  • En politique
    La défiance vis-à-vis des hommes politiques et de nos institutions est immense, comme en témoigne la montée de l’abstention et des extrêmes. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Lorsque l’on voit la moyenne d’âge de nos élus – près de 55 ans pour les députés -, la déconnexion des réalités numériques d’un grand nombre d’entre eux ou le constat récemment formulé par une étude de France Stratégie1 qui indique que les politiques publiques mises en œuvre ces dernières années étaient majoritairement défavorables aux jeunes. Notre cher modèle social tendrait en effet à limiter les inégalités de revenu mais en laissant prospérer des inégalités d’accès à l’emploi, à l’assurance contre la perte de revenu, au logement ou au crédit. Cette étude2 avertit que « les politiques publiques n’ont qu’imparfaitement intégré l’émergence du “nouvel âge de la vie” que constitue la jeunesse » et que « Le renforcement des protections traditionnelles (…) a laissé de côté un nombre croissant de jeunes en situation précaire sur le marché du travail, voire en “galère” »…

Alors la jeunesse essaye de réagir, diversement : par des mouvements, comme Nuit Debout ; par l’inclusion du numérique au politique – l’accroissement de la CiviTech le dessine – ; par la création de mouvements jeunes et transpartisans – à l’instar de l’initiative positive du nouveau parti Allons enfants – .

Le signe de la jeunesse réside sans doute dans la capacité d’engagement. Être jeune c’est avant tout souhaiter que chaque année diffère positivement de la précédente plutôt que de défendre certains dogmes reçus en héritage et dont on connaît les résultats infructueux ; c’est se satisfaire de maintenir le monde à une température vivifiante plutôt que le regarder s’attiédir ; c’est être libre et ouvert avant même d’échanger sur l’essence de combats nécessaires ; c’est sans doute savoir ce qui n’est pas acceptable avant même de défendre et certifier certains modèles platoniques comme nécessairement justes et légitimes.

La jeunesse doit être combative et exigeante, sans rien oublier des responsabilités qui lui incombent.

Sur le web

  1. Étude de France Stratégie, Jeunesse, vieillissement, quelles politiques ?, mars 2016, francestratégie1727.fr
  2. Ibid.
  1. Jeunesse : Toujours désabusée. — Elle doit l’être. — S’étonner quand elle ne l’est pas. (Dictionnaire des idées reçues 2.1)

    1. José ,

      C’est une jeunesse , qui si elle est jeune , et cela on ne le sais pas trop , est surtout une jeunesse basée sur l’état providence et les transferts sociaux …pas trop libéral tout cela , hum , hum…

  2. L’ampleur de ce mouvement est telle qu’il y a plus de journalistes et de politiciens qui en parlent que de jeunes qui y participent. Nuit debout est une affaire marginale, dans tous les sens du terme.

    1. +1 @michelO : ce mouvement est monté en épingle par la presse complice . La différence médiatique entre ce micro mouvement et la manif pour tous montre de manière éclatante la différence abyssale du traitement de l’info .
      On pourrait d’ailleurs ajouter que la claque d’un crs à un jeune casseur a fait la une , soulevant immédiatement la hargne des journaliste et pendant ce temps la silence radio sur le massacre des CRS par ces mêmes casseurs …. la presse a choisi son camp et ce n’est pas celui des gens qui bossent et ne font pas de problème .

  3. ce mouvement huit debout n’a de l’ampleur que dans les medias.

    A part quelques pelés la nuit place e la République et des casseur qui font parler d’eux, quelques centaines maximum d’excités et de paumée ne sont pas un mouvement d’ampleur.

    Magie des médias officiels !!!

    ps : je travaille à 100 m de la place de la république

  4. absolument.

    je trouve assez regrettable que l’on utilise dans cet article le terme de « la jeunesse » : non, non, non et non. quelques centaines de jeunes désœuvrés en manque d’existence ne sont pas « la jeunesse ».
    c’est assez de le lire dans la presse française.

    de la même façon que quelques syndicalistes avinés ne font pas « les ouvriers » et encore moins « les salariés ».

  5. On saura que Nuit Debout défend la jeunesse le jour ou ils remettent en question la chaîne de Ponzi constituée par le système social francais. En attendant je les vois surtout défendre les rentiers de l’étatisme.

    1. Bien analysé , Breizh.

  6. Je ne suis pas du tout d’accord avec ce titre qui correspond bien à ce que voudrait nous faire croire ce pseudo mouvement spontanèe
    Dans le point de cette semaine l’éditorial de FO Gisbert du point correspond beaucoup plus à cette stratégie développée en Grèce par Sipiras et en Espagne par Podemos, qui ne sont que de vulgaires marxistes promettant des lunes.
    Le système capitaliste est loin de me satisfaire, mais il ne faut pas choisir le pire
    La Puerta del Sol a été occupe´de nombreuses semaines par les Indignes soutenus par le gouvernement de Rubalcaba. Leur prodigieux pouvoir de caméléon les a transformés en Podemos. Souhaitons que le 26 juin il n’y ait plus cinq millions d’ingénus qui apportent leur souitien néfaste à al democratie

  7. Il ne s’agit pas, place de la république à Paris (75) 3°, 10° et 11° arrondissement, de la « jeunesse » mais de jeunes parisiens oisifs, suffisamment libres de leur temps pour rester debout une partie de la nuit à bavasser, et qui habitent donc Paris en étant en général de familles suffisamment aisées pour s’y loger.
    Les gens de la petite et moyenne couronne n’y vont pas ou très peu, pour cause de moyens de transport qui s’arrêtent à une certaine heure.

    Ces pourquoi les « djeunes » de banlieue qui profitent habituellement des manifestations de lycéens et d’étudiants pour se fondre en eux pour les « dépouiller » et piller les commerces ne sont pas là.

    Mais par contre s’ajoutent les casseurs qui sont eux bien présents, des révolutionnaires gauchistes violents et nomades que l’on retrouve partout sur le territoire là où il y a de la castagne, zadistes et opposants au nouvel aéroport de Nantes par exemple, sans oublier les « black blocs », à l’origine des allemands, des libertaires anarchistes violents, sans organisation mais se regroupant par affinités pour en découdre, un peu comme les skins.
    Les Black Blocs pratiquent la destruction de biens matériels : attaques de banques, bâtiments gouvernementaux, sociétés multinationales, caméras de vidéo-surveillance, mobilier urbain, publicité et tout ce qui à leurs yeux représente le capitalisme et l’État.

  8. Un ramassis et un salmigondis de lieux communs, d’expressions dignes de la nov’langue.
    Mes préférées : l’horizontalité et les connexions citoyennes !
    Destruction créatrice… faudrait leur dire que c’est un processus unique et non des options qui s’excluent l’une l’autre.

    1. Ah ! Moi j’avais buggué à : « unanimement fatiguée par toute forme de défaitisme »

      Franchement, je comprends parfaitement que les jeunes soient mécontents, pris en otages entre des évolutions économiques qui ne leur sont pas favorables (sans préjuger des causes) et une gauche qui sinon les trahit, au moins ne fait pas grand-chose pour eux. Je me demande même dans quelle mesure la presse les soutient parce que les journalistes sont aussi inquiets qu’eux.

      Maintenant, on ne va nulle-part sans avoir définit auparavant la direction à suivre – même quand le nombre de mécontent atteindra 80% de la population. S’ils ne veulent pas s’en prendre explicitement à Hollande, il fallait garder Sarkozy pour avoir une vraie tête de Turc. La politique libérale de Hollande est un non-sens – mais ce n’est surement pas à cause des idées libérales : c’est le manque de cohérence de la Gôôôche et de son rassemblement hétéroclite de centristes, de progressistes rosâtres, de bobos, d’écolos décroissants, de néo-communistes sans électeurs, de politiciens opportunistes et d’intellectuels autistes.

  9. Bien sûr il faut comprendre la jeunesse et ses mouvements de révolte, tout jeune est passé par cette phase qui fait parti de notre développement sociétal.
    Mais non, « Nuit debout » n’est pas la jeunesse, c’est une fraction de la jeunesse, sans doute pas celle au niveau de QI le plus élevé (pour « litoter »), celle qui est le fruit de notre société d’assistance plutôt que de prise de responsabilité individuelle.

  10. Nuit Debout nuit ! du verbe nuire !

  11. Etonné que vous puissiez reprocher aux politiques le fait qu’il y ait une montée de l’abstentionnisme alors que, comme je le dis dans un article paru le 1er mai sur contrepoints, c’est Nuit debout qui appelle au rejet du système et donc, à l’abstention…!

  12.  »Au fond, même s’il est difficile de mesurer l’ampleur de ce mouvement, il faut se satisfaire que l’engagement soit là, éveillé, prêt à être débattu. »

    C’est a dire qu’on est tellement heureux de voir que la jeunesse n’est pas morte-née, écervelée par les jeux videos et les réseaux sociaux et apathiques qu’on est prêts à applaudir au seul fait qu’ils manifestent. Comme avec Leonarda, on est tellement contents de les voir encore animés par une cause qu’on applaudit béatement sans même discuter cette cause.

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